TOUT COMPRENDRE - L'utilisation de drones par les forces de l'ordre pour le 1er-Mai fait débat

Un outil contesté. Alors qu'entre 500.000 et 650.000 manifestants sont attendus ce lundi dans les rues à l'occasion du 1er-Mai, les autorités redoutent des débordements, en pleine contestation contre la réforme des retraites, promulguée début avril. Pour encadrer les cortèges, les forces de l'ordre souhaitent avoir recours à des drones dans certaines villes, mais l'utilisation de ces "aéronefs équipés de caméras" ne fait pas l'unanimité.

• Comment et pourquoi les forces de l'ordre souhaitent-elles utiliser des drones ce 1er-Mai?

Un 1er-Mai "vengeur"? Selon une note du renseignement territorial, 1500 à 3000 gilets jaunes à Paris et 2000 à 3000 éléments "à risques" pourraient se joindre aux différents cortèges.

Afin d'éviter des débordements, un large dispositif de sécurité est prévu. En plus de 12.000 policiers et gendarmes, des drones de la police doivent être déployés dans plusieurs villes considérées comme à risques: Paris, Lyon, Bordeaux, Nantes, Le Havre et Tours.

"Les drones, avec les caméras de vidéo-protection ou les effectifs en place sur la voie publique, permettront d'avoir une complémentarité pour comprendre en temps réel ce qu'il se passe sur la voie publique (...) et identifier des éléments radicaux", explique à BFMTV Jérôme Jimenez, porte-parole d'UNSA Police en Île-de-France.

• Quelles sont les règles encadrant leur utilisation?

L'utilisation de drones par les forces de l'ordre n'a été autorisée que très récemment, via un décret, paru le 19 avril dernier au Journal Officiel. Les drones ont déjà utilisés par les forces de l'ordre pour plusieurs événements, comme la manifestation contre la construction de l'autoroute A69 entre Toulouse et Castres fin avril, ou la manifestation près du Stade de France samedi dernier.

Le recours aux drones par les policiers est strictement encadré et doit être réservé à certaines situations précises: la prévention d’actes de terrorisme, la sécurité des rassemblements de personnes sur la voie publique ou encore le secours aux personnes. Il est également soumis à une obligation d'information à la population.

• Pourquoi leur utilisation dans ce cadre est-elle contestée?

L'association de défense des libertés constitutionnelles Adelico estime que l'exécutif n'a pas respecté la procédure exigée pour l'utilisation de drones en manifestations. Elle a déposé, avec le Syndicat des avocats de France (SAF), plusieurs référés en justice.

"Les autorisations qui auraient dû être demandées par le ministère de l'Intérieur au Conseil des ministres n'ont pas été demandées (...). L'utilisation de ces drones par les forces de police est tout simplement illégale", déplore à BFMTV l'avocat de l'association, Jean-Baptiste Soufron.

"On ne sait pas à quoi vont servir ces images", s'inquiète-t-il, estimant que les manifestations ce lundi ne constituent pas une situation "d'absolue nécessité".

Pour lui, la raison de l'emploi des drones est claire. "(Les autorités) espèrent avoir moins de forces de police et les remplacer par des drones parce que ça paraît plus simple et plus facile", avance-t-il.

• Quelles décisions ont été prises pour ce 1er-Mai?

Pour ce lundi 1er-Mai, la préfecture de Seine-Maritime a restreint l'utilisation des drones au Havre dans un arrêté, donnant en partie gain de cause à ses opposants. Le juge a notamment estimé que la zone de survol prévue était trop large et sa durée d'utilisation, au moins 8 heures, trop longue.

À Lyon, en revanche, les drones vont pouvoir circuler ce lundi, même chose à Bordeaux et Paris, leur usage ayant été validé par leurs tribunaux administratifs respectifs. À Nice, la préfecture les avait aussi autorisés, mais la pluie empêche qu'ils soient finalement utilisés.

Un recours contre le décret autorisant l'usage des drones par les forces de l'ordre, publié le 20 avril au Journal officiel, doit par ailleurs être examiné le 15 mai par le Conseil d'État.

Article original publié sur BFMTV.com