Confinement : l'ouverture des établissements scolaires inquiète le personnel éducatif

Lucile Descamps
·5 min de lecture
Contrairement au premier confinement, les établissements scolaires seront cette fois ouverts. Une nécessité pédagogique qui crée des inquiétudes.
Contrairement au premier confinement, les établissements scolaires seront cette fois ouverts. Une nécessité pédagogique qui crée des inquiétudes.

Contrairement au premier confinement, les établissements scolaires vont cette fois rester ouverts. Un choix qui rassure le personnel éducatif d’un point de vue pédagogique, mais qui inquiète sur le plan sanitaire.

Emmanuel Macron l’a annoncé dans la soirée du 28 octobre : la France est à nouveau confinée dès ce vendredi 30, afin de lutter contre la deuxième vague du coronavirus. Mais la situation sera quelque peu différente de celle que nous avons connue au printemps, car les crèches et les établissements scolaires resteront ouverts, de la maternelle au lycée.

“Nos enfants ne sauraient être durablement privés d’instruction, d’éducation, de contact avec le système scolaire. Trop de conséquences, trop de dégâts”, a fait valoir le chef de l’État dans son allocution. Un argument que le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a également avancé ce jeudi 29 sur France 2.

Un choix compris sur le plan pédagogique

Ce constat semble partagé par les enseignants. “C’est toujours préférable pour les élèves d’être en classe plutôt que derrière un écran, on l’a bien vu lors du précédent confinement”, nous explique Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU et professeur de sciences économiques et sociales dans une lycée d’Essonne. “On a bien vu, à la rentrée de septembre, à quel point l’école à distance avait creusé les inégalités”, poursuit-elle.

“Refermer les écoles aurait eu des conséquences incalculables”, avance de son côté Pierre Favre, vice-président du Syndicat national des écoles et directeur d’école dans l’Ain. “Ça me paraît important pour les élèves qu’il n’y ait pas de rupture, tant au niveau des cours que des contacts sociaux”, abonde Juliette, professeure de français dans un collège à Courrières (Pas-de-Calais).

L’incohérence pointée du doigt

Mais elle est tout de même “partagée” sur la question. “Quand on voit que les établissement scolaires font partie des lieux qui comptent le plus de clusters, on se demande où est la cohérence”, poursuit-elle. Selon les dernières informations officielles sur le sujet, disponibles sur le bulletin hebdomadaire publié le 15 octobre dernier, le “milieu scolaire et universitaire” apparaît en deuxième position des lieux qui comptent le plus de foyers de contamination depuis le début de l’épidémie, juste derrière les entreprises.

“Dans un même discours, on évoque en quelques mots un protocole sanitaire renforcé, sans rien dire des mesures, et dans le même temps, on nous explique que la deuxième vague sera plus dure et plus meurtrière !”, constate Sophie Vénétitay, professeure au lycée et secrétaire générale adjointe du Snes-FSU.

La principale source d’inquiétude, c’est évidemment le risque sanitaire. Et les mesures prises jusqu’ici n’ont pas rassuré les troupes. “Les enseignants se trouvent en première ligne et nos demandes du printemps et de cet été n’ont pas été prises en compte : il n’y a pas plus de points d’eau dans les établissements, les effectifs sont toujours aussi nombreux dans les classes et on a eu des masques autour desquels il y a eu une polémique sanitaire”, énumère Annabelle Cattoni, co-secrétaire départementale du Snuipp-FSU et institutrice à Nantes. “Ce n’est pas qu’une affaire d’éducation nationale : tous les soirs, les élèves et les personnels rentrent dans leur famille. C’est une question de santé publique”, fait valoir, de son côté, Sophie Vénétitay.

Des mesures réclamées...

Pour une rentrée dans les meilleures conditions, les enseignants et professeurs interrogés prônent principalement la diminution des effectifs en classe, avec des systèmes de demi-groupes. “Ce serait rassurant pour nous comme pour les parents”, nous explique l’institutrice nantaise Annabelle Cattoni.

Ce qui présenterait un double avantage : “avoir plus de distance entre chaque élève en classe, et rattraper les lacunes qui se sont cumulées pendant le précédent confinement”, plaide Juliette, professeure de français.

Les autres mesures demandées sont la hausse du nombre de points d’eau pour faciliter le lavage des mains, de meilleures solutions pour l’aération. “Il faut également des moyens humains, en agents municipaux notamment” pour augmenter le nettoyage et la désinfection des locaux, plaide Pierre Favre, vice-président du Syndicat national des écoles et directeur d’école dans l’Ain.

...en lien avec la réalité du terrain

Mais aussi, de manière général, un protocole sanitaire qui soit cohérent avec la réalité du terrain. “Quand on parle du fait que les élèves restent dans une même salle et que ce sont les professeurs qui se déplacent, dans les faits c’est inopérant au lycée”, nous explique Sophie Vénétitay, “avec la réforme, la notion de classe n’existe plus. Une classe est composée de plein de petits groupes, donc vous ne pouvez pas avoir une salle par classe”. Quant aux horaires de cantines et de récréation élargis pour éviter les brassages, ils ne doivent pas, en parallèle, “empêcher l’établissement de tourner”, remarque Juliette, professeur de français au collège.

Dans la soirée du 29 octobre, Jean-Michel Blanquer a donné quelques détails sur le protocole sanitaire pour la rentrée. Il a notamment réaffirmé l’obligation du port du masque à partir de six ans et a demandé aux établissements de s’organiser - comme ils l’avaient fait au printemps - pour limiter au maximum le brassage des élèves dans les couloirs. Les récréations seront organisées par groupes et en cas d’impossibilité matérielle, elles seront remplacées par des “temps de pause”. Quant aux cantines, elles resteront ouvertes “pour des raisons sociales”. L’option des demi-groupes en classe n’a, elle, pas été mise sur la table.

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