Le Congrès américain toujours sans "speaker" après 11 votes, une première depuis 1860

Kevin McCarthy, à la Chambre des représentants le 5 janvier 2022 - MANDEL NGAN / AFP
Kevin McCarthy, à la Chambre des représentants le 5 janvier 2022 - MANDEL NGAN / AFP

Washington s'enfonce dans la crise. Après 11 votes, les membres de la Chambre des représentants des États-Unis n'ont toujours pas réussi à élire leur nouveau président (speaker). Un scénario inédit depuis 1860. La faute à quelques parlementaires républicains proches de Donald Trump, qui refusent de voter pour Kevin McCarthy, leader du parti de droite au sein de la Chambre.

Favori pour remplacer Nancy Pelosi, le républicain de 57 ans a tendu la main à la vingtaine d'élus trumpistes jouant les trouble-fête, leur offrant des concessions de taille. En vain: le groupe refusait toujours de rentrer dans le rang à l'issue d'un dixième vote.

Les quelques trumpistes "déterminés"

Ce blocage a des répercussions très concrètes: sans président de la Chambre, les élus ne peuvent pas prêter serment, et donc passer quelconque projet de loi.

"J'ai l'espoir aujourd'hui que les républicains arrêteront les chamailleries, la médisance, et les coups dans le dos, afin que nous puissions travailler au service du peuple américain", a appelé le chef démocrate Hakeem Jeffries, qui a recueilli 212 voix, contre 200 pour McCarthy lors du dernier tour.

Or, pour être élu à la tête de la Chambre des représentants, le futur "speaker" devra obtenir au moins 218 voix. Et l'opposition à la candidature de McCarthy semblait se cristalliser. "Nous sommes déterminés à changer en profondeur cette institution qui fait fausse route", a justifié le turbulent élu de Caroline du Nord Dan Bishop depuis l'hémicycle.

133 tours en 1856

Combien de temps sa candidature sera-t-elle viable? L'élu de Californie ne dispose pas pour autant de concurrent crédible. Seul le nom du chef de groupe Steve Scalise circule comme possible alternative, sans que ses chances ne semblent sérieuses.

La Chambre continuera à voter jusqu'à ce qu'un président soit élu. Cela devait être l'affaire de quelques heures, mais pourrait s'étendre sur plusieurs semaines. Dernière très longue élection en date: 1860, où 44 tours ont été nécessaires

Quatre ans plus tôt, en 1856, les élus du Congrès ne s'étaient accordés qu'au bout de deux mois et 133 tours. Les parlementaires de l'époque avaient décidé de voter une motion pour permettre l'élection d'un "speaker" à la majorité relative. L'abolitionniste Nataniel P. Banks avait été élu avec 48,13% des suffrages.

"Il ne fait pas de doute que les problèmes qui nous divisent aujourd'hui sont bien moins graves que ceux que nous avions en 1856", a lancé l'élu John James, en appelant ses collègues à se ranger sans attendre aux côtés de Kevin McCarthy.

Le président démocrate Joe Biden a qualifié mercredi cette situation d'"embarrassante", assurant que "le reste du monde" suivait de près la pagaille au Congrès.

Article original publié sur BFMTV.com