Congo Brazzaville : deux délinquants “bébés noirs” sauvagement tabassés par des militaires

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Une vidéo publiée le 16 avril sur Facebook montre deux jeunes hommes se faire rouer de coups sauvagement par des hommes en tenue militaire dans la cour d’un lycée dans la ville de Gamboma. Alors que plusieurs publications prétendaient à tort qu’il s’agissait d’un lycéen, suscitant l’indignation des internautes, plusieurs sources sur place ont confirmé qu’il s’agissait en réalité de deux “bébés noirs”, terme qui désigne les gangs d’adolescents violents, qui venaient d’être arrêtés par des militaires.

La vidéo a été partagée près de 300 fois sur Facebook. On y voit quatre soldats molester un homme au sol en lui donnant des coups de pied violents dans le ventre et le dos devant une assistance de lycéens en tenue scolaire. Quelques secondes plus loin, une deuxième personne, dénudée, est passée à tabac par d’autres militaires à l’arrière d’un pick-up. L’agent assène quelques coups au jeune homme avant de le prendre par les testicules.

Cette vidéo étant particulièrement choquante, nous n’en diffusons que des captures d’écran.

La légende qui accompagne la vidéo affirme qu’il s’agit d’un lycéen "lynché à Gamboma" [République du Congo]. Mais selon d’autres publications, ce sont plutôt "des officiers de l’armée en uniforme qui malmènent des prétendus kuluna", un autre terme utilisé pour désigner les “bébés noirs”. Qu’en est-il réellement ?

La scène s’est en effet déroulée le mercredi 14 avril dans la cour du lycée Henry Lopes de Gamboma, une ville située à près de 300 km de Brazzaville, au centre du pays. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, un professeur du lycée qui était sur place raconte. Il a recquis l’anonymat.

Les personnes qui sont sur les images ne sont pas des élèves de notre établissement contrairement à ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Ce sont deux personnes présentées comme des "bébés noirs" qui ont été arrêtées par des militaires dans la matinée, à quelques mètres du lycée.

Les éléments de l’armée étaient venus au préalable pour sécuriser le restaurant d’une dame dans lequel un "kuluna" était entré. On ne sait pour quelle raison. Prise de panique, la propriétaire des lieux a appelé son mari qui est un membre de l’armée.

Ce dernier s’est alors déplacé avec plusieurs de ses collègues. Une fois dans le quartier, ils ont arrêté ces deux "kulunas" qui tentaient de fuir sur une moto. Le lycée est devenu le lieu de ce spectacle parce que c’est dans la cour de l’établissement que les véhicules de l’armée ont été garés.

Pendant que les militaires les embarquaient, les lycéens ont eu le temps de filmer la bastonnade.

Des internautes indignés

La diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux a indigné plusieurs internautes. "Est-ce que c'est normal ce qu'ils font ces militaires ? Et ça se passe dans un établissement scolaire. C'est pas du tout normal. Ce sont eux les vrais kuluna", commente une internaute. "Quelle différence il y-a-t-il entre ces militaires et ces kulunas ?", s’interroge une autre.

Les "bébé noirs" sont des gangs d’adolescents et de jeunes dont l’âge varie entre 12 et 30 ans. Ce phénomène de criminalité juvénile très présent à Brazzaville, la capitale congolaise, gagne aussi les villes de l’intérieur du pays. Accusés de vols, d’agressions et aussi de meurtres, les "bébés noirs" sont souvent traités en paria par les populations.

>> À lire sur Les Observateurs : Au Congo Brazzaville, les gangs des "bébés noirs" se livrent une guerre de quartier à coup de machettes

"Quelle que soit la faute ou le crime commis, les gens doivent être traités dignement"

Mais selon Alain Oyandzi, membre de l’Observatoire congolais des droits de l’homme, contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, rien ne justifie une telle violence de la part des forces de sécurité.

Nous avons tous suivi cette vidéo qui nous a indignés. Lorsqu’on voit un citoyen être battu de la sorte par ceux qui sont censés les protéger, cela ne peut que susciter indignation et mépris.

L’Observatoire congolais des droits de l’Homme a régulièrement organisé des séminaires à l’endroit des forces de sécurité pour qu’ils comprennent que la personne humaine est sacrée. Quelle que soit la faute ou le crime commis, les gens doivent être traités dignement.

Les responsables hiérarchiques de l’armée doivent ramener leurs hommes à la raison et au bon sens, parce que ces comportements ternissent l’image de notre armée.

La rédaction des Observateurs de France 24, a tenté de joindre l’armée congolaise, sans succès. Nous publierons leur réponse si elle nous parvient.