Conflit en Éthiopie: les appels à la désescalade restent sans effet

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Les combats continuent pour le sixième jour d’affilée dans le nord de l’Éthiopie. L’armée fédérale affronte les troupes du Tigré, une région en rupture avec le pouvoir central d’Addis-Abeba. Routes et communications sont coupées avec la zone et il reste difficile de se rendre compte de l’ampleur des violences. Les appels à la désescalade continuent, mais l’État fédéral n’a pas l’air de vouloir calmer le jeu.

Avec notre correspondant régional à Nairobi, Sébastien Németh

Abiy Ahmed continue sur le même ton. Ce lundi matin, le Premier ministre éthiopien a défini l’offensive fédérale comme une « opération d’application de l’État de droit », pour « traîner en justice ceux qui provoquent l’instabilité ». Le chef du gouvernement refuse pour l’instant toute médiation. Dimanche, le pape François avait appelé « au respect fraternel et à une réconciliation pacifique ». Le souverain pontife n’a donc pas été entendu.

D’ailleurs le dialogue de sourd continue, même si dimanche, le président du Tigré a semblé ouvrir une porte. Debretsion Gebremichael a annoncé que « la région continuerait à se défendre jusqu’à ce que le gouvernement fédéral accepte de négocier ».

Sur le terrain, difficile d’y voir clair. Routes et communications sont coupées. En fin de semaine, la Banque centrale a même ordonné la fermeture de plus de 600 agences de banques commerciales au Tigré. Officiellement à cause de pillages. De quoi asphyxier un peu plus la région.

Militairement, chaque camp met en avant ses succès. Le chef d’état-major parle de conquête de villes, de destruction des armes lourdes. Côté tigréen, on nie la moindre prise fédérale. Dimanche, un conseiller a expliqué qu’un avion de l’armée avait même été abattu.

Plus les combats durent, plus on craint un durcissement. Ce matin, le commissaire d’Addis-Abeba a annoncé la saisie de 355 armes et l’arrestation de 162 suspects. Les autorités soudanaises ont de leur côté mis la main sur 95 000 munitions chargées sur des charrettes tirées par des ânes. Le convoi s’apprêtait à passer la frontière.

Dansha aux mains des forces fédérales

Bien que la situation sur le terrain soit peu claire, l'envoyé spécial de RFI Noé Hochet-Bodin qui a pu se rendre dans la ville de Dansha, anciennement administrée par le Tigré, et désormais passée sous contrôle de l’armée fédérale. Il s’agit de l’un des points de départ du conflit, avec l’attaque du camp militaire par les forces tigréennes du TPLF mercredi dernier selon le gouvernement.

Aujourd’hui, le camp de la cinquième division du nord est sous contrôle des forces fédérales, comme une partie de l’ouest du Tigré. Pour ce qui est du reste de cette province grande comme la Suisse, difficile de préciser l’avancée des combats.

Devant le camp, des soldats fédéraux sont en position, mais aussi des forces spéciales amharas ainsi que des miliciens amharas. La ville en est pleine. Car Dansha ce n’est pas seulement une prise de guerre, c’est aussi le théâtre de revendications territoriales depuis des années entre Amharas et Tigréens.

Se rendre à Dansha permet enfin de voir l’ampleur des moyens mis en œuvre pour remporter cette guerre, des moyens colossaux. Sur la route qui y mène, on croise en effet des dizaines et des dizaines de camions remplis d’hommes et de provisions.

Peu d’informations filtrent quant au nombre de victimes sur la ligne de front, mais sur le bord de la route on peut parfois apercevoir des villages entiers tout de blanc vêtus pour pleurer l’un des leurs.