Ce « Complément d’enquête » sur la Russie ne va pas plaire au RN

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ALAIN JOCARD / AFP

POLITIQUE - Jeudi 29 septembre, sur France inter, le candidat à la présidence du Rassemblement national hausse le ton. Jordan Bardella promet d’attaquer en justice « tous ceux qui insinuent » que le RN a des liens de connivence avec la Russie.

L’émission Complément d’enquête « France : les réseaux de Poutine » diffusée ce jeudi 27 octobre n’insinue rien, elle démontre. Dans cette enquête, consacrée aux tentatives d’ingérences russes dans l’hexagone, que Le HuffPost a pu visionner, les journalistes montrent les stratagèmes mis en place depuis Moscou pour faire passer la propagande du Kremlin auprès des opinions publiques occidentales.

Et cela passe, entre autres, par des contacts étroits avec plusieurs hauts cadres du Rassemblement national. Parmi eux, Thierry Mariani, aujourd’hui visé par une enquête pour des soupçons de corruption en lien avec la Russie.

Mais au-delà de cet eurodéputé à la russophilie renseignée de longue date, le document pointe l’un des plus fidèles lieutenants de Marine Le Pen, son conseiller spécial (et beau-frère) Philippe Olivier. Ce dernier s’est également rendu en Crimée (dont il décrit la population comme « parfaitement russe ») en juillet 2020, mais aussi en Russie à l’été 2018.

Réunions politiques

Un voyage qui lui a permis d’assister à la finale victorieuse des Bleus à la Coupe du Monde. Mais ce n’est pas tout. L’eurodéputé a également profité du voyage pour rencontrer Konstantin Malofeev, oligarque sulfureux qui rêve d’unir les extrêmes droites en Europe et de voir l’Union européenne dissoute.

Une rencontre à laquelle a été sensible Philippe Olivier, puisqu’il s’en est ouvert dans un mail auprès de son contact russe. Un mail capté par Complément d’enquête, et dans lequel il le remercie pour son hospitalité, comme le montre la vidéo ci-dessous :

Surtout, on apprend que Philippe Olivier a été reçu dans le cadre du projet « AltIntern », échafaudé par Konstantin Malofeev, et consistant à unir les forces nationalistes. Ainsi, le match auquel ont assisté Philippe Olivier et son épouse Marie-Caroline Le Pen n’était que la conclusion du voyage, puisque la rencontre a été précédée de trois jours de réunion.

Dans son mail de remerciement, Philippe Olivier évoque par ailleurs la dimension politique de cette escapade moscovite. « Les belles rencontres que nous avons pu faire grâce à vous seront d’une utilité décisive pour les prochaines élections européennes. Nous allons maintenant travailler de notre côté à leur donner tous les développements dont la cause a besoin », écrit-il, sans ambiguïté.

Des révélations qui montrent que le lobbying russe touche le premier cercle de Marine Le Pen, laquelle avait été reçue par Vladimir Poutine en personne lors de la campagne présidentielle de 2017. Elle affirmait alors que son «  point de vue sur l’Ukraine coïncide avec celui de la Russie ».

Au passage, le document rappelle quelques élements connus au sujet du Rassemblement national et de la Russie. Comme le fait que les eurodéputés RN se positionnent en faveur de la Russie au Parlement européen. Dernier exemple en date avec le paquet d’aides à l’Ukraine voté le 15 septembre que Jordan Bardella et ses comparses n’ont pas voté.

Cerise sur le gâteau russe, le documentaire (qui ne porte pas uniquement sur le RN, mais sur toutes les tentatives d’ingérence du Kremlin en France) se termine par l’interview de Jean-Luc Schaffhauser, ancien député FN qui était à la manœuvre lors du prêt obtenu par le parti d’extrême droite en 2014.

Dans cet entretien, ce retraité du RN, qui multiplie par ailleurs les prises de position pro-Poutine, affirme que « si le Kremlin s’était opposé » au prêt bancaire, le FN n’aurait jamais vu cet argent. De quoi revenir sur les liens financiers entre le parti de Marine Le Pen et la Russie. Et entretenir cette musique que le RN ne veut plus entendre.

Complément d’enquête « France : les réseaux de Poutine, diffusé ce jeudi 27 novembre sur France 2 à 22 h 55.

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