Complicité Macron-Sarkozy: la manipulation du Président pour neutraliser LR

Philippe Bilger
Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy lors de la commémoration des 75 ans du débarquement de Provence, à Saint-Raphaël, le 15 août 2019.

L’ancien président et le président actuel ont bien sûr le droit d’éprouver une sincère complicité amicale mais je me permets de douter qu’elle soit suffisante à elle seule pour expliquer cette ostensible représentation d’un lien dépassant très largement le prétexte invoqué: son caractère républicain.

Comme si ce dernier contraignait à cette confusion politique qui n’est pas loin de constituer, pour Nicolas Sarkozy, une pierre en permanence jetée dans le jardin des LR.

Ce rapprochement est trop systématique pour ne pas susciter tout de même, du côté de la droite, une incompréhension, pire une hostilité parce qu’elle ne pouvait pas imaginer que Nicolas Sarkozy, quoique défait à deux reprises, irait si loin dans une ambiguïté préjudiciable à son camp.

J’élimine d’emblée l’argument de la protection judiciaire. Il ne me semble pas pertinent d’autant plus qu’aujourd’hui, il ne me paraîtrait guère opératoire de la part du président. Pour tout dire, inconcevable.

Rachida Dati a mis en garde Nicolas Sarkozy :“Vous pensez qu’il vous aime mais il vous neutralise” (Le Monde). Propos très fin. Il est facile en effet de percevoir combien cette familiarité est rentable pour le président. Il voit ainsi validée, sur un plan personnel, sa volonté d’effacer l’identité autonome des LR en laissant accroire que LREM leur ouvrira grand les bras, parce que rien au fond ne les distinguerait.

D’autant plus que le processus a déjà commencé -on n’a pu que constater les effets délétères de l’absence de soutien explicite de Nicolas Sarkozy lors des élections européennes- et qu’Emmanuel Macron a l’ambition de le voir se poursuivre pour que toute aspiration à une opposition conservatrice soit balayée.

Sans surestimer les échanges entre les deux, la proximité surjouée donne un semblant de légitimité à cet impérialisme macronien qui ne pourrait pas se contenter de leur détestation commune de François Hollande.

S’il est aisé de constater les bénéfices tirés par l’un de cette alliance si peu spontanée,...

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