TOUT COMPRENDRE - Violences gynécologiques à Tenon: que reproche-t-on au professeur Emile Daraï?

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Le professeur Emile Daraï est gynécologue à l'hôpital Tenon à Paris. - AFP
Le professeur Emile Daraï est gynécologue à l'hôpital Tenon à Paris. - AFP

Brutal, inhumain, des gestes dégradants, humiliants et mêmes des viols dans le cadre d'examens médicaux. Depuis quelques semaines, les témoignages se multiplient pour dénoncer la brutalité, a minima, du professeur Emile Daraï, gynécologue-obstétricien et chef de service à l'hôpital Tenon à Paris. Trois femmes qui ont consulté le spécialiste ont porté plainte ces derniers jours pour viol.

· Qui est le professeur Emile Daraï?

Le professeur Emile Daraï est gynécologue-obstétricien, chef de service et responsable pédagogique à l'hôpital Tenon dans le XXe arrondissement à Paris. Il est l'un des spécialiste de l'endométriose et de la médecine de la reproduction.

Toutes les femmes qui le consultent le perçoivent comme "le médecin de la dernière chance", le médecin qui s'occupe des "cas désespérés".

"Pour moi c'était 'le Professeur', donc qui étais-je pour porter plainte contre lui?", confie Gaëlle, l'une des patientes du professeur Daraï qui a témoigné auprès de RMC.

· Comment les faits ont été révélés?

Ce sont des témoignages anonymes d'internes qui ont évoqué en premier les faits dont est accusé le professeur Daraï. Choqués par les pratiques du gynécologue, ils se sont tournés vers le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.

L'association a lancé un appel à témoignages et plus d'une centaine de femmes se sont manifestées. A ce jour, le collectif a recueilli près de 150 témoignages.

"Cette affaire montre à quel point il est important que des témoins se manifestent, salue auprès de BFMTV.com Sonia Bisch, porte-parole du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques. Ils peuvent changer la donne et dans ce cas, ils ont mis fin à cette omerta. Les femmes ont toujours essayé de parler mais enfin on assiste à une libération des oreilles."

Les femmes qui témoignent évoquent a minima une attitude froide, inhumaine au début des rendez-vous, le médecin ne regardant pas les résultats des précédents examens.

"L'examen vaginal a été très douloureux, a confié Gaëlle. Il ne m'a pas demandé mon consentement. Sans qu'il ne me prévienne, il a pratiqué un examen anal également très douloureux. J'ai un moment donné reculé et il a forcé."

Toutes les victimes présumées du professeur Daraï indiquent n'avoir jamais eu à subir ce dernier examen au cours de leur long parcours médical pour traiter leur endométriose.

· Quelles suites ont été données à ces témoignages?

Deux enquêtes ont été ouvertes après la diffusion des premiers témoignages de femmes dénonçant l'attitude du professeur Daraï.

Le 20 septembre, l'AP-HP a déclenché une enquête interne. Quatre personnes sont chargées de procéder à des auditions et d'étudier tous les documents disponibles concernant le médecin, et notamment les réclamations qui ont pu être faites par des patientes. L'AP-HP a mis le médecin en retrait de ses responsabilités de chef de service et de responsable pédagogique le temps de l'enquête. L'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques réclame sa suspension.

Parallèlement, le parquet de Paris a ouvert le 28 septembre une enquête pour "viol sur mineurs de plus de 15 ans" après le dépôt d'une première plainte par une femme majeure. L'enquête a été élargie à des faits de "viol en réunion par personne ayant autorité" car une seconde plaignante évoque la présence d'une autre personne au moment des faits dénoncés. En début de semaine, une troisième femme a également porté plainte contre le professeur Daraï.

De nouvelles plaintes pourraient être déposées dans les semaines à venir par d'autres victimes présumées.

· Que dit le professeur Emile Daraï?

Le professeur Emile Daraï conteste les accusations portées contre lui. "Il s’en expliquera dans le cadre des enquêtes ouvertes par le parquet de Paris, l’AP-HP et Sorbonne Université", a indiqué son avocat Me Alain Jakubowicz dans un communiqué.

Selon l'entourage du médecin, Emile Daraï reconnaît toutefois que pendant des années les médecins n'ont pas été formés à la pédagogie et à la prise en compte de la parole des femmes. Décrit comme cordial et exigeant avec ses équipes, une ancienne interne évoque un médecin à l'ancienne, "vieux jeu" et "paternaliste".

Un médecin qui n'a pas appris à demander le consentement aux patientes avant de les ausculter ou de pratiquer des examens très souvent douloureux à cause de l'endométriose. Elle dit n'avoir jamais noté de brutalité "juste pour être brutal" et parle de l'un des meilleurs techniciens qu'elle a pu rencontrer.

Article original publié sur BFMTV.com

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