TOUT COMPRENDRE - Les évaluations des élèves de CP/CE1 débutent ce lundi: en quoi consistent-elles?

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La rentrée dans une école de Quimper (Finistère), le 2 septembre 2021  (photo d'illustration). - FRED TANNEAU / AFP
La rentrée dans une école de Quimper (Finistère), le 2 septembre 2021 (photo d'illustration). - FRED TANNEAU / AFP

Coup d'envoi des évaluations au primaire. À partir de ce lundi et jusqu'au 24 septembre (jusqu'au 9 octobre pour les académies de Guadeloupe, Martinique et Guyane), tous les élèves de CP et de CE1 seront concernés.

Ces évaluations, lancées en 2018, avaient suscité la controverse auprès des enseignants, qui les jugeaient inadaptées, mais elles sont désormais devenues un rendez-vous à chaque rentrée scolaire. Voici comment elles vont se dérouler.

• Quel est l'objectif de ces évaluations?

Pour le ministère, l'objectif est d'obtenir une radiographie approfondie du niveau scolaire des élèves au début de l'école élémentaire.

"Elles permettent d'identifier les besoins des élèves", précise le site du ministère de l'Éducation nationale, et "offrent la possibilité pour chaque enseignant d'affiner les informations fournies par la synthèse des compétences de chaque élève établie en fin de grande section de maternelle".

Avec d'autres ambitions: "aider les inspecteurs dans le pilotage de proximité" et "ajuster les plans nationaux et académiques de formation" pour "proposer des ressources pertinentes".

Une seconde série d'évaluations nationales est prévue. Elle se déroulera à mi-parcours entre le 17 et le 28 janvier 2022 afin "d'évaluer en milieu d'année les apprentissages des élèves".

• Comment se déroulent-elles?

Au CP

Pour les élèves qui sortent de maternelle, il s'agit de cinq séquences de huit à douze minutes chacune, dont trois en français et deux en mathématiques. Si les enseignants organisent ces évaluations comme ils le souhaitent, il est tout de même recommandé d'étaler les épreuves sur plusieurs demi-journées distinctes.

En français, les évaluations portent sur "la connaissance des lettres, la manipulation de syllabes et de phonèmes" et "la compréhension de la langue orale".

En mathématiques, les élèves sont évalués sur "l'étude et l'utilisation des nombres jusqu'à dix (lecture, écriture, dénombrement, comparaison, position, résolution de problèmes) et en géométrie".

Au CE1

Les évaluations se composent de cinq séquences. Dans le détail, trois en français (deux épreuves collectives de douze et treize minutes et deux épreuves individuelles d'une minute) et deux en mathématiques, d'une durée de quinze minutes, détaille le ministère.

En français, elles "portent sur la maîtrise de la lecture, de l'écriture et la compréhension du langage oral et écrit".

En mathématiques, elles sont consacrées à "la compréhension et l'utilisation des nombres, le calcul mental, le calcul en ligne, la résolution de problèmes et l'observation de figures géométriques".

• À quoi ressemblent les exercices?

Au CP

En français. Chaque élève est équipé d'un livret dans lequel aucune consigne n'est formulée à l'écrit, ce sont les enseignants qui les donnent à l'oral. Seuls des dessins, des représentations de personnages en activité, d'objets et de situations du quotidien ainsi que des lettres y figurent.

Parmi les exercices prévus: entourer une lettre dictée, reconnaître des groupes de lettres similaires, repérer un mot qui débute par la même syllabe ou encore écouter une phrase puis entourer l'image correspondante parmi plusieurs propositions. Dans l'une des séquences, une courte histoire est lue aux enfants. Ensuite, l'enseignant pose des questions aux élèves - Où se passe l'histoire? Quel temps fait-il? - et leur demande d'entourer la bonne réponse.

En mathématiques. Les exercices proposés doivent permettre à l'enseignant de vérifier que les élèves savent "associer les noms des nombres à leur écriture chiffrée".

Ils doivent par exemple entourer le nombre prononcé par l'enseignant, barrer le nombre le plus grand ou encore retrouver la forme géométrique qui correspond à l'assemblage d'une paire de formes. Des problèmes mathématiques sont également prévus. "Il y a cinq chiens et trois os. Combien d'os faut-il ajouter pour que chaque chien ait un os?", postule l'un d'entre eux. Les enfants doivent choisir la réponse parmi plusieurs propositions.

Au CE1

En français. Contrairement au livret destiné aux élèves de CP, dans celui des CE1, certaines consignes sont écrites. Quelques exemples: dans un exercice, il est écrit "la moto suit le vélo" ou "le chat est petit mais pas noir" et l'enfant doit entourer la bonne représentation.

Dans un autre, l'élève doit lire un court texte et indiquer s'il s'agit d'un documentaire, d'une recette, d'un menu ou d'un album. Des questions de compréhension sont ensuite posées: "Que doit-on étaler?", "Comment fait-on cuire le plat?". Une autre séquence vise à chronométrer la lecture d'un texte et évaluer le nombre de mots correctement lus en une minute.

En mathématiques. Parmi les exercices proposés, des problèmes sont lus aux élèves. Comme: "Pierre avait dix billes. Il en gagne quatre à la récréation. Combien de billes a-t-il maintenant?" Ou: "Ma sœur a cinq ans de plus que moi. J'ai six ans. Quel est l’âge de ma sœur?" L'élève doit entourer la bonne réponse.

Il est encore demandé de "rechercher, parmi différentes représentations de nombres, celles qui correspondent à un nombre en particulier".

• Pourquoi sont-elles contestées par les enseignants?

Pour Guislaine David, porte-parole et co-secrétaire générale du Snuipp-FSU, ces évaluations sont inutiles, pour les enseignants comme pour les enfants. Au CP, "les enseignants se concertent avec leurs collègues de maternelle et en quelques jours de classe, ils connaissent déjà le niveau de leurs élèves, pointe-t-elle pour BFMTV.com. On sait déjà quels sont ceux qui auront besoin de plus d'attention."

Du côté des élèves, "elles peuvent en mettre en échec certains dès le début de l'année et ajouter de la pression aux enfants et aux parents". "On a beau dire aux parents que ce n'est pas grave, il y a un stress lié à ces évaluations qu'ils ne veulent pas que leurs enfants ratent alors que le système français est déjà très pressurisant", juge Guislaine David.

Une pression inutile, selon elle, car les enfants de CP font systématiquement des progrès spectaculaires en quelques mois. Sans compter que, pour la syndicaliste, ces évaluations sont contestables sur le fond.

Au CP, "c'est aberrant, elles font appel à ces compétences et des aptitudes qui ne sont pas travaillées à la maternelle. Pour certains élèves qui ont du mal avec l'écrit, c'est une mise en échec dès le début de l'année. Cela risque de les stigmatiser."

Même constat au CE1. "Pour la lecture, beaucoup de compétences évaluées sont liées à la fluidité, au décodage et non à la compréhension", regrette-t-elle. "J'ai des élèves qui peuvent lire de manière très fluide mais qui ne comprennent rien.

"En mathématiques, il y a un exercice assez surprenant avec une règle graduée. C'est perturbant pour les élèves qui n'ont jamais fait ça. Du coup, maintenant, certains enseignants les y préparent pour ne pas les mettre en échec, on en arrive à faire du bachotage, ça n'a pas de sens."

• Quels sont les résultats des années passées?

Les évaluations nationales réalisées en septembre 2020 ont révélé que le niveau des élèves avait légèrement baissé. En CP, le pourcentage d'élèves ayant une maîtrise satisfaisante de la compétence "connaissance du nom des lettres et du son qu'elles produisent" passe de 80,1% à 77,8%, détaille le ministère.

En mathématiques, le nombre d'élèves ayant une maîtrise satisfaisante de la compétence "résoudre des problèmes" avait également baissé de 66,1% à 64,4%. Et pour les élèves de CE1, quelque 68,3% d'entre eux lisaient correctement à voix haute, contre 72,6% l'année précédente.

Après le confinement et un contexte sanitaire difficile, "tout le monde s'attendait à cette baisse", poursuit Guislaine David, du Snuipp-FSU. Mais elle rappelle que le système scolaire est découpé en cycle et que si des compétences ne sont pas acquises en fin de CP, l'élève a encore le CE1 pour les consolider. "C'est comme la marche ou le langage, tout le monde n'apprend pas au même rythme."

Article original publié sur BFMTV.com

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