Condamnés, visés par des plaintes, ou mis en examen: ces candidats malgré tout investis par la majorité

La députée La République en marche Laetitia Avia, le 8 novembre 2017 à l'Assemblée nationale à Paris.  - Christophe Archambault - AFP
La députée La République en marche Laetitia Avia, le 8 novembre 2017 à l'Assemblée nationale à Paris. - Christophe Archambault - AFP

C'est bientôt la fin des vagues d'investitures "Ensemble!" pour les législatives. 548 circonscriptions sur les 577 sont déjà pourvues par la confédération présidentielle. Et une grosse partie des candidats a même reçu ce mardi le soutien encourageant d'Emmanuel Macron en personne lors d'une journée de formation.

À Aubervilliers, où le chef de l'État leur a lancé un "Battez-vous!" engageant, des visages sur la photo de famille intriguent. Ici et là se trouvent des candidats investis par la majorité déjà inquiétés par la justice, accusés, mises en examen... Ou pire, déjà condamnés. On fait le point sur ces profils dissonants et pourtant reconduits.

Deux députés déjà condamnés

Le cas le plus marquant pour un quinquennat qui a voulu mettre la lutte contre les violences faites aux femmes en priorité est probablement celui du prétendant à la 4e circonscription de Dordogne. Le 4 septembre 2020, Jérôme Peyrat a été condamné à 3000 euros d’amende avec sursis pour violences conjugales sur son ex-compagne. La victime a expliqué avoir été frappée avant de subir une tentative d'étranglement de la part du conseiller à l'Élysée au moment des faits, après une dispute dans leur véhicule. Ces violences avaient occasionné 14 jours d'ITT pour son ex-compagne.

La sanction n'a pas empêché le maire de La Roque-Gageac d’être promu au sein de LaREM. Malgré sa démission en janvier 2020 de son poste à l'Élysée, l’élu a été nommé un an plus tard conseiller politique à la délégation générale du parti présidentiel. Avant d'être réinvesti pour les législatives de juin.

Le député a toutefois rappelé que sa condamnation était un sursis et que son accusatrice avait été condamnée à 800€ d'amende pour des appels téléphoniques et messages malveillants. Selon lui, ces accusations sont une instrumentalisation politique de la France Insoumise qui veut faire l'amalgame avec les accusations visant l'ex-candidat Taha Bouhafs.

Sira Sylla, députée de Seine-Maritime fait, elle aussi, l'objet d'une condamnation. En janvier 2021, le conseil des prud’hommes de Paris a fait part de cette décision pour non-respect du temps de travail, licenciement sans cause réelle et sérieuse, et harcèlement moral sur une collaboratrice. La députée candidate à sa réelection dans la 4e circonscription a fait appel.

La quadragénaire était à nouveau en procès ce mercredi pour de nouveaux faits de harcèlement. Le plaignant, Charles M., 24 ans, en arrêt maladie depuis septembre 2021 pour cause de dépression, l'accuse de brimades, de sanctions, de sollicitations à toute heure et de charge de travail démesurée. La députée, en campagne pour sa réélection, n'était pas à l’audience, mais en déplacement sur le terrain.

La députée dément ces accusations. "Une description marécageuse où l’on tente de faire passer Sira Sylla pour une députée hors sol dans ses rapports avec ses collaborateurs", défend son avocate.

Deux députées visées par des plaintes pour harcèlement

Après la nouvelle plainte à l'encontre de Sira Sylla, réinvestie par la majorité dans la 4e circonscription de Seine-Maritime, vient celle d'Anne-France Brunet. L’élue de Loire-Atlantique est visée par une plainte pour violences et harcèlement. Elle a été déposée par une ex-assistante parlementaire qui a décrit un quotidien infernal aux côtés de la députée. Malgré les "coups", les "humiliations en public", les "violences" telles que des "écrasements de pieds" révélés samedi 7 mai par nos collègues de l’AFP, la députée a été réinvestie par la macronie dès le lendemain et estime que les faits qui lui sont reprochés sont "complètement faux".

Enfin, Laetitia Avia est toujours visée depuis l’été 2020 par une enquête pour “harcèlement moral” après les plaintes de cinq anciens collaborateurs à l’Assemblée. Harcèlements, abus de pouvoir, moqueries sur le physique et les vêtements de militantes ou d'une élue, propos à connotation sexiste, homophobe et raciste n'ont pas eu de prise sur sa candidature à son renouvellement à Paris, adoubée par la Macronie.

Interrogée à l'issue de la journée de formation à Aubervilliers, la députée a nié être au courant de ces cinq plaintes, comme le montre Le HuffPost dans une vidéo (à retrouver en entier ici).

Deux poids lourds mis en examen dans des affaires financières

Thierry Solère, conseiller politique d’Emmanuel Macron et député sortant des Hauts-de-Seine, est au cœur de différentes affaires judiciaires. L'ex-républicain est mis en examen pour plusieurs motifs, dont "détournement de fonds publics", "trafic d’influence passif" et "emploi fictif". En juillet 2018, il écope d'une garde à vue de 37 heures et est libéré sur avis médical. En 2019, il totalise treize chefs d’accusation.

Dernière affaire en date: sa belle-mère est soupçonnée d’avoir occupé un emploi fictif à l’Assemblée nationale entre 2015 et 2016. Le député est mis en examen pour cinq nouvelles infractions en février 2022. Le cabinet Deloitte, qui l'a employé entre 2011 et 2012 en lui versant 20.000 euros d’honoraires, subit le même sort en avril, pour "trafic d’influence actif".

Ce qui n'empêche pas le conseiller macroniste, qui balaie toutes les accusations, de briguer un nouveau mandant dans la 9e circonscription du 92.

876450610001_6295270834001

Ancien membre des Républicains également, Éric Woerth, qui a rallié la macronie avant le premier tour est, lui, soupçonné d’avoir accordé une aide fiscale à Bernard Tapie dans l’affaire Adidas-Crédit Lyonnais. Le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale a bénéficié d'un non-lieu prononcé par le ministère public près la Cour de Justice de la République. Et il rempile dans l'Oise pour la campagne des législatives.

Une élue épinglée pour ses notes de frais

Elle avait fait une proposition de loi pour supprimer les tickets de caisse pour tout achat inférieur à 30 euros. La députée Patricia Mirallès est désormais dans le viseur de révélations publiées par Mediapart, qui l'épingle pour sa gestion des notes de frais.

L'élue de Montpellier, candidate dans la 1ère circonscription de l'Hérault sous la bannière "Ensemble!", aurait selon nos confrères utilisé son enveloppe mensuelle de frais de mandat pour des dépenses personnelles. Telles qu'une facture informatique de 1198,80 euros pour sa fille et l’hébergement à l’hôtel de son conjoint lors d'un déplacement, pour un total de 352 euros. L'élue dément en bloc ces accusations et n'exclut pas la possibilité de porter plainte.

Un ministre candidat accusé de viol

À deux reprises, Gérald Darmanin a été accusé d’avoir profité de sa position dominante d’élu pour obtenir des faveurs sexuelles. Aux deux femmes, il aurait promis, d’après leurs récits, d’intervenir en leur faveur, la première pour sa condamnation judiciaire, la seconde pour sa demande de logement. Le premier dossier pour "viol" a été relancé par la justice en 2020 après une nouvelle plainte. Le parquet de Paris a requis un non-lieu par réquisitoire définitif en janvier dernier. Tandis que le second pour "abus de faiblesse" a été classé sans suite en 2018.

Aujourd'hui, le futur ex-ministre de l'Intérieur - qui a toujours dénoncé "des accusations calomnieuses" et dont la nomination au gouvernement avait désespéré de nombreuses associations et militantes féministes - est candidat dans la 10e circonscription du Nord.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles