Congrès LR: la fin de l'état de grâce pour Michel Barnier?

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Michel Barnier, prétendant à l'investiture LR, s'exprime le 20 novembre 2021 devant le Conseil national des Républicains à Issy-les-Moulineaux, près de Paris - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP
Michel Barnier, prétendant à l'investiture LR, s'exprime le 20 novembre 2021 devant le Conseil national des Républicains à Issy-les-Moulineaux, près de Paris - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP

Jusqu'ici grand favori des militants, Michel Barnier qui semblait cocher toutes les cases pour gagner le congrès des LR il y a encore quelques semaines, apparaît désormais en difficulté.

En cause d'abord, sa prestation lors du congrès national des Républicains à Issy-les-Moulineaux le week-end dernier, qui a semblé lui échapper.

Soutien à l'adhésion de la Turquie et attaque contre Laurent Wauquiez

Alors que chaque candidat était invité à faire un discours puis à répondre aux questions des militants, l'ancien commissaire européen a été mis en difficulté à deux reprises. C'est d'abord une militante de Valérie Pécresse qui l'interpelle sur sa position en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne dans les années 2000. Un temps défendue par Jacques Chirac, alors à l'Élysée, l'adhésion du pays fait depuis figure de repoussoir pour les sympathisants LR.

Autre interrogation qui émane de la salle, cette fois-ci par le responsable des jeunes LR des Alpes-de-Haute-Provence, soutien d'Éric Ciotti. "Lorsque Laurent Wauquiez était le président des LR, vous l'aviez qualifié de populiste. Est-ce toujours ce que vous pensez?", Toujours très populaire chez les militants, l'attaque contre le président d'Auvergne-Rhône-Alpes fait désordre, alors même que ce dernier, sans le soutenir officiellement, lui a adressé plusieurs fois son amitié.

La position du favori complique la donne

Les piques font mal. Alors que Michel Barnier a la côte chez les militants qui apprécient sa fidélité au parti, les deux questions posées montrent que le parcours du politique est moins rectiligne que ce qu'il veut présenter.

"Personne d'autre n'a été attaqué par des questions de la salle. Nous, on a fait le choix de ne pas appuyer là où ça fait mal en demandant par exemple pourquoi Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand avaient décidé de revenir aux LR quelques semaines seulement avant notre Congrès. Nous sommes dans le respect, pas dans la compétition effrénée", répond sa porte-parole, Brigitte Kuster, auprès de BFMTV.com.

"C'est compliqué d'être dans une position de favori. Vous concentrez toutes les attaques et vous avez toujours peur d'apparaître pour le diviseur si vous répondez trop frontalement", analysait d'ailleurs David Bellamy, historien de la droite, pour BFMTV.com il y a quelques semaines.

Un moratoire contre l'immigration qui peine à convaincre

Ses prestations lors des débats LR n'ont également pas su convaincre. L'attaque de Valérie Pécresse sur l'une des propositions-clefs du candidat, son moratoire sur l'immigration de trois à cinq ans, lors du premier débat LR mais aussi lors du troisième, a laissé des traces.

"Je viens de comprendre que le moratoire, ce n’est pas du tout l’immigration zéro", avait ainsi avancé Valérie Pécresse le 8 novembre dernier. "Moi je ne veux pas attendre trois à cinq ans pour régler le problème", répondait également Xavier Bertrand.

Ces remarques avaient fortement agacé l'ex-négociateur du Brexit. Ses adversaires font "semblant de ne pas comprendre", avait regretté le candidat. "Tu as toujours raison, Valérie", avait même persifflé Michel Barnier.

Rebelote lors du troisième débat le 21 novembre. "Ce que j’ai simplement voulu dire, c’est que ces trois à cinq ans, on en a besoin pour tout remettre à plat. (…) Xavier, j’espère que je n’aurai pas besoin de te le dire une troisième fois", avait taclé le candidat. "Je n’ai pas forcément fait les grandes écoles qui permettent de comprendre la première fois!", avançait alors le président de la Région Hauts-de-France.

Du sérieux

Problème de ces attaques en règle: tout le capital politique de Michel Barnier est fondé sur son sérieux et son solide CV. Le profil de ce Savoyard qui a tout du cursus honorum (député,sénateur, président de conseil départemental, ministre à plusieurs reprises...), rassure les militants.

"Sa force, c'est de connaître les dossiers. Mais si on lui enlève ça, il ne passionne pas les foules. Donc ça devient un problème pour lui si on se rend compte qu'il est approximatif dans ses déclarations", estime auprès de BFMTV.com un poids lourd de la droite qui ne s'est pas engagé dans la campagne.

Du côté du candidat, on refuse de broyer du noir. D'abord parce qu'on estime que Michel Barnier a su répondre à ses adversaires. "Lors du conseil national, il a rappelé que ni Valérie Pécresse ni Xavier Bertrand ne s'étaient positionnés contre l'entrée de la Turquie dans l'UE", rapporte Brigitte Kuster.

"Nous, nous sommes loyaux. Nous sommes projet contre projet. Je suis convaincue que les militants nous en seront gré et que personne n'a intérêt à affaiblir qui que ce soit dans cette campagne", estime encore sa porte-parole.

Michel Barnier aura une dernière occasion de se défendre, lors du JT de TF1 cette semaine et lors du quatrième débat prévu le 30 novembre sur France 2 et France Inter.

Article original publié sur BFMTV.com

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