En plein confinement, les profs font leur rentrée la boule au ventre

Marion Adrast
·4 min de lecture
"Le gouvernement souhaite juste qu’on fasse de la garderie afin que les parents continuent à aller travailler”, dénonce une prof en lycée alors que se profile une entrée compliquée (photo d'illustration prise dans une école de Nice le 1er septembre) (Photo: Eric Gaillard / Reuters)
"Le gouvernement souhaite juste qu’on fasse de la garderie afin que les parents continuent à aller travailler”, dénonce une prof en lycée alors que se profile une entrée compliquée (photo d'illustration prise dans une école de Nice le 1er septembre) (Photo: Eric Gaillard / Reuters)

ÉDUCATION - La nouvelle est arrivée en fin de journée vendredi 30 octobre. Initialement décalée à 10h pour rendre hommage à Samuel Paty, la rentrée aura finalement bien lieu à l’heure habituelle ce lundi 2 novembre. Covid-19 oblige, le protocole sanitaire attendu dans les établissements scolaires a été renforcé par les ministres Castex et Blanquer. C’était la condition sine qua non pour que les écoles maternelles, primaires, collèges et lycées restent ouverts, malgré le reconfinement.

Ce que Pauline, enseignante en lycée en Seine-Saint-Denis interrogée par Le HuffPost résume ainsi : “Les chefs d’établissement ont trois jours, week-end compris, pour se débrouiller et essayer d’adapter un protocole sanitaire dans leurs établissements”.

Distanciation d’un mètre entre les élèves dans les espaces clos quand elle est matériellement possible (sauf entre les élèves d’une même classe maternelle et pendant les activités sportives), lavage des mains, port du masque obligatoire dès 6 ans, aération des classes, départs et arrivées des élèves différées, déplacements des élèves limités, organisés et encadrés, récréations par groupe ou plus de récréation du tout, distanciation à la cantine et déjeuners par classe, nettoyage et désinfection des locaux et du matériel... Dans les faits, la limitation du brassage des élèves doit être pleinement opérationnelle au plus tard le 9 novembre.

Des cours en demi-groupe, ou rien

Face à cette rentrée sous pression, Pauline s’inquiète forcément pour la suite. “Je suis très en colère. Je refuse de céder à la peur, mais, après les services médicaux en mars, j’ai l’impression que nous sommes les nouveaux sacrifiés et les futurs martyrs de la République”.

Déçue de ce nouveau protocole “qui n’a rien de nouveau” selon elle, Pauline aurait souhaité des cours en demi-groupe, ou en semi-distanciel, seule solution vraiment efficace selon elle pour lutter contre l’épidémie. Et elle n’est pas la seule.

Inès, qui enseigne l’anglais en lycée dans le Val d’Oise, regrette qu’il n’y ait ni de semaine A et B, ni de demi-journée pour les uns, et de demi-journée pour les autres mises en place pour diminuer les concentrations d’élèves dans les classes et dans les couloirs : “Il y aurait eu beaucoup de choses à inventer pour rendre l’école agréable, sans mettre tout le monde en danger. Et pourtant à ce jour, rien. Le gouvernement souhaite juste qu’on fasse de la garderie afin que les parents continuent à aller travailler”.

Sur le sujet Véronique, enseignante en maternelle, la rejoint parfaitement. “Dans mon école, c’est impossible de ne pas se croiser. Confinés dans une classe pendant la récréation, c’est encore pire que de prendre l’air. Quand le protocole dépend de la discipline des enfants, ce n’est pas faisable. Avec des enfants qui jouent, qui se mouchent, qu’on doit changer tous les jours, il n’y a pas de gestes barrières. J’attendais qu’on ferme les classes”. Un geste fort était attendu de la part du ministère de l’Education nationale, il ne sera pas venu.

“Les CM2 faisaient exprès de lécher les rambardes”

“Un mètre de distance à la cantine et des repas par classes pour un lycée de
1100 élèves et des enseignements de spécialité qui brassent les élèves, c’est impossible, tout comme les distances dans des cours à 35 élèves! ” s’indigne Pauline, enseignante en lycée. “On nous prend juste pour des enfants de deux ans, à qui on dit d’aérer les salles de cours. Comment désinfecter correctement quand le personnel manque?”.

Véronique se souvient de ses CM2 de l’année dernière qui faisaient exprès de lécher leurs mains pour les mettre sur la rambarde de la cantine que venait de nettoyer une agent d’entretien en mars, ou de cet écho d’une collègue, qui rapportait que les collégiens enlevaient leurs masques dès que les enseignants avaient le dos tourné, ou qui continuaient à se faire la bise.

“Je me pensais immunisée”

Après avoir été malade pendant des mois, l’enseignante pense avoir contracté à nouveau dernièrement le virus lors d’un remplacement dans une école, où huit professeurs étaient absents, et sept autres étaient partis se faire tester. “Je me pensais immunisée. Maintenant, sachant qu’on peut être recontaminé, je ne suis plus sereine du tout à l’idée de la rentrée”. Comme elle se sentait toujours fatiguée, son médecin l’a de nouveau arrêtée quinze jours.

De son côté, Pauline, qui reprendra les cours dès lundi, ne veut pas baisser les bras. Elle continue de se mobiliser avec son syndicat pour de meilleures conditions de travail : “On a des idées mais on trouve ça dingue car on veut les faire remonter au rectorat de l’Académie de Versailles alors que c’est les ministres qui devraient agir. On prend les choses en main, même si ce n’est pas notre boulot, parce que personne le fera à notre place”.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.