Confinement: les livres interdits à la vente, la photo qui passe mal

Astrid de Villaines
·Cheffe du service politique
·5 min de lecture

CONFINEMENT - La photo a été partagée plus de 6000 fois et “aimée” plus de 10.000 fois ce samedi 31 octobre. Alors que les librairies demandent depuis l’annonce du reconfinement d’être considérées comme “essentielles” et de rester ouvertes, le gouvernement n’a pas entendu leur demande, malgré le soutien de l’Académie Goncourt et de nombreuses personnalités jusqu’à l’ancien président de la République François Hollande.

Alors que la Fnac et les grandes surfaces qui vendent des livres étaient autorisées à ouvrir, ceux-ci ont dénoncé une injustice et ont poursuivi leur appel à la réouverture. Au lieu de les entendre, le gouvernement a décidé d’interdire la vente de livres dans ces grandes surfaces. Une décision qui a fait bondir. Le syndicat de la librairie française a mis en ligne une pétition adressée à Emmanuel Macron qui avait reçu le soutien de plus e 40.000 personnes ce samedi 31 octobre en fin de journée.

“Cette photo est folle”

“Cette photo est folle”, a simplement tweeté ce samedi matin Davina Sammarcceli, imprimeuse indépendante entre la Corse et Paris qui tient le compte “L’indéprimeuse” sur le réseau social. Jointe par Le HuffPost, elle raconte avoir reçu cette photo de sa meilleure amie qui l’a prise dans un “Géant Casino d’Ajaccio”.

Ces lettres blanches sur un fond rouge ainsi que les mots choisis font froid dans le dos, interdire les livres par décision gouvernementale c’est violent”, résume-t-elle au HuffPost. “Beaucoup m’ont répondu que c’est en soutien aux librairies indépendantes, j’ai un lien très fort avec elles, mais je sais ce que c’est que le milieu du livre”, répond la responsable d’édition indépendante. “Les zones rurales sont très nombreuses en France, croire qu’on peut consommer de la culture uniquement dans une librairie indépendante en centre-ville est inexact”, appuie l’imprimeuse qui se désespère qu’on “fasse du mal à toute la filière du livre”.

“Indigne de notre pays”

La photo a largement circulé sur les réseaux sociaux toute la journée, donnant du poids supplémentaire au combat des libraires et de l’ensemble du secteur. Beaucoup ont repris l’image en ajoutant des commentaires, comme la romancière et journaliste au “Monde”, Marie Charrel qui dénonce “des images si indignes de notre pays”, avant d’ajouter: “On se croirait en dystopie”.

“Cette photo est terrifiante”, a relayé de son côté le communicant Philippe Moreau Chevrolet qui pointe “l’incompétence” du gouvernement et s’interroge: “Où allons-nous”? Nombreux sont les internautes à faire référence au roman “Fahrenheit 451″ de Ray Bradbury où les livres sont interdits et brûlés.

Le secteur du livre, mais pas seulement, se mobilise depuis plusieurs jours pour que les librairies puissent ouvrir. Invités de “C à vous” vendredi 30 octobre, l’essayiste Caroline Fourest disait “espérer que le gouvernement entende leur demande” et François Busnel, présentateur de “La grande librairie”, se joignait à cette demande. Le journaliste qui a signé la pétition adressée au président de la République conseillait en attendant de commander des livres sur “librairiesindépendantes.com”. “C’est au même prix!”, insistait-il en référence au géant Amazon qui a triplé son chiffre d’affaire au troisième trimestre et qui profite à fond de la crise.

Ce samedi 31 octobre, quatre auteurs de bande dessinée qui parrainaient l’Année de la BD du ministère de la Culture ont annoncé leur démission collective pour protester contre la fermeture des librairies.

“Nous avons décidé, devant l’incohérence et les contradictions des choix politiques à l’égard de la culture et des métiers du livre en ce temps de pandémie, de démissionner immédiatement de cette responsabilité”, écrivent les auteurs dans un communiqué commun.

“Mascarade”

Il s’agit de Florence Cestac (“Harry Mickson”, “Fille des oiseaux”), Catherine Meurisse (“Moderne Olympia”, “Les Grands Espaces”), Régis Loisel (“Peter Pan”, “Magasin général”) et Jul (“Silex and the City”, “Lucky Luke”).

L’Année de la bande dessinée 2020 avait été prolongée par le ministère de la Culture jusqu’en juin 2021. “Cette manifestation officielle ne s’apparentant plus désormais qu’à une mascarade vidée de son sens, nous ne prendrons désormais plus part à aucune responsabilité en lien avec ces célébrations”, écrivent les quatre auteurs.

Des libraires ont aussi décidé de braver le gouvernement. Au Mans, plusieurs sont entrés “en résistance” et une librairie a même ouvert ses portes, comme celle de Samuel Chauveau, de la librairie “Bulle” qui l’a annoncé sur Instagram.

Le Goncourt reporte son prix en soutien

Plusieurs prix littéraires ont décidé de reporter l’attribution de leurs récompenses, en raison du confinement et par solidarité avec les librairies fermées. C’est le cas du très prestigieux Goncourt, qui ne sera donc pas décerné comme prévu le 10 novembre.

“Dès que ce sera possible, et je souhaite que ce soit le plus tôt possible, nous verrons s’il est possible d’adapter le dispositif”, a pour sa part déclaré le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, interrogé sur le sujet. Contacté, le ministère de la Culture n’a pas répondu.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.