Des milliers de réfugiés fuient le Tigré, l'Onu craint des crimes de guerre

par Giulia Paravicini et Emma Farge
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DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS FUIENT LE TIGRÉ, L'ONU CRAINT DES CRIMES DE GUERRE
DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS FUIENT LE TIGRÉ, L'ONU CRAINT DES CRIMES DE GUERRE

par Giulia Paravicini et Emma Farge

ADDIS-ABEBA/GENEVE (Reuters) - Les Nations unies ont dit redouter vendredi que le conflit entre les forces gouvernementales éthiopiennes et celles de l'Etat du Tigré, dans le nord du pays, échappe à tout contrôle et craignent que des crimes de guerre aient déjà été commis.

En dix jours, les combats ont fait des centaines de morts et poussé des milliers de civils à chercher refuge au Soudan voisin.

A la frontière soudanaise, des réfugiés ayant fui la zone de combat ont parlé de bâtiments détruits par les raids aériens des forces gouvernementales, de tirs dans les rues et d'assassinats à la machette.

"Il y a un risque que cette situation devienne totalement incontrôlable, qu'elle entraîne de lourdes pertes et des destructions, ainsi que des déplacements massifs à l'intérieur même de l'Ethiopie et à travers les frontières", a déclaré Michelle Bachelet, haute commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, exprimant son "inquiétude croissante".

Plus de 14.500 déplacés - des enfants pour la moitié d'entre eux - sont arrivés au Soudan depuis début novembre, rapporte par ailleurs le Haut Commissariat de l'Onu aux réfugiés (HCR).

Quatre mille d'entre eux ont passé la frontière en 24 heures.

"Le HCR et ses partenaires intensifient leur assistance, mais le nombre de nouveaux arrivants dépasse de loin les capacités sur le terrain", a déclaré son porte-parole Babar Baloch. Le HCR s'inquiète également du sort de plusieurs milliers de réfugiés érythréens hébergés dans un camp dont les combats se rapprochent, a-t-il ajouté.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a accusé jeudi les forces tigréennes de s'être livrées à des atrocités.

Amnesty International a indiqué de son côté que des dizaines voire des centaines de civils avaient été massacrés le 9 novembre dans la région. L'organisation s'appuie sur des témoignages qui en imputent la responsabilité aux troupes locales du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Le président de l'exécutif régional du Tigré, Debretsion Gebremichael, a démenti ces accusations auprès de l'agence Reuters.

"S'il se confirme qu'ils ont été délibérément commis par des parties au conflit en cours, ces meurtres de civils constituent des crimes de guerre, une enquête indépendante doit être ouverte et les responsables doivent en rendre pleinement compte", a souligné Michelle Bachelet à Genève.

(avec Khalid Abdelaziz à Al Fashqa, au Soudan, et le bureau de Nairobi; version française Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André)