Confinement en France: les hésitations d’Emmanuel Macron

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Confinement ou pas confinement ? Les Français n'ont toujours pas de réponse à cette question. Emmanuel Macron n’a pas tranché et il y a eu beaucoup de signaux contradictoires ces derniers jours. Après le dernier conseil de défense sanitaire, tous les scénarios sont encore sur la table, du maintien du couvre-feu à 18 heures au confinement « très serré ».

Difficile de s'y retrouver... Le week-end dernier, la presse évoquait un confinement quasi-inéluctable avec une annonce présidentielle lors d'une allocution dont la date semblait déjà actée.

Après de nombreuses prises de positions des médecins qui mettaient unanimement en garde contre les effets des nouveaux variants sur la diffusion de l'épidémie, le risque d'une flambée des contaminations, d'une nouvelle saturation des hôpitaux et des services de réanimation, cette annonce paraissait logique. D'autant que lundi matin, c'est le Premier ministre lui-même, Jean Castex, qui avait déclaré que « des décisions devaient être prises cette semaine » et qu'il ne s'agissait pas « de baisser la garde ». La France semblait donc en marche vers un troisième confinement imminent.

Maîtriser les horloges sanitaire et politique

Mais à l'Élysée, on a vite temporisé. Dès le début de la semaine, on a fait savoir qu'il était urgent d'attendre, que rien n’était décidé. Une manière de reprendre le contrôle des horloges sanitaire et politique.

Dans l'entourage du président, on a expliqué qu’Emmanuel Macron voulait être « cohérent », assurer la « lisibilité » de son message et donc avoir toutes les cartes en main avant de trancher, notamment connaître l'impact de la généralisation du couvre-feu à 18 heures dont le bilan doit être rendu public en fin de semaine, comme celui de la progression du variant britannique. Pour le moment, les contaminations en France se trouvent sur un plateau « ascendant » mais pas « incontrôlé », estime l'exécutif.

Face aux alertes répétées des médecins, à commencer par celle du président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, qui a affirmé que le variant anglais équivalait à une « deuxième pandémie » et a demandé un reconfinement très rapide avant d'atténuer son propos en estimant qu'on pouvait attendre quelques jours, le chef de l'Etat préfère donc se laisser un peu de temps. La décision est politique. Et c'est Emmanuel Macron qui la prend. C'est aussi cela que le président a voulu rappeler.

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La question de « l’anticipation »

Quels sont les critères de la décision ? Il y a bien évidemment l’évolution des contaminations, le fait d'atteindre le seuil qui rend incontournable le confinement. En mars ou en octobre, la courbe était « exponentielle », rappelle l'entourage du président. La France n’est encore pas dans cette situation mais l'arrivée de nouveaux variants et surtout le variant anglais, change la donne. La question aujourd'hui, c'est aussi de savoir si on confine par « anticipation » pour éviter une explosion des contaminations qui n'a pas encore eu lieu.

À l’issue du dernier conseil de défense sanitaire et du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement a annoncé que le président de la République avait demandé des analyses épidémiologiques et scientifiques complémentaires car l’efficacité du couvre-feu à 18 heures apparaît à ce stade « réelle » mais « relative ». Plusieurs scénarios sont examinés par l’exécutif. Ils vont du maintien de l’actuel couvre-feu à 18h, peu « probable » selon Gabriel Attal, à un confinement « très serré ».

Un choix compliqué pour le président de la République pour lequel le confinement est le « dernier recours ». Car Emmanuel Macron ne prend pas à la légère l'impact de cette mesure sur les Français et les conséquences sur le plan économique, social mais aussi psychologique. Il fait très attention à l’acceptabilité d’un reconfinement. Et selon une enquête de l'institut Elabe, 52 % des Français sont défavorables à un nouveau confinement national strict, celui qui est préconisé par les scientifiques. Les restrictions de liberté sont de plus en plus mal supportées. L’exemple des manifestations aux Pays-Bas le montre. C'est aussi l'un des paramètres de la décision d'Emmanuel Macron : ne pas s'exposer à une trop forte contestation. D'autant qu'un autre sondage publié par Libération indique que 57 % des Français ne lui font pas confiance pour sortir de la crise sanitaire.

C'est un gros enjeu pour Emmanuel Macron qui sera jugé sur sa gestion de l’épidémie. Le président de la République a fait l'objet de beaucoup de critiques sur l'opacité des décisions prises dans le secret du conseil de défense sanitaire, sur les déficiences de la logistique pour les masques, les tests et les débuts de la vaccination. Dans ce contexte, le danger pour Emmanuel Macron c’est que les hésitations sur le reconfinement renforcent l'inquiétude et la sévérité des Français à son égard. La concertation que Jean Castex va mener ces prochains jours avec les parlementaires, les associations d’élus et les partenaires sociaux, comme il l’avait déjà fait avant les précédents confinements, vise aussi dans ce contexte à préparer les esprits aux décisions qui vont être prises.