Confinement sévère au Kurdistan irakien pour enrayer la propagation du coronavirus

Face à l’épidémie du coronavirus, le monde entier se confine. C’est le cas notamment au nord de l’Irak au Kurdistan. Cette région partage une frontière avec l’Iran, l'un des trois pays les plus touchés par le Covid-19. Son territoire est donc aujourd’hui quadrillé par les forces de sécurité qui tentent de localiser au plus vite, de possible cas importés. 

Asso, habite un village proche de la frontière iranienne : « Tout le monde appelle tout le monde. Il y a deux semaines, un ami m’a appelé pour me dire qu’il y avait un cas de coronavirus dans le village. Qu’il fallait trouver qui c’était. On a essayé de l’identifier pour le bien de tout le monde. Un membre des forces de sécurité m’a appelé. Pour me demander si j’avais plus d’informations. Mais franchement, je lui ai dit que je ne savais pas. »

Cet habitant du Kurdistan irakien admet que les forces de sécurité sont très sévères et que la circulation est presque à l’arrêt. « Il y a des checkpoints partout sur les principales voies des grandes villes comme Souleymanieh et sur les routes nationales qui relient une ville à une autre. Mais en même temps, un ami qui vit en Allemagne me disait que là-bas, ils ne peuvent pas faire respecter à ce point le confinement, avec autant de sévérité qu’au Kurdistan. Il disait que finalement la manière forte était peut-être la meilleure. »

Près de la frontière avec l’Iran, la peur domine

C’est par le Kurdistan irakien que passent un bon nombre de camions venus dIran. Alors que le grand voisin est l’un des pays les plus touchés par le coronavirus. Dans les grandes plaines proches de la frontière iranienne, la peur domine. La peur du virus, mais aussi la peur des forces de sécurité qui viennent armées pour escorter les cas suspects jusqu’à l’hôpital.

« Vous savez ici les gens ont l’habitude de l’usage de la force. Sans cette force, ils vont se cacher, ils n’iront pas à l’hôpital. Aujourd’hui, je vous jure les gens ont tellement peur qu’un frère pourrait dénoncer son propre frère. Une fois, ils ont soupçonné quelqu’un qui rentrait d’Iran d’être contaminé. Ils ont donné son nom, celui de toute sa famille et de tout son entourage. Personne n’est épargné », explique un villageois.

Un contrôle accru sur la population 

Dans une région où les manifestations anti-gouvernementales sont violemment réprimées, une telle démonstration de force inquiète Baktyar, lui-même manifestant.

« Ces derniers jours au Kurdistan les forces de sécurité ont renforcé leur contrôle sur la population. Elles vont de plus en plus loin. Elles n’ont peut-être pas planifié cette tragédie, mais finalement ça leur permet de faire des essais pour plus tard, pour mieux contrôler la société. Cela ne fait que renforcer leur autorité.Voilà où nous en sommes. S’ils décident de s’en servir plus tard, les citoyens ne pourront pas résister. »

Pour l’heure, les habitants du Kurdistan irakien se concentrent sur la propagation du virus. Ils le savent, leurs hôpitaux sont loin d’être prêts à faire face à l’épidémie.