TOUT COMPRENDRE - Lula face à Bolsonaro: les enjeux d'un scrutin tendu au Brésil ce dimanche

TOUT COMPRENDRE - Lula face à Bolsonaro: les enjeux d'un scrutin tendu au Brésil ce dimanche
Lula (à gauche) et Jair Bolsonaro.  - Evaristo Sa
Lula (à gauche) et Jair Bolsonaro. - Evaristo Sa

C'est le moment de vérité au Brésil, celui qui doit trancher des mois de campagne à couteaux tirés. Ce dimanche, les Brésiliens doivent en effet se prononcer dans le cadre du premier tour d'une présidentielle dominée par les personnalités des deux principaux candidats: Jair Bolsonaro, président d'extrême-droite sortant, et Lula, qui représente les espoirs de la gauche et du centre, et qui fut lui-même le chef de l'Etat entre 2003 et 2011. Parallèlement, les citoyens livreront leurs suffrages pour désigner leurs députés, le tiers des sénateurs et le collège des gouverneurs régionaux.

Modalités des élections, sondages, personnalités des favoris et tensions: BFMTV.com fait le point sur les enjeux de cette journée hautement politique.

· Pour quels élus vont voter les Brésiliens?

Il convient d'abord de faire la lumière sur les systèmes électoraux des différents scrutins qui concernent 156 millions d'électeurs ce dimanche. La présidentielle est un scrutin uninominal à deux tours. S'il existe d'autres candidats en lice, la campagne a fait la part belle aux deux grandissimes favoris, Lula et Bolsonaro.

Les Brésiliens sont également invités - et un peu plus que ça dans la mesure où le vote est obligatoire entre 18 et 70 ans - à choisir leurs 513 députés fédéraux, ainsi que 27 de leurs 81 sénateurs (soit le tiers, donc, de la chambre haute) et les 27 gouverneurs des régions. Ces suffrages pourraient délivrer des résultats contrastés.

Par exemple, Fernando Haddad est susceptible de faire basculer l'Etat de Sao Paulo à gauche pour la première fois tandis que celui de Rio de Janeiro devrait revenir au camp de Jair Bolsonaro. Les gouverneurs sont désignés en deux manches, tandis que les législatives se disputent selon le régime de la proportionnelle, en un tour.

Le second tour de la présidentielle est quant à lui fixé au 30 octobre prochain.

· Qui est le favori de la présidentielle?

Mais y aura-t-il seulement un second tour? On peut en douter tant Lula, qui porte les aspirations d'une coalition forte de dix formations émargeant à gauche et au centre, devance le sortant dans les sondages. Malgré quelques fluctuations au fil des semaines, l'ancien métallurgiste passé à la politique a constamment dominé Jair Bolsonaro dans les enquêtes d'opinion.

L'une des dernières, parue jeudi, est particulièrement éloquente. Issue des travaux de l'institut Datafolha, elle a conféré à Lula une avance très confortable de 48% des projections contre 34%. Or, l'institut de sondage a encore précisé qu'en ne prenant en compte que les votes valides, Lula était crédité de 50%. Seuil qui, s'il venait à être dépassé ce dimanche, lui permettrait de reprendre son ancien fauteuil présidentielle au soir de ce premier tour.

· Pourquoi le duel Lula-Bolsonaro est-il explosif?

Pablo Marçal, Ciro Gomes, Leonardo Pericles etc. Certes, la présidentielle ne manque pas de candidats mais ils ne sont que deux à concentrer l'attention, car ils sont également les seuls à disposer de réelles chances de victoire. Et l'affrontement entre Lula et Jair Bolsonaro - en plus d'opposer deux bords politiques opposés - est aussi la confrontation de deux parcours, de deux biographies très dissemblables.

Lula est né il y a 76 ans dans l'Etat du Pernambouc, région déshéritée du nord-est du pays. Enfant d'une famille modeste finalement réinstallée à Sao Paulo, il est d'abord ouvrier métallurgiste, et plus précisément tourneur-fraiseur. Il embrasse bientôt le syndicalisme, et si son combat syndical l'ancre dans le paysage de la gauche locale, elle lui vaut aussi quelques séjours en prison dans le Brésil de la dictature.

Il participe en 1980 à la création du Parti des travailleurs, qui sera l'instrument de son ascension politique. La démocratie revenue, il est candidat par trois fois à la présidentielle de son pays à partir de la fin des années 1980, avant de décrocher la timbale en 2002 et d'être investi en janvier suivant.

Après deux mandats, il laisse la place à sa dauphine Dilma Roussef en 2011, avant d'être emporté quelques années plus tard dans un scandale de corruption, dossier dans lequel il est condamné et qui l'envoie en prison en 2018. Le verdict est toutefois annulé en 2021, la justice soulignant la partialité de son juge et reconnaissant des vices de forme.

Jair Bolsonaro a lui aussi goûté à la prison. Il avait en effet été mis aux arrêt quinze jours pour avoir critiqué publiquement la faiblesse du salaire dans l'armée en 1986. C'est à peu près le seul point commun qui le lie à son rival.

Jair Bolsonaro est pour sa part le fils d'un dentiste, et naît dans l'Etat de Sao Paulo. Ce n'est pas l'usine qui l'appelle mais l'armée, institution à laquelle il a toujours témoigné son admiration jusqu'à aujourd'hui. Il y est d'ailleurs devenu officier, parvenant au grade de capitaine. C'est à l'orée des années 1990 qu'il entre dans une autre carrière et mène une autre lutte: la politique. Il est en effet élu député à Rio de Janeiro en 1990, siège dans lequel il sera reconduit sans discontinuer ensuite.

Côté étiquette, il a en revanche la bougeotte. Evoluant d'abord au sein du Parti Démocrate Chrétien, il change plusieurs fois de couleurs. Il est désormais le leader du Parti libéral. Il faut dire que libéral, il l'est au plan économique. En revanche, pour ce qui est des moeurs, Jair Bolsonaro professe des opinions très conservatrices.

Elu à la présidence en 2018 sur un programme conjuguant promesse de combat anti-corruption et politique sécuritaire, son bilan apparaît contesté. Son hostilité à la cause écologique, et sa gestion de la crise sanitaire ouverte par la pandémie de Covid-19 lui sont largement reprochées par son opposition et de nombreux observateurs.

Enfin, à l'internationale, sa sympathie va surtout aux Etats-Unis de Donald Trump. Il sera d'ailleurs l'un des derniers dirigeants mondiaux à reconnaître la victoire de Joe Biden, gardant longtemps le silence tandis que le multimilliardaire new-yorkais clamait sans preuve être la victime d'une fraude électorale massive.

· Faut-il craindre des violences?

Cette solidarité semble d'autant moins anecdotique que Jair Bolsonaro pourrait en avoir retiré quelques recettes. En effet, vendredi, au cours d'une conférence de presse, Lula a dit craindre des "troubles" d'ici à son investiture s'il l'emportait contre l'homme d'extrême droite.

Et il ne s'agit pas là d'un procès d'intention en l'air, car Jair Bolsonaro a de son côté évoqué la possibilité de faire les frais de fraude, là encore sans élément à l'appui de ses dires. Lors d'un entretien télévisé retransmis le 19 septembre, il a averti que s'il obtenait "moins de 60% des voix au premier tour", c'est que "quelque chose d'anormal" aurait eu lieu au Tribunal supérieur électoral.

Pas sûr qu'un dimanche d'élection suffise à dissiper une telle électricité.

Article original publié sur BFMTV.com