Comment l'action FDJ a pris 50% en bourse en trois mois

Bruno Le Maire et Stéphane Pallez, ici sonnant la cloche de l'introduction boursière de la Française des Jeux à Paris, le 21 novembre 2019. (Photo: AFP)

FRANÇAISE DES JEUX - Privatisée il y a tout juste trois mois, la Française des Jeux (FDJ) est en plein boom. L’entreprise a signé un exercice annuel en progression, avec un record de mises des joueurs à 17,2 milliards d’euros. Pour son exercice 2019, l’opérateur de jeux a engrangé un chiffre d’affaires de 1,95 milliard d’euros, en progression de 8,5% sur un an.

Résultat, l’action FDJ se porte à merveille en bourse. Entre le jour de son introduction sur le marché, le 21 novembre 2019, et ce vendredi 21 février, le titre a pris près de 10 euros, soit une hausse de 50%, passant de 19,90 à 29,90 (jeudi 20 février à 14h) euros en trois mois.

(Photo: Google)

Si bien que la Française des jeux a annoncé la semaine dernière qu’elle allait proposer, lors de l’assemblée générale des actionnaires du 22 avril, le versement le 6 mai d’un dividende de 0,64 euro par action.

En novembre, l’opération boursière de la FDJ avait rencontré un large succès populaire avec plus de 11 milliards d’euros souscrits pour 99,32 millions d’actions, de la part de particuliers comme d’investisseurs institutionnels.

Et pour la première fois depuis 2005 et l’introduction en bourse d’EDF, une action gratuite était accordée pour dix actions achetées par les petits épargnants, si ces actions sont conservées 18 mois.

Pour décrypter les trois premiers mois de cotation en bourse de l’action FDJ, Le HuffPost s’est tourné vers deux acteurs des marchés financiers: Andrea Tueni, responsable des ventes commerciales et de la gestion des relations chez Saxo Banque France et Nicolas Chéron, directeur de la recherche marchés pour le site de courtage en ligne Binck.fr. 

 

L’action FDJ a pris 50% de hausse en 3 mois. Comment cela s’explique-t-il?

Andrea Tueni: “Avant même son introduction en bourse, l’action a suscité l’intérêt et l’enthousiasme des investisseurs. Cet enthousiasme s’est trouvé consolidé après la publication des chiffres solides pour l’exercice 2019, notamment le record des mises à 17 milliards d’euros (+9%).

En parallèle, le groupe a relevé ses perspectives pour l’exercice 2020 avec une nouvelle progression des mises de 5%, une croissance du chiffre d’affaires de 5% et une marge du bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) stable à plus de 20%. De nombreux événements justifient ces perspectives ambitieuses (l’Euro-2020, le lancement de nouveaux jeux, EuroMillions...).”

Nicolas Chéron: “Ce qui a été très positif, c’est que dès le 9 décembre, le titre était recherché dans des volumes d’échanges assez importants et dépassait son plus haut historique après deux semaines de cotation. Cela traduit l’appétit pour le risque des investisseurs pour le dossier, dont ils ont été rapidement friands.

Ensuite, le titre s’est stabilisé à plat pendant à peu près deux mois. Même quand il y avait des petites frayeurs sur les indices, il y avait des acheteurs. C’est une bonne valeur, de long terme, de bon père de famille, avec une bonne visibilité, qui ne va pas s’effondrer en temps de crise. C’est une action qui a été recherchée pour son caractère défensif.

Il faut aussi se rendre compte de la périodicité actuelle qui est très particulière et qui a je pense contribué en grande partie à la hausse du titre. C’est l’euphorie ambiante sur les marchés boursiers ces derniers mois. Le CAC 40 travaille actuellement à des plus hauts sur ces 12 dernières années.

Par ailleurs, le titre n’a pas vraiment bougé jusqu’au 12 février. Le 13, jour de la publication des bons résultats annuels de la FDJ, les investisseurs ont été rassurés.”

Un tel départ est-il fréquent pour une action en bourse? D’autres actions ont connu le même lancement?

Andrea Tueni: “Difficile de réellement comparer. En France, le phénomène est moins fréquent, mais des exemples existent notamment aux États-Unis.”

Nicolas Chéron: “Ça arrive souvent surtout aux États-Unis, notamment pour des valeurs de biotechnologie, sur de l’imprimerie 3D... Mais ce n’est pas vraiment le cas en France.

L’envolée de Tesla par exemple, tout le monde s’était mis dessus au début, donc c’était monté très fort. 

Mais parfois, après la hausse initiale, l’action chute brutalement. Cela a été le cas pour l’action Beyond Meat (viande végétale) lancée à l’été 2019. Introduite à 50 euros, elle est immédiatement montée à 70 euros et au bout de deux mois, elle était rendue à 240 euros, avant de retomber à 70 euros en novembre (voir la courbe de l’action ci-dessous).”

FDJ (Photo: Google)
(Photo: Google)

 

Comment peut évoluer le cours de l’action dans les trois prochains mois?

Andrea Tueni: “Après une progression aussi fulgurante, la tentation de prises de bénéfices peut être forte pour les investisseurs. Cependant, les avantages conférés aux actionnaires ayant participé à l’introduction en bourse pourraient les inciter à porter leur position plus longtemps. Ainsi, un mouvement de consolidation (latéralisation du prix de l’action pendant plusieurs séances boursières, NDLR) n’est pas à exclure, mais le potentiel sur le titre ne semble pas non plus complètement épuisé.

Le contexte de marché sera également une variable à prendre en considération. En effet, dans un marché plus lourd avec une orientation baissière plus forte, les titres ayant le plus progressé pourraient rapidement se retrouver en première ligne.” 

Quelle stratégie adopter pour les particuliers qui ont investi: prendre son bénéfice ou attendre?

Andrea Tueni: “Il existe trop d’éléments à prendre en compte pour pouvoir avoir une opinion fermée sur la question. Cependant, pour l’investisseur tenté de prendre ses bénéfices, il y a plusieurs choses à avoir en tête. Le premier point et pas des moindres: si les titres ont été achetés pendant l’introduction en bourse, leur vente à court terme priverait l’investisseur des actions gratuites qui étaient attachées à l’offre.

En effet, il faut détenir les titres pendant 18 mois pour en bénéficier. À noter que ces titres sont déjà cotés, ce qui signifie que leur détachement n’entraînera pas de dilution du cours. Pour des lignes qui auraient été achetées après l’introduction, la tentation d’en céder une partie peut être plus forte, ces actions ne bénéficiant pas des mêmes avantages. Enfin, des questions de fiscalité peuvent aussi venir influencer le choix de l’investisseur.”

Nicolas Chéron: “Quand un investisseur particulier gagne presque 50% sur un titre (comme ici pour la FDJ, NDLR), la question se pose par définition, par objectivité, de prendre une partie de ses gains. Pas la totalité. Certains prendront la moitié, certains un tiers, d’autres 20%. C’est simplement encaisser une partie des gains pour se faire du bien psychologiquement, se dire qu’on a eu une bonne idée sur un titre et la réaliser. Cette technique-là permet d’être content dans tous les cas par la suite: si le cours continue de monter, on n’en a allégé qu’un bout et il nous reste une position; si le cours baisse, on se dit qu’on a bien fait d’en alléger un bout et donc il n’y a pas de frustration.

L’investisseur doit donc se poser la question qu’il s’est en théorie posée avant d’acheter ses actions: ‘quel était mon objectif premier?’ Si beaucoup de personnes revenaient quatre mois en arrière et qu’on leur disait que l’action FDJ allait gagner presque 50% la première année, couperaient-ils ou garderaient-ils? Je pense qu’il y en a pas mal qui diraient: ‘je vais au moins en couper un bout’...

Pour le particulier, il existe un outil qui est extrêmement simple à utiliser chez n’importe quelle banque ou courtier: le “stop” de protection. C’est-à-dire qu’on peut bloquer ses gains à un certain seuil. Se dire que si l’action est par exemple à 28,50 euros, dès qu’elle repasse sous 27 euros, le “stop” de protection (un ordre à seuil de déclenchement placé en bourse, NDLR) coupera automatiquement 20% des positions, ou 40 ou 60...

En conclusion, je dirais que pour des particuliers qui ne vont pas penser au fait d’alléger le portefeuille de leurs actions FDJ, si les marchés à un moment devaient tanguer, typiquement, c’est le genre de valeur qui pourrait rendre une bonne partie de ses gains.”

À voir également sur Le HuffPostLe mauvais exemple de Lenglet face à Mélenchon sur la TVA des voitures neuves

Love HuffPost? Become a founding member of HuffPost Plus today.

LIRE AUSSI:

Épouse de Gilles Le Gendre à la FDJ: pas de conflit d'intérêts pour la déontologue

Privatiser la FDJ peut en faire "l'entreprise des Français", selon Bruno Le Maire

This article originally appeared on HuffPost.