Covid-19 : "totale contradiction entre les paroles et les actes", enseignants et médecins dubitatifs face aux mesures pour l'école

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Alors que 16 départements sont de nouveau confinés et que le taux d'incidence bondit chez les plus jeunes, enseignants et médecins s'inquiètent de l'absence de mesures pour l'école.

Reprise des cours de sport dans les gymnases, demi-jauge imposée dans les lycées des 16 départements confinés et... c'est tout. Les quelques annonces de Jean Castex sur l'école ont laissé dubitatifs enseignants et scientifiques, qui estiment que l'école est la "grande oubliée" des mesures du Premier ministre pour lutter contre la troisième vague.

"Le gouvernement présente des mesures pour freiner l'épidémie, parle de troisième vague, mais ne renforce pas le protocole sanitaire dans les écoles. Il y a une totale contradiction entre les paroles et les actes, qui sont inexistants", déplore Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du syndicat SNES-FSU qui dénonce la sourde oreille du gouvernement aux demandes du personnel de l'Education nationale.

"Incidence plus élevée à l'école qu'en population"

D'autant que le virus circule activement dans les écoles. Selon les dernières données publiées par Santé Publique France, il n'y a jamais eu autant de cas de Covid-19 ayant été en lien avec le milieu scolaire que la semaine dernière. Près de 12 500 cas ont été relevés la semaine passée soit un doublement par rapport à la semaine précédente. Ce vendredi matin, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, a annoncé sur BFMTV un taux de contamination de 0,5% à l'école après les premiers résultats de la campagne de tests salivaires menée à l'école.

"Le ministre annonce un taux d'incidence de 500 pour 100 000 habitants, mais aucune mesure pour freiner l'épidémie à l'école. Cela ne semble pas le choquer que l'incidence soit plus élevée à l'école qu'en population", déplore Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg, qui rappelle que des solutions sont à disposition des autorités depuis plusieurs mois.

La question épineuse des cantines

À titre de comparaison, en France, le taux d'incidence se situe entre 250 et 300 cas par habitants ces derniers jours. En Île -de France, région confinée, le taux d'incidence approche les 450, et dépasse les 500 en Seine-Saint-Denis. "Le taux d'incidence à l'école est supérieur à celui des régions confinées mais aucune mesure n'est prise pour autant", remarque Eric Billy, également membre fondateur du collectif Du Côté de la science.

Parmi les pistes pour améliorer ce protocole, évoquées depuis plusieurs mois : l'installation de capteurs de CO2 dans les classes, ou de purificateurs d'air pour les cas où l'aération des pièces est difficile, ou encore l'amélioration de la situation dans les cantines, une demande répétée depuis la rentrée scolaire par syndicats et scientifiques.

Au point que le 14 mars, Jean-Michel Blanquer reconnait dans Le Parisien que les cantines sont "le maillon faible de la vie scolaire", et envisage une fermeture. "Une nouvelle fois, il n'ont qu'une vision ouverture / fermeture, et ne pensent pas à l'amélioration des protocoles. La cantine est importante pour de nombreuses familles, il faut la sécuriser", martèle Sophie Vénétitay.

"Castex a parlé des cantines d'entreprise, mais rien sur les cantines scolaires"

Lors de l'annonce du confinement de 16 départements, Jean Castex a annoncé le renforcement du protocole dans les cantines d'entreprise. "Il a parlé des cantines d'entreprise, mais rien sur les cantines scolaires, on ne comprend pas. On fait des propositions depuis des mois pour réorganiser les cantines, mais ce n'est jamais pris en compte" déplore la secrétaire générale adjointe du syndicat SNES FSU. La dernière étude de l’Institut Pasteur du 17 décembre révèle que les repas et les moments de convivialité jouent un rôle principal dans les contaminations.

Autre annonce de Jean Castex, la possibilité de reprendre les cours de sport dans les gymnases, c'est-à-dire dans un lieu clos et sans masque, alors que l'étude de l'institut Pasteur rappelle que les contaminations se déroulent principalement en lieu clos.

Laisser circuler le virus à l'école ? "Un très mauvais pari"

"Avec l'ouverture des gymnases, l'absence de mesures plus fortes en classe on a l'impression que le gouvernement veut accélérer la circulation du virus dans les écoles pour atteindre une immunité. Mais cela met en danger les parents, puisque les enfants vont ramener le virus à ma maison", redoute Elise, parent d’élève et cofondatrice du collectif Ecole et familles oubliées.

Un sentiment partagé par Eric Billy. "Si l'idée est d'obtenir une immunisation collective par l’infection des enfants pour compléter la vaccination, c'est un très mauvais pari. On voit qu'en réanimation ce sont des personnes plus jeunes, qui ont l'âge d'avoir des enfants à l'école, ce ne sont plus les grands-parents", met en garde Eric Billy, alors que les enseignants réclament d'être considérés comme prioritaires pour la vaccination, et que les livraisons massives de doses de Pfizer en avril pourraient permettre un élargissement à certaines populations. En Allemagne et dans certains États américains, les enseignants du primaire notamment sont considérés comme prioritaires.

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