Conflit au Tigré : Abiy justifie son devoir de "maintenir l'ordre" devant les émissaires de l'UA

·5 min de lecture

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a redit vendredi qu'il était de son devoir de "maintenir l'ordre" en Éthiopie, au terme d'une avec les envoyés spéciaux chargés par l'Union Africaine (UA) d'une médiation dans le conflit au Tigré.

Pour le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le conflit au Tigré est une opération de "maintien de l'ordre". Il a réaffirmé cette défense vendredi 27 novembre, au terme d'une rencontre organisée à Addis Abeba avec les envoyés spéciaux chargés par l'Union Africaine (UA) d'une médiation dans le conflit au Tigré.

Abiy Ahmed a ordonné jeudi à l'armée de lancer la "dernière phase" de l'opération militaire déclenchée le 4 novembre, avec l'attaque de Mekele, la capitale de cette région dissidente du nord de l'Éthiopie.

Les dirigeants tigréens, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), sont retranchés à Mekele, désormais encerclée par les forces fédérales et qui comptait avant le début du conflit quelque 500 000 habitants.

La communauté internationale, inquiète des conséquences d'un assaut pour les civils et de possibles "crimes de guerre", tente de faire pression sur Abiy Ahmed. Mais celui-ci a fermement rejeté toute "interférence dans les affaires internes" de son pays.

"Responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre"

Entre autres initiatives, l'UA, dont le siège est à Addis Abeba, a nommé trois envoyés spéciaux, les anciens présidents mozambicain Joaquim Chissano, libérienne Ellen Johnson Sirleaf et sud-africain Kgalema Motlanthe, arrivés mercredi dans la capitale éthiopienne. Le gouvernement éthiopien s'est engagé à les rencontrer "par respect", mais avait par avance décliné poliment cette offre de médiation, comme toutes les précédentes.

Vendredi, le Premier ministre a ainsi exprimé dans un communiqué sa "gratitude" envers le chef de l'État sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui assure la présidence tournante de l'UA, et envers les envoyés spéciaux, pour leur engagement à proposer "des solutions africaines aux problèmes africains". Mais il a aussi rappelé que son gouvernement avait "la responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre (au Tigré) et à travers le pays", soulignant la patience dont il a longtemps fait preuve face aux "provocations" et à "l'agenda de déstabilisation" du TPLF.

L'ONU, le Vatican et la France appellent à la paix

Dans la soirée, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exhorté vendredi dans un communiqué "les parties" en Éthiopie "à saisir l'opportunité vitale" d'une médiation africaine "pour résoudre pacifiquement le conflit" au Tigré.

Jeudi, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Demeke Mekonnen, avait parallèlement continué la tournée diplomatique entamée il y a une dizaine de jours pour défendre la position du gouvernement, en rencontrant à Paris le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

À l'issue de cet entretien, le chef de la diplomatie française a déclaré dans un communiqué condamner les "violences à caractère ethnique" et a appelé à des "mesures de protection des populations civiles".

Le pape François a lancé "aux parties au conflit un appel à cesser les violences, sauvegarder les vies, en particulier des civils, afin que les populations puissent retrouver la paix", a indiqué vendredi le Vatican dans un communiqué.

Aucun bilan précis des combats au Tigré n'étai jusqu'ici disponible, mais au moins plusieurs centaines de personnes ont été tuées. Plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin, selon HCR, l'agence onusienne chargée des réfugiés.

Vendredi, le HCR a indiqué avoir transporté par avion vers le Soudan 32 tonnes d'aide d'urgence – des couvertures, moustiquaires, et lampes solaires notamment. Une deuxième cargaison doit arriver lundi.

Vendredi, 24 heures après l'ordre donné à l'armée fédérale, il n'était pas possible de savoir si l'offensive contre Mekele avait effectivement commencé.

Les autorités régionales ont affirmé vendredi que l'armée fédérale bombardait "(leurs) villes et (leurs) villages", y "infligeant de lourds dégâts", sans évoquer spécifiquement Mekele.

"Notre lutte va continuer dans toutes les directions et se renforcer jusqu'à ce que l'autodétermination du peuple du Tigré soit garantie et que l'envahisseur soit chassé du Tigré", ont-elles déclaré dans un communiqué lu à la télévision tigréenne Tigray TV. "Nous appelons comme toujours le peuple du Tigré à se battre et à se défendre contre nos ennemis."

Situation obscure sur le terrain

La vérification sur le terrain et de source indépendante des affirmations de l'un et l'autre camp est difficile, le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit.

Jeudi, la télévision officielle éthiopienne EBC a affirmé que les dirigeants du TPLF étaient retranchés dans divers lieux de Mekele, dont une cimenterie, un musée et un auditorium, communiquant "par radio militaire".

Fer de lance de la lutte armée contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a ensuite contrôlé l'appareil politique et sécuritaire de l'Éthiopie durant presque 30 ans.

Progressivement écarté du pouvoir à Addis Abeba par Ahmed Abiy à partir du moment où celui-ci est devenu Premier ministre en 2018, le parti continue de dominer son fief du Tigré.

Les tensions entre M. Abiy et le TPLF n'ont cessé de croître, culminant en septembre avec l'organisation au Tigré d'un scrutin régional qualifié d'"illégitime" par Addis Abeba, puis avec l'attaque début novembre, selon le gouvernement, de deux bases de l'armée fédérale par les forces du TPLF, ce que dément ce dernier.

Avec AFP