Le congé paternité réduit le risque de dépression post-partum chez les pères

Le congé paternité est passé le 1er juillet 2021 de 14 à 28 jours.
Tuan Tran via Getty Images Le congé paternité est passé le 1er juillet 2021 de 14 à 28 jours.

FAMILLE - Dans les semaines qui suivent la naissance d’un enfant, deux femmes sur dix développeront une dépression post-partum (DPP), aussi appelée dépression postnatale. Chez les hommes, la maladie est moins fréquente et moins connue, mais elle existe : elle touche 8 % à 10 % des pères à travers le monde dans l’année suivant la naissance de leur enfant.

Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiée mercredi 4 janvier, souligne les effets positifs du congé de paternité sur la santé mentale des pères. Les chercheuses et chercheurs ont utilisé les données provenant de l’étude de cohorte Elfe, qui inclut plus de 13 000 mères et près de 11 000 pères français dont les enfants sont nés en 2011.

Avec pour objectif d’évaluer l’impact de deux semaines de congé paternité (rémunéré et sans risque de perte d’emploi) sur les risques de dépression post-partum chez chacun des parents. Résultat : les pères ayant pris ou projetant de prendre ce congé sont moins à risque de développer une dépression post-partum.

« Des effets positifs en matière de santé mentale des pères »

Selon l’étude, deux mois après la naissance de l’enfant, plus de 64 % des pères avaient déjà pris un congé paternité, 17 % ont déclaré avoir l’intention d’en prendre un, et près de 19 % n’en avaient pas pris et ne projetaient pas d’en prendre. 4,5 % des pères ayant pris un congé paternité et 4,8 % de ceux ayant l’intention de l’utiliser présentaient une dépression post-partum contre 5,7 % de ceux ne l’ayant pas utilisé.

« Outre les avantages que le congé paternité peut conférer en matière de dynamique familiale et de développement des enfants, il pourrait donc également avoir des effets positifs en matière de santé mentale des pères », commente Katharine Barry, doctorante Inserm à Sorbonne Université et première autrice de ces travaux.

En revanche, chez les femmes, les résultats ne suivent pas cette tendance. 16,1 % des mères dont le partenaire a utilisé le congé paternité présentaient une dépression post-partum contre 15,1 % de celles dont le partenaire avait l’intention d’utiliser le congé paternité, et 15,3 % de celles dont le partenaire n’avait pas pris de congé paternité. Comment expliquer ces chiffres ?

Un congé paternité insuffisant

« L’association négative observée chez les mères pourrait suggérer qu’une durée de deux semaines de congé paternité n’est a contrario pas suffisante pour prévenir la dépression post-partum des mères », souligne Katharine Barry. Selon les scientifiques, ces résultats pourraient être dus à « la répartition inégale du temps alloué à la garde des enfants et/ou à un biais de sélection ».

« Nous n’avons pas pu évaluer suffisamment la préexistence de troubles dépressifs en dehors de ceux liés à une autre grossesse chez les mères. Il est ainsi possible que les pères dont la compagne est plus à risque de dépression prennent plus volontiers un congé paternité », précise Maria Melchior, qui a dirigé ces travaux, qui vont paraître dans Lancet Public Health.

L’enquête a été menée alors que le congé paternité était de quatorze jours. Sa durée, depuis le 1er juillet 2021, a été portée à 28 jours, dont sept obligatoires. De futures recherches devraient ainsi examiner l’impact que la durée et le moment du congé paternité peuvent avoir sur la santé mentale des parents et sur le développement des enfants.

« Nos résultats soulignent cependant l’importance que peuvent avoir les politiques familiales ciblées sur les pères en matière de santé mentale des parents, conclut Maria Melchior, car elles peuvent faire progresser l’égalité des sexes sur le marché du travail et accroître la participation des pères à la sphère familiale. »

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