TOUT COMPRENDRE - Les accusations contre le syndicat Avenir lycéen et Jean-Michel Blanquer

Cyrielle Cabot avec AFP
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Jean-Michel Blanquer (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Stéphane de Sakutin - AFP
Jean-Michel Blanquer (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Stéphane de Sakutin - AFP

Soupçonné d'avoir dilapidé des subventions publiques en frais de bouche et en déplacements depuis des révélations de Mediapart début novembre, le syndicat Avenir lycéen est de nouveau pointé du doigt depuis vendredi soir. Selon Libération, cette structure aurait été créée depuis la rue de Grenelle pour servir la communication et les intérêts de Jean-Michel Blanquer, l'actuel ministre de l'Éducation nationale. BFMTV fait le point sur cette affaire.

• Qu'est-ce qu'Avenir lycéen?

Avenir lycéen est un syndicat créé en décembre 2018, en plein mouvement des gilets jaunes et en pleine contestation contre le projet de réforme du bac. Il se réclame comme un syndicat "apolitique" et partisan d'une opposition "pacifiste".

Mais selon Libération et Mediapart, ses membres "présentent la particularité" d'être dirigés "par plusieurs lycéens qui sont aussi engagés chez les jeunes avec Macron" et défendent systématiquement des positions pro-gouvernementales.

• Que lui reproche-t-on?

Le syndicat a été épinglé une première fois dans un article publié sur Mediapart le 8 novembre dernier. Le journal d'investigation révèle qu'Avenir lycéen a bénéficié en 2019 de 65.000 euros d'argent public de la part du ministère de l'Education nationale pour organiser des actions de sensibilisation et organiser son congrès fondateur. Or, ce congrès n'a jamais eu lieu. L'argent aurait été englouti dans des frais de bouche, ou dans des hôtels de luxe.

Et selon un nouvel article publié sur le site samedi, le ministère était informé de ces dérapages. Malgré cela, il aurait été prêt à leur allouer une nouvelle subvention de 30.000 euros pour 2020, selon nos confrères.

En parallèle du travail de Mediapart, des révélations du journal Libération sont aussi venues semer le trouble. Le quotidien, s'appuyant sur de nombreux témoignages d'anciens adhérents à l'organisation, assure que ce syndicat avait "germé Rue de Grenelle, dans l'entourage proche de Jean-Michel Blanquer". L'objectif: servir la communication du ministre, et surtout rompre tout dialogue avec les syndicats lycéens opposés aux réformes, notamment celle du baccalauréat.

Nos confrères affirment ainsi que le numéro 2 du ministère à l'époque, Jean-Marc Huart, était étroitement lié aux responsables d'Avenir lycéen et que des rectorats participaient à l'écriture de communiqués du syndicat, systématiquement favorables aux réformes du gouvernement.

• Comment se défend le syndicat?

Quelques heures après les premières révélations de Mediapart, huit dirigeants, dont le président d'Avenir lycéen, ont présenté leur démission. Ils ont assuré cependant ne pas avoir été impliqués dans la gestion financière de l’association. Selon eux, "la situation a provoqué des tensions internes et ils considèrent qu'il ne leur est plus possible de représenter au mieux les intérêts de tous les lycéens et d’exercer pleinement leurs fonctions exécutives", explique Mediapart.

Le syndicat a de nouveau réagi samedi aux nouvelles accusations à son encontre dans un communiqué, défendant son indépendance. "Personne ne nous a manipulés. À aucun moment quiconque au ministère de l'Éducation Nationale n'a 'utilisé' notre mouvement", martèle Nathan Monteux, le cofondateur de ce syndicat.

"La vérité est nettement moins polémique, n'en déplaise à certains, nous déplorons ces témoignages mensongers ainsi que leur instrumentalisation", écrit-il. "Nombreux ont été ceux qui n'étaient engagés dans aucun parti et qui au contraire ont trouvé dans Avenir lycéen un mouvement qui n'avait pas d'autre préoccupation que le lycée lui-même, sans aucune volonté de s'engager dans la politique nationale."

"On peut être jeunes et s'engager pour faire changer les choses et pas seulement pour bloquer le pays. Notre choix a été clair: la proposition. Proposer et en finir avec l'opposition systématique", termine-t-il.

• Quelles sont les réactions des autres syndicats lycéens?

Les révélations de Mediapart et de Libération ont provoqué un tollé chez les syndicats étudiants. Dans un communiqué, la Fidl a dénoncé un "dévoiement total de la cause syndicale et une insulte faite aux jeunes" et exhorté Jean-Michel Blanquer à saisir la justice pour qu'une enquête judiciaire soit ouverte.

De son côté, le syndicat MNL voit lui dans "Avenir lycéen", "une entreprise politique n'ayant pas hésité à manipuler certains de nos jeunes camarades lycéens (...) afin de servir les intérêts du ministre".

Quant à l'UNL, elle accuse Jean-Michel Blanquer d'avoir "instrumentalisé de toutes pièces une prétendue opposition au mouvement de contestation qui s'était monté contre lui".

• Quelles suites?

Après les premières révélations de Mediapart, le ministère a indiqué avoir diligenté une enquête administrative sur les subventions accordées à Avenir lycéen et s'est défendu de tout favoritisme.

Alors que plusieurs organisations lycéennes ont annoncé leur intention de porter plainte, Jean-Michel Blanquer va devoir s'expliquer à l'Assemblée nationale. Le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont a posé une question écrite au gouvernement sur le sujet, explique Libération ce samedi. A gauche, les députés insoumis, communistes et socialistes ont signé une proposition de résolution pour créer une commission d'enquête sur l'activité du syndicat et ses liens avec l'exécutif.

"Le ministre doit s'expliquer sans délai", affirme ainsi sur Twitter le député socialiste Boris Vallaud. "Ces révélations révèlent utilement les valeurs pédagogiques de ce gouvernement: corrompre des élèves pour qu'ils ou elles renoncent à leurs convictions. Cette sale 'leçon' d'instruction civique du ministre à nos enfants est une faute morale impardonnable"", a réagi de son côté le député écologiste David Cormand.

Article original publié sur BFMTV.com