TOUT COMPRENDRE - Guadeloupe: où en est la grève générale contre la vaccination obligatoire des soignants?

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Les accès bloqués du CHU de Guadeloupe le 17 novembre 2021  - CARLA BERNHARDT / AFP
Les accès bloqués du CHU de Guadeloupe le 17 novembre 2021 - CARLA BERNHARDT / AFP

Depuis lundi 15 novembre, une grève générale a lieu en Guadeloupe afin notamment de protester contre la vaccination obligatoire pour le personnel soignant. Minoritaire dans un premier temps, le mouvement prend de plus en plus d'ampleur et touche d'autres corps de métier. Une situation qui paralyse une partie de l'île, et qui fait réagir les autorités.

• D'où vient l'appel à la grève?

En fin de semaine dernière, plusieurs collectifs d'organisations syndicales et citoyennes de l'île avaient appelé à la grève générale à partir de ce lundi avec un mot d'ordre: "la guerre est déclarée". Comme objectif avoué, les manifestants souhaitent faire reculer l'obligation vaccinale, le pass sanitaire ainsi que les suspensions de soignants dans tous les secteurs.

Ainsi, les syndicats refusent que "l'ensemble des travailleurs de la santé", y compris ceux de l'Éducation nationale ou de Pôle emploi, reçoivent "leur courrier de suspension lundi (15 novembre, ndlr)", date butoir fixée par les autorités, écrivaient-ils dans un communiqué.

"Ce sont des milliers de Guadeloupéens qu'ils jettent à la rue, sans délai de contestation", a insisté Maïté Hubert-M'Toumo, secrétaire générale de l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), appelant au "renforcement des piquets de grève" existants.

Mardi, une manifestation a rassemblé entre 300 à 400 personnes devant le CHU de Pointe-à-Pitre, Franceinfo soulignant que les accès à l'établissement avaient été bloqués par des véhicules.

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Car si les grèves ont récemment pris une nouvelle ampleur, plusieurs actions avaient déjà été notées ces dernières semaines. Fin octobre, deux personnes ayant participé à une manifestation contre le pass sanitaire, dont une leader syndicale, avaient été interpellées et placées en garde à vue pendant plusieurs heures.

Quelques jours plus tard, la direction du CHU de Guadeloupe avait condamné un "taux d'absentéisme massif" parmi ses personnels, en soupçonnant "des arrêts de complaisance" et la conduisant à envisager de "saisir le Conseil de l'ordre des médecins". Selon les autorités hospitalières locales, le taux d'absentéisme "avoisine dans certains services soignants 30%" avec des arrêts de travail qui se multiplient depuis quelques jours.

• Comment évolue la situation sur l'île?

Si la plupart des rassemblements se déroulent de manière pacifique, certains débordements sont toutefois à noter. Ce lundi, deux pompiers grevistes ont été blessés et deux personnes interpellées pendant la première journée de grève générale. Des échauffourées ont opposé pompiers grévistes et gendarmes, lesquels ont chargé avant d'être visés par des jets de lances à eau manipulées par des pompiers.

D'autres incidents entre grévistes et forces de l'ordre ont donné lieu à deux mises en garde-à-vue pour "des faits de menaces réitérées sur agent de la force publique", a indiqué le parquet de Pointe-à-Pitre. Maïté Hubert M'Toumo, avait qualifié ces arrestations de "provocation".

Elle a dénoncé dans un communiqué "une atteinte grave à une liberté fondamentale qu'est le droit de faire grève" et a appelé "tous les adhérents et militants à renforcer les piquets de grève".

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Mercredi, la mobilisation était toujours en cours, avec moins d'intensité et avec seulement quelques points de blocages sur les routes. A la mi-journée, les pompiers ont bloqué deux ronds-points fréquentés avec leurs camions, en menant une opération escargot près du plus gros centre commercial de l'île.

"Le gouvernement n'entend rien, et on continuera jusqu'à ce qu'on soit entendu", martèle Jocelyn, représentant du syndicat Force Ouvrière chez les pompiers. Si un service minimum est assuré via des assignations et des réquisitions, le représentant syndical assure qu'il "faut que ça ne fonctionne plus pour qu'on voit qu'il y a un problème".

• Où en est la vaccination en Guadeloupe?

Le problème est latent depuis de nombreux mois. En Guadeloupe, la vaccination, bien qu'en augmentation, reste toujours minoritaire. A date du 10 novembre, seule 46% de la population locale a reçu au moins une dose de vaccin, contre 90% à l'échelle de la France entière. En août dernier, le taux de primovaccinés en Guadeloupe dépassait à peine les 20%.

Mercredi, l'ARS de Guadeloupe a souligné "une bonne adhésion à la vaccination" avec 85 % des soignants, "tous établissements confondus", désormais vaccinés. Seulement, l'agence continue de déplorer des "poches de résistances" aux actions "inacceptables".

Selon la direction du CHU de Point-à-Pitre, citée par l'AFP, 566 suspensions au total ont été prononcées, tandis que le taux de conformité avec l'obligation vaccinale au sein de l'établissement s'élève à 87%.

876450610001_6269480374001Les raisons de cette réticence à la vaccination sont multiples."Il y a de la réticence et de la crainte comme partout, malgré la pédagogie qu’on mène depuis janvier, on n'arrive pas à faire décoller. Il y a d'autres paramètres au niveau de la sociologie, il y a un amalgame avec le scandale de la chlordécone et ça coûte très cher à la population. La population commence à adhérer à la vaccination mais le retard est important et il ne sera pas comblé avant la 5e vague", expliquait cet été sur BFMTV Bruno Jarrige, directeur médical de crise du CHU de Guadeloupe.

• Quelles sont les réactions face à la tournure des événements?

Le président de la Région Guadeloupe, Ary Chalus, a exprimé mercredi son inquiétude devant la tournure des événements, mais a rappelé que l'obligation vaccinale n'était pas la seule cause du ras-le bol des Guadeloupéens.

Au micro de Franceinfo, ce dernier a dit être inquiet et avoir alerté de la situation "le président de la République", et "les membres du gouvernement en charge de la Guadeloupe". En outre, il a indiqué être vacciné et "demande aux gens de se faire vacciner" , mais ajoute: "Personnellement, je l'ai toujours dit, je suis contre l'obligation vaccinale", demandant "plus de concertation avec l'ARS".

Du côté de la métropole, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a fait montre de fermeté. Interrogé au sujet de ces actions dur France Inter mercredi, ce dernier a prévenu:

"On n'acceptera pas qu'on empêche des personnes d'aller se faire soigner à l'hôpital, on n'acceptera pas qu'il y ait de la pression qui soit mise sur des personnes qui ont fait le choix ou qui vont faire le choix de se faire vacciner".

Article original publié sur BFMTV.com

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