"Mon ex-femme a enlevé notre fille de 6 ans. Ça fait cinq mois que je ne l'ai pas vue" : le combat bouleversant d'un père pour retrouver son enfant

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Demain, cela fera cinq mois qu’il n'a plus vu sa fille de 6 ans. "146 jours", nous précisait Saminou N., le 15 décembre au téléphone. Ce père de 37 ans vit dans l’attente depuis que son ex-femme Linda* a quitté la France, fin août, emmenant avec elle leur petite fille, dont il a la garde. Malgré une plainte pour enlèvement et un mandat d’arrêt international émis en août à l’égard de son ex-compagne, localisée en Égypte, sa fille Shaya n’a toujours pas été rapatriée en France.

Face aux zones d’ombre de ce dossier et au silence des autorités, Saminou N. a interpellé par courrier des membres du gouvernement ainsi que l’Élysée. Comment son ex-femme a-t-elle pu traverser plusieurs frontières terrestres avec leur fille mineure, pourtant interdite de sortie du territoire ? Pourquoi les autorités égyptiennes, qui ont accusé réception du mandat d’arrêt visant la mère de Shaya à la mi-août, ne l’ont-elles pas encore arrêtée ?

Bataille judiciaire pour la garde de l’enfant

Depuis près de cinq ans, Saminou N., chef de produit dans l’informatique médical, et Linda, enseignante de 35 ans, se livrent une bataille judiciaire pour la garde de leur fille. Après leur rencontre en 2011, et leur mariage en 2014, le couple girondin a un enfant, Shaya, en 2015. Il se sépare alors qu’elle a 18 mois.

Au tribunal, Linda demande la garde de l’enfant et annonce qu’elle part s'installer à Dubaï. Le juge lui accorde la garde, ainsi qu’un droit de visite au père. À peine trois mois plus tard, un coup de théâtre renverse cette décision : Linda n’a pas fourni de preuve de son contrat de travail à l’étranger et "elle a menti" à son futur employeur, relève dans un arrêt du 30 août 2017 la Cour d’appel de Bordeaux, qui s’interroge sur sa "fiabilité". La justice confie alors la garde de Shaya à son père. Une décision qui sera maintenue à plusieurs reprises, lors des procédures initiées par Linda pour récupérer la garde.

À la demande de Saminou N., une interdiction de sortie du territoire pour Shaya est prononcée dès 2017 par les juges : concrètement, aucun des deux parents n’a le droit de sortir de France avec la petite fille sans l’accord de l’autre parent. "Lors des audiences, la mère avait annoncé vouloir s’installer à Dubaï puis en Égypte, deux pays non signataires de la convention de La Haye sur le déplacement illicite des enfants", justifie Maître Caroline Bris, l’avocate de Saminou N. Le but était de prévenir un éventuel départ de Linda à l'étranger, avec Shaya.

"Le 17 juillet, c’est la dernière fois que j’ai vu ma fille"

Mais cela n’a pas empêché Linda de quitter l’Hexagone cet été avec la fillette de 6 ans. "Le 17 juillet, j’ai déposé ma fille au point rencontre, où sa mère est venue la récupérer comme prévu pour deux semaines de vacances", raconte Saminou N. "C’est la dernière fois que j’ai vu ma fille".

Quelques jours plus tard, au téléphone, Shaya lui dit : "Maman a loué un camping-car, on va en Bretagne". Au bout du fil, il se réjouit pour sa fille, le cœur néanmoins serré. La veille du 31 juillet, date à laquelle il doit aller chercher sa fille, il est saisi d’"un affreux pressentiment" en entendant à la radio l’alerte enlèvement concernant un petit garçon emmené par son père lors d’une visite encadrée.

Fausse alerte au Caire

Le jour J, au point rencontre, un agent annonce à Saminou N. que son ex-femme ne viendra pas au rendez-vous, car elle a écrit pour prévenir de son départ en Égypte avec Shaya. Le jour même, il porte plainte pour enlèvement. Un mandat d’arrêt international est émis début août à l’encontre de son ex-femme.

"Mi-septembre, le consulat français au Caire me dit que les autorités égyptiennes vont prochainement exécuter le mandat d’arrêt contre mon ex-femme, et que ce serait bien que je vienne chercher ma fille". Il s’envole pour l’Égypte dans la foulée, le 16 septembre. Mais une fois arrivé, il comprend qu’il lui faudra attendre.

Les jours passent, les semaines. Au total, il reste trois semaines au Caire, comme nous l’a confirmé le consulat français en Égypte. Mais il ne se passe rien, et on ne lui communique plus aucune information. Éprouvé par cette attente et sans aucune perspective, il finit par rentrer en France début octobre. Depuis, il n’a plus reçu aucun élément sur une éventuelle arrestation de son ex-femme, et ses retrouvailles avec sa fille.

Le quai d'Orsay alerté

"La France a délivré un mandat d’arrêt, diffusé à l’international, à l’encontre de Linda* et il appartient désormais aux autorités égyptiennes, souveraines sur leur territoire, de procéder à l’interpellation de l’intéressée", nous confirme une source diplomatique, ajoutant que des "contacts réguliers" ont lieu à ce sujet entre Paris et Le Caire.

L’incompréhension demeure chez l’avocate de Saminou N. "Le consulat avait confirmé la présence de son ex-femme au Caire. On sait où elle vit, où elle travaille. Elle est ressortissante française. Et pourtant, après l’émission du mandat d’arrêt, ça a patiné, sans qu’on ait aucune explication, c'est rare dans ce genre de cas", expose Maître Caroline Bris.

"Les services concernés du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, à Paris et au Caire, suivent avec la plus grande attention la situation de Monsieur N. et de sa fille", se contente d’ajouter notre source diplomatique. "Ils restent en lien avec Monsieur N. et lui apportent le soutien nécessaire dans cette situation difficile". Une réponse qui étonne Saminou N. "La seule réponse que j'ai reçue date du 3 novembre et vient du cabinet de l'Élysée, qui dit transmettre mon dossier au quai d'Orsay. Depuis, je n'ai pas été contacté par eux".

"Quel est ce réseau qui l’a aidée à partir ?"

Dans ce dossier, plusieurs zones d'ombre demeurent. Saminou N. a été informé par les autorités que sa fille et son ex-femme ne sont jamais allées en Bretagne en juillet. Elles sont parties de la région bordelaise pour se rendre en Italie, avant de rouler vers l’Égypte en traversant une multitude de frontières et de pays. "Je pense qu’elle n’a pas pu faire ce trajet sans bénéficier d’une aide… Quel est ce réseau qui l’a sûrement aidée ?", s’interroge-t-il.

Au départ, ce périple lui semble d'autant plus improbable que sa petite fille est interdite de sortie du territoire et que sa mère n'avait donc pas de passeport à son nom. Or il apprend avec stupeur au mois d'octobre que Linda avait obtenu un passeport pour leur fille en 2019, d'après les autorités françaises en Egypte. Saminou N. a alerté la préfecture de Gironde et le ministère de l'Intérieur, sans autre réponse à ce stade qu'un courrier type du cabinet de Gérald Darmanin daté du 8 décembre dernier. Il ignore si ce passeport a été annulé, comme il l'a demandé à la préfecture de Gironde, pour éviter un départ de sa fille dans un autre pays.

"Je ne peux pas lui dire qu'elle a été enlevée"

Depuis l’été, Saminou N. ne voit plus sa fille qu'en visio, deux fois par semaine. "C’est compliqué, je ne peux pas lui dire qu’elle a été enlevée, je ne veux pas la mettre en difficulté", confie-t-il. "Elle m’a demandé si on avait fait le sapin, et m'a dit qu'elle n'en avait pas au Caire".

"Je ne peux pas imaginer qu'elle ne revienne pas"

Ce pourrait être la première fois qu'ils ne peuvent pas fêter Noël ensemble. Mais le jeune père garde espoir de revoir sa petite fille "solaire" et de lui permettre de reprendre une vie "normale". "Je ne peux pas imaginer qu'elle ne revienne pas... Je pense déjà à comment nous, sa famille, on va pouvoir l'accompagner pour se reconstruire après tout ça".

Contactés, les trois avocats successifs de Linda n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

Retrouvez l'intégralité de l'interview ici :

* Le prénom a été modifié.

Interview vidéo : Alexandre Delpérier

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