Confinement: les acteurs du jouet entre inquiétude et espoir à l'approche de Noël

Vanessa CARRONNIER
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Des ventes en ligne loin de compenser celles en magasin, actuellement interdites: les spécialistes du jouet sont inquiets à l'approche de la période cruciale des fêtes de fin d'année mais espèrent que le gouvernement fasse bientôt évoluer les règles et sauver leur saison.

Les magasins spécialisés, notamment les vendeurs de jouets, ont dû fermer leurs portes fin octobre, lors du reconfinement imposé par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. Considérés comme "non-essentiels", ils peuvent uniquement vendre en ligne.

Cette mesure tombe au plus mal pour la filière du jouet qui réalise entre novembre et décembre 48% de ses ventes annuelles estimées à 3,5 milliards d'euros, selon NPD Group. 

La filière serait privée de 770 millions d'euros de ventes si les rayons et magasins concernés restaient inaccessibles jusqu'à la fin de l'année, a calculé le cabinet.

"Nous sommes inquiets de la fermeture des rayons et des magasins de jouets, toute l'industrie se mobilise pour demander leur réouverture" dès le 13 novembre, relate à l'AFP Anne Besson, porte-parole de la Fédération française des industries Jouet Puériculture (FJP).

Les fédérations du secteur négocient avec le gouvernement. Reçues à Bercy, elles ont effectué une série de propositions afin de rouvrir dans des conditions adaptées à la situation sanitaire.

Les vendeurs de jouets sont notamment prêts à augmenter la jauge de 4 à 8 mètres carrés par personne et à élargir leurs horaires d'ouverture afin de mieux réguler les flux de clients et de faire respecter la distanciation sociale.

Contacté par l'AFP, Bercy indique que rien ne sera annoncé avant jeudi.

"Il est indispensable de pouvoir rouvrir", le 13 novembre serait le dernier délai "pour sauver la situation économique et sociale", estime auprès de l'AFP Romain Mulliez, président de l'enseigne PicWicToys. "Les activités saisonnières ne peuvent pas survivre grâce aux aides du gouvernement."

"Le secteur a déjà été touché au coeur de sa saison les deux années précédentes avec les +gilets jaunes+ et les mouvements sociaux", rappelle le dirigeant, également coprésident de la Fédération des Commerces spécialistes des Jouets et des Produits de l'Enfant (FCJPE).

- La vente en ligne loin de compenser -

En attendant le verdict du gouvernement, "on s'emploie à faire notre métier de commerçant de jouets le mieux possible, même si les résultats restent faibles aujourd'hui", commente auprès de l'AFP Franck Mathais, porte-parole de JouéClub. Le chiffre d'affaires de l'enseigne, qui propose livraison et click-and-collect (retrait en magasin de commandes passées sur internet), est en retrait de 90% par rapport à la même période l'an dernier.

"Internet correspond à une partie des consommateurs mais pas à tous. En boutique, ils peuvent voir les jouets, obtenir des informations dessus, être accompagnés dans leur choix", ajoute-t-il.

Son de cloche similaire chez certains petits acteurs. "C'est difficile", témoigne auprès de l'AFP Marie, gérante de L'arbre enchanté, dans le 10e arrondissement de Paris. 

L'entrée de sa boutique est barrée par une petite table en bois, équipée d'une sonnette et de gel hydroalcoolique. Les commandes qu'elle reçoit sur les réseaux sociaux, par mail et téléphone représentent un tiers de son activité habituelle. Il s'agit d'une "clientèle de quartier, qui vient souvent vers nous par engagement" en faveur des petits commerces, souligne-t-elle.

L'an dernier, les Français ont effectué un tiers de leurs achats de Noël sur internet, selon NPD. S'ils n'ont plus le choix, embrasseront-ils massivement cette option? 

Et cela ne permettrait pas pour autant de compenser totalement le manque à gagner de la filière du jouet. La vente en ligne demande "plus de temps et de personnel" aux commerces, "les transporteurs vont être surchargés", "la chaîne logistique risque d'avoir du mal à suivre", explique à l'AFP Frédérique Tutt, experte du secteur des jouets au sein de NPD Group.

Anticipant un éventuel embouteillage de colis, Stéphane s'est rendu dans un magasin de jouets "entre deux rendez-vous" pour son activité d'entretien d'ascenseurs, dès le lendemain de l'annonce du reconfinement: "Pour ma femme et moi ce n'est pas grave, mais je ne voulais pas prendre de risque pour les cadeaux de mon fils." 

vac/soe/spi