TOUT COMPRENDRE - Pourquoi l'efficacité du vaccin AstraZeneca pour les plus âgés est mise en doute

Clarisse Martin
·4 min de lecture
Le vaccin d'AstraZeneca (illustration) - BFMTV/AFP
Le vaccin d'AstraZeneca (illustration) - BFMTV/AFP

L'Agence européenne du médicament (EMA) a donné son feu vert vendredi au vaccin développé par l'université d'Oxford et le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca.

Il s'agit du troisième vaccin contre le Covid-19 à être autorisé par les autorités sanitaires européennes, après ceux de Pfizer-BioNTech, le 21 décembre, et de Moderna le 6 janvier.

Le vaccin affiche un taux d'efficacité global de 70%, bien moindre que celui de ses concurrents, culminant tous les deux à plus de 90%. Également, des données manquent pour évaluer son efficacité chez les personnes âgées, ce qui suscite remous et hésitations, sur fond de polémique avec l'annonce de retards de livraison du vaccin en Europe.

Ce vaccin présente toutefois des atouts non-négligeables, qui sont son coût relativement peu élevé ainsi que sa facilité de stockage. Là où ses concurrents à ARN messager doivent être stockés à très basse température, - 20 et - 70 degrés, le vaccin d'AstraZeneca peut être conservé à la température d'un réfrigérateur classique.

· D'où sont parties les réserves?

C'est l'Allemagne qui a ouvert le bal la semaine passée. Jeudi, l'autorité vaccinale allemande a recommandé de ne pas autoriser le vaccin du laboratoire anglo-suédois pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Une position réaffirmée vendredi:

"Le vaccin n'est recommandé à l'heure actuelle au vu des données disponibles que pour les personnes âgées de 18 à 64 ans", a-t-on avancé.

Avant d'autoriser le vaccin, les experts de l'Union européenne avaient également discuté son efficacité:

"Les essais de Pfizer et Moderna étaient clairs. Cette fois, on dispose d’un ensemble d’études universitaires agglomérées. On nous donne des pommes, des poires et des bananes et on nous demande de juger de la corbeille de fruits", a déclaré l'un d'eux au Monde, dans un long article enquêté.

· Quelles sont les conséquences de ces doutes?

Samedi, le gouvernement allemand a annoncé prendre acte des suspicions formulées par les autorités sanitaires concernant l'efficacité du vaccin chez les plus de 65 ans. Par conséquent, l'exécutif a annoncé vouloir prioritairement administrer ce vaccin aux moins de 65 ans.

"Nous allons maintenant devoir revoir l'ordre de vaccination", en raison "des limitations d'âge du vaccin AstraZeneca" a affirmé Jens Spahn, lors d'une discussion avec des personnels soignants.

L'autorisation officielle des autorités allemandes sera au plus tard dévoilée en début de semaine prochaine.

Samedi, l'Agence italienne du médicament (AIFA) a autorisé le recours au vaccin AstraZeneca, tout en faisant valoir le principe de précaution vis-à-vis des sexagénaires, et en notant "un degré d'incertitude" en raison du fait que ce groupe d'âge était "mal représenté" dans les essais.

L'Agence recommande "un usage préférentiel du vaccin AstraZeneca, en attendant plus de données, pour les sujets âgés de 18 à 55 ans", et conseille "l'usage préférentiel des vaccins à ARN messager pour des sujets plus âgés et/ou plus fragiles".

· Où en est-on en France?

En France, la Haute autorité de santé (HAS) doit rendre son avis mardi sur le vaccin d'AstraZeneca, a annoncé Olivier Véran dans les colonnes du Journal du dimanche de ce jour, tout en faisant état des doutes quant aux données sur les plus de 65 ans.

"En donnant son autorisation vendredi, l'Agence européenne du médicament a précisé qu'on pouvait l'utiliser sur toutes les personnes majeures, malgré des données lacunaires sur les plus de 65 ans. Elle a ajouté que des études complémentaires d'efficacité chez les personnes les plus âgées étaient attendues pour février", a précisé le ministre des Solidarités et de la Santé. "À la lumière de ces informations, j'ai élaboré une stratégie pour ce vaccin que je vais proposer au Président, une fois connu l'avis de la HAS", a-t-il ajouté.

Vendredi, Emmanuel Macron avait lui-même émis des doutes quant à l'efficacité du vaccin anglo-suédois:

"Les premiers retours que nous avons ne sont pas encourageants pour les plus de 60-65 ans", avait déclaré le chef de l'État, selon des propos rapportés notamment par l'Agence France-Presse (AFP).

Article original publié sur BFMTV.com