« Combattre leur violence » : un documentaire qui s’immisce dans la tête des auteurs de violences conjugales

DOCUMENTAIRE - Lorsqu’un auteur de violences conjugales est condamné - ce qui est extrêmement rare - que comprend-il exactement des accusations portées contre lui ? Qu’est-ce qui le conduit à commettre de tels actes ? Est-il capable de changer ? Ces questions sont au cœur du documentaire Combattre leur violence, réalisé par Florie Martin, et diffusé ce mercredi 16 novembre à 22 h 45 sur France 2.

Alors que les victimes demandent sans cesse la parole pour pouvoir briser le silence, ce reportage se concentre sur ces hommes qui commettent ces violences. Un pari périlleux, mais un pari réussi. Parce que pour comprendre le mécanisme des violences conjugales, il faut étudier leur point de départ. « Et ce point de départ, ce sont les auteurs », précise Mélissa Theuriau, productrice du documentaire, au HuffPost.

Sans jamais justifier leurs actes ni édulcorer les difficultés, ce film lève le voile sur un sujet encore tabou : la prise en charge des auteurs, levier d’action pourtant essentiel dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Pour dévoiler cela, les équipes de tournage se sont rendues à Cergy, dans le Val-d’Oise, dans un groupe de parole créé il y a 15 ans, destiné à ces hommes violents.

L’espoir d’un déclic

Là-bas, trois mois durant, dix hommes se réunissent une fois par semaine au sein du service pénitentiaire d’insertion et de probation. Tous ont été condamnés pour des violences exercées sur leur compagne, tous minimisent les faits ou les nient en bloc lors de la première séance. Leurs propos vous gêneront, vous mettront en colère. Ce documentaire est inconfortable et nous entraîne dans la tête de ceux qui essayent d’expliquer l’inexplicable.

Leur faire assumer la responsabilité de leurs coups, en comprendre les mécanismes, c’est le sens de la réflexion qu’ils vont mener avec l’équipe formée par trois conseillères d’insertion, un metteur en scène chargé des ateliers théâtre et une psychologue.

La réalisatrice Florie Martin s’est immergée au sein de ce groupe durant l’intégralité du stage, captant les prises de conscience des uns, les évolutions collectives et individuelles, mais aussi les résistances. À la fin du stage, l’ensemble des hommes sont invités à revenir, montrant des signes d’une possible récidive. « La majorité des féminicides ont lieu après une plainte ou une condamnation, donc le début du danger est là, explique Mélissa Theuriau dans la vidéo ci-dessus. C’est cela qui a motivé notre travail. »

La réalisatrice et la productrice espèrent que ce travail sera un déclic « au niveau de la justice et des moyens qui sont déployés sur le territoire [français] ». En Belgique, ces stages durent deux fois plus longtemps et le taux de récidive à chuter de 38 % à 18 % depuis leur mise en place en 1992. « En France, on peut faire mieux et ce documentaire est aussi un combat politique », conclut Mélissa Theuriau.

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