TOUT COMPRENDRE - Comment fonctionne la primaire populaire de la gauche?

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Les porte-parole de la Primaire populaire ce samedi à Paris. - Thomas COEX
Les porte-parole de la Primaire populaire ce samedi à Paris. - Thomas COEX

Après l'officialisation de la candidature de Christiane Taubira ce samedi à Lyon, qui a annoncé sa participation à la primaire populaire, le mouvement a finalement dévoilé la liste définitive des sept candidats qui se soumetront au scrutin du 27 au 30 janvier.

Plusieurs événements sont organisés en France ce samedi après-midi par la primaire populaire. Mouvement initié en octobre 2020, il entend présenter un candidat commun à gauche pour l'élection présidentielle.

Pour l'instant, ni Anne Hidalgo, ni Yannick Jadot, ni Jean-Luc Mélenchon n'ont annoncé leur volonté d'en reconnaître le résultat. Tout ce qu'il faut savoir sur la primaire populaire, cette initiative citoyenne qui devrait jouer un rôle à gauche dans les semaines à venir.

• Qu'est-ce que c'est?

La primaire populaire a été lancée en mars dernier par l'association "2022 ou jamais" à laquelle appartient notamment Mathilde Imer, militante écologiste et Samuel Grzybowski, le fondateur de l'association de dialogue interreligieux, Coexister. Alors que 7 candidatures de gauche sont sur la ligne de départ de la présidentielle, cette compétition cherche à désigner une candidature unique de gauche, "capable de rassembler pour faire gagner l'écologie, la démocratie et la justice sociale".

La Primaire populaire propose un socle commun de dix propositions politiques qui se veulent des "mesures de bascule pour changer concrètement nos vies". Elles ont été élaborées en se fondant sur les "revendications des mouvements sociaux de ces dernières années"("gilets jaunes, mouvement climat, féministes, antiracistes").

On y trouve "un big bang pour une fiscalité plus juste et écologique", "la hausse du smic" et encore "un revenu de solidarité dès 18 ans".

"Ce sont des propositions qui font consensus à gauche", explique le porte-parole, Samuel Grzybowski, auprès de BFMTV.com.

• Qui sont les candidats?

À l'été dernier, les internautes qui ont visité la plateforme sur Internet avaient été invités à proposer des noms de personnalités qu'ils souhaitaient voir concourir, très loin du mécanisme classique d'une primaire où les personnes qui souhaitent y participer se déclarent.

Un écrémage a cependant été conduit depuis et le nom des sept candidats officiels à la primaire populaire a été indiqué samedi sur le site Internet du mouvement. Parmi eux, on retrouve des visages bien connus de la gauche qui se présentent déjà à la présidentielle comme Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon ou encore Yannick Jadot, même si ces derniers ont refusé de se soumettre à ce vote.

À leur côté, se trouvent Anna Agueb-Porterie, 24 ans, une militante écologiste sans étiquette, Pierre Larrouturou, 57 ans, député européen et fondateur de Nouvelle Donne et Charlotte Marchandise, 47 ans, ancienne adjointe à la mairie (PS) de Rennes qui avait déjà tenté de se présenter en 2017 sans parvenir à récolter les 500 parrainages de maires.

La méthode de désignation initialement utilisée a déplu dans les rangs de gauche. Un temps désigné par une partie des internautes, Arnaud Montebourg, mécontent d'apparaître sur le site dans un premier temps, avait menacé les organisateurs de déposer plainte. Il figure actuellement sur une "liste d'attente", explique Libération.

Yannick Jadot, lui, regrette son inscription d'office. "Je trouve ça très choquant. Y compris pour une génération jeune, où la question du consentement est au cœur de l'autonomie", a ainsi estimé le candidat écologiste dimanche dernier sur France inter.

• Qui peut y participer?

Le vote se déroulera en ligne du 27 janvier au 30 janvier. L'inscription est ouverte à tous, à condition d'avoir au moins 16 ans, d'avoir la nationalité française et d'adhérer à "l'esprit du socle commun de la Primaire populaire".

Les 130.000 qui ont participé à la désignation des candidats recevront un mail pour les inviter à participer à la désignation des candidats. La primaire populaire revendique actuellement 320.000 soutiens (des personnes qui ont signé l'appel à une candidature unique de la gauche et ont laissé leurs coordonnées aux organisateurs).

• Comment le gagnant ou la gagnante sera désignée?

Pour la première fois en France dans une compétition politique, la Primaire populaire utilisera la méthode du jugement majoritaire. "Ce mode de scrutin prend ainsi en compte l’opinion des électeurs et des électrices dans toute sa complexité. Le crédit porté à chacune des options peut ainsi être mesuré précisément et permet d’affiner et de pacifier la prise de décision", précise leur site.

Concrètement, au lieu de désigner une personne, les votants devront évaluer chaque candidature, en leur attribuant une mention qui ira d'"excellent", à "à rejeter" en passant par "bien", "passable" et "insuffisant".

Cette méthode peut changer profondément les résultats. Dans un sondage Opinionway commandé par l'association Mieux voter, Valérie Pécresse arrive en tête des intentions de vote pour le premier tour en 2022 tandis qu'Éric Zemmour est en queue de peloton. Emmanuel Macron, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot arrivent respectivement en seconde, troisième et quatrième position.

Dans les sondages "classiques", qui utilisent le scrutin uninominal, le président fait la course en tête, suivi par Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour, d'après le dernier sondage Elabe pour BFMTV et L'Express. Le candidat écologiste et le chantre de la Remontada sont eux, sous la barre des 10%.

• Pourquoi ça bloque à gauche

Alors que les candidats à gauche ont, jusqu'au mois de décembre, tous refusé de participer à la Primaire populaire, la déclaration d'Anne Hidalgo le 8 décembre a changé la donne.

À la surprise générale, alors qu'elle s'y était opposée quelques heures plus tôt, la candidate socialiste a proposé sur TF1 d’organiser une primaire avec "les candidates et les candidats qui veulent gouverner ensemble".

"Il faut organiser une primaire de la gauche arbitrée par les citoyens", a-t-elle jugé face à l'éparpillement des candidatures.

L'initiative a été immédiatement saluée par Arnaud Montebourg, qui a fait une proposition similaire quelques heures tôt. Pour ces deux figures politiques à la peine dans les sondages, l'organisation d'une primaire de gauche permettrait de se retirer tout en pouvant négocier une place dans le dispositif de campagne du gagnant de la compétition de la gauche.

Mais Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou ont fermé la porte à toute initiative de ce type.

La situation se complique encore un peu plus avec l'entrée en lice de Christiane Taubira. Le 17 décembre, l'ancienne garde des Sceaux a annoncé envisager d'être candidate à la présidentielle, à condition de ne pas être "une candidate de plus". Ce dimanche, elle a déclaré finalement souhaiter prendre part à la Primaire populaire, "dernière chance d'une union possible de la gauche en 2022". L'ancienne ministre a également indiqué qu'elle en "acceptera le verdict".

Article original publié sur BFMTV.com

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