De Beaumont-sur-Oise au Time Magazine, comment Assa Traoré est devenue une figure de la lutte contre le racisme

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Assa Traore, à la tête du comité Adama et récompensée par le magazine américain Time.

La renommée de la militante est devenue internationale depuis la mort de George Floyd aux Etats-Unis. Retour sur son parcours.

C’est le combat d’une vie qui est récompensé par le célèbre “Time magazine”. Le magazine américain vient de distinguer le combat d’Assa Traoré et des militants anti-racistes, dans la catégorie des “gardiens de l’année” 2020.

Son engagement récompensé

Un prix qui vient récompenser l’engagement de la demi-sœur d’Adama Traoré, à la tête du collectif “Justice pour Adama”, depuis la mort de son demi-frère suite à son interpellation, en juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise dans le Val-d’Oise.

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C’est le 19 juillet 2016, date de la mort de son demi-frère Adama Traoré, qui marque la naissance de la militante Assa Traoré, alors éducatrice. Ce jour-là, son demi-frère, après avoir été interpellé à l’issue d’une course-poursuite avec les gendarmes, décède dans la cour de la caserne de la gendarmerie de Persan.

Elle devient militante à la mort de son demi-frère

Comment est-il mort ? Les gendarmes sont-ils en cause ? Ces questions deviennent le cœur du combat d’Assa Traoré, qui crée le “Comité vérité et justice pour Adama”, pour réclamer que toute la lumière soit faite sur les causes de la mort de son frère. Si l’enquête sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré est toujours en cours et vire à la bataille d’experts, Assa Traoré semble être en passe de remporter son autre combat : la lutte contre le racisme.

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Au-delà des marches blanches, qui ont lieu chaque année à la date anniversaire de la mort de son frère, entre le lieu de l’interpellation et la caserne de gendarmerie où il est décédé, Assa Traoré a su fédérer autour d’elle, contre les violences policières et le racisme.

Un rapprochement avec les gilets jaunes

Le comité Adama est composé de membres de la famille et de militants comme Youcef Brakni, activiste anti-raciste, Almamy Kanouté, militant associatif, ou de l’avocat Yassine Bouzrou, conseil de la famille et avocat habitué des affaires de violences policières.

Sa notoriété, longtemps cantonnée aux quartiers populaires et aux victimes de violences policières, va s’élargir. En 2018, le comité Adama se rapproche du mouvement des gilets jaunes. “On s’est reconnus en eux”, explique Assa Traoré.

Des soutiens très divers

Ses combats ont un écho de plus en plus important, et le comité Adama multiplie les soutiens de poids : les députés LFI Éric Coquerel et Clémentine Autain, mais aussi l’acteur Omar Sy, le chanteur Yannick Noah, l’ancien footballeur Éric Cantona ou encore l’actrice Aïssa Maïga.

Au fil des révélations de l’enquête sur la mort d’Adama Traoré et des multiplications d’affaires de violences policières, les mobilisations gagnent en importance. Fort de sa popularité, le comité, emmené par Assa Traoré, tente de médiatiser des affaires de violences policières.

Le parallèle avec George Floyd

Mais c’est la mort de George Floyd aux Etats-Unis qui donne une stature internationale à Assa Traoré. La mort de cet afro-américain, tué lors d’une interpellation à Minneapolis, suscite un émoi international, et entraîne de nombreuses mobilisations.

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En France, Assa Traoré compare la situation à la mort de son frère. Comme Adama Traoré, les derniers mots de George Floyd ont été : “Je n’arrive plus à respirer / I can’t breathe”. À une différence près : la mort de George Floyd a été filmée. “Les gens comprennent maintenant comment mon frère est mort”, expliquait-elle en juillet dernier au New York Times.

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“Pour Traoré, la mort de George Floyd a été comme une répétition terrifiante de l'histoire”, écrit le Time Magazine, dans l’article qui lui est consacré.

“Le combat pour Adama est devenu un combat populaire”

Dans le sillage de la mort de George Floyd, Assa Traoré appelle à manifester contre les violences policières. Fort de l’émotion internationale suscitée par la mort de l’Américain, le spectre des manifestants qui répondent à l’appel d’Assa Traoré s’élargit.

Des dizaines de milliers de personnes manifestent : au moins 20 000 devant le TGI de Paris, plus de 15 000 la semaine suivante place de la République. “C'est à ce moment-là que nous nous sommes dit: ‘Ça y est, le combat pour Adama est devenu un combat populaire’”, explique Assa Traoré au New York Times.

“La mort de George Floyd a fait écho à la mort de mon petit frère en France", lance au micro Assa Traoré, lors d’un rassemblement devant le tribunal de Paris, le 2 juin.

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Dès la fin du mois de juin, son combat contre le racisme et les violences policières est récompensé aux Etats-Unis par le prix BET Global Good qui octroie des prix à des personnalités afro-américaines ou issues de minorités. “C'est une reconnaissance pour toutes les victimes, pour toutes les familles qui ne cessent de lutter pour la vérité et la justice” salue alors Assa Traoré.

Elle incarne “la lutte de la France contre les violences policières discriminatoires”.

En juillet, c’est le prestigieux New York Times qui consacrait un portrait à Assa Traoré qui, selon le magazine, “incarne la lutte de la France contre les violences policières discriminatoires”.

“Nous avons un pouvoir et ce pouvoir consiste à descendre dans la rue et à exiger que la discrimination et la brutalité policière cessent”, explique-t-elle au Times magazine, à l’occasion de son prix. Un pouvoir exercé récemment, en appelant à manifester lors de la marche des libertés, organisée contre la loi de sécurité globale en France, ces dernières semaines.

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