La colonisation cachait aussi un grand marché sexuel, de l'Algérie au Maroc

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DOCUMENTAIRE - Regarder notre passé en face. Voilà tout le propos du réalisateur Hugues Nancy, qui signe les trois épisodes du documentaireColonisation, une histoire française, diffusé ce lundi 4 octobre à 21h05 sur France 3 et dont Le HuffPost est partenaire. Parmi les “parts d’ombre” de notre histoire coloniale, il évoque notamment le grand marché sexuel que cachait l’empire.

Un extrait inédit du documentaire, à découvrir en tête de cet article, évoque ainsi le quartier de Bousbir, à Casablanca, enceinte fortifiée construite au début des années 1920 par les colons français. Derrière les hauts murs aveugles et l’unique porte d’entrée, il s’agit en fait d’un quartier réservé à la prostitution “né de la volonté des autorités de lutter contre la propagation des maladies vénériennes”. Des “travailleuses du sexe” y sont mises à la disposition des Blancs dans cette prison à ciel ouvert dont elles ne peuvent sortir qu’une fois par semaine.

Dès le 20e siècle, “l’imaginaire de la femme-objet et de la femme forcément soumise” sert de puissant levier pour attirer au départ, rappelle le réalisateur Hugues Nancy au HuffPost. “Pour occuper et diriger ces territoires, il faut faire venir des hommes, militaires ou administrateurs. Et on utilise ce moteur sordide de l’accès à certains avantages, parmi lesquels un exotisme sexuel à portée de main”, pointe-t-il.

Une carte postale envoyée en 1904 vers la France et sur laquelle figure une femme noire dénudée (Photo: Agat Films - France 3)
Une carte postale envoyée en 1904 vers la France et sur laquelle figure une femme noire dénudée (Photo: Agat Films - France 3)

“Comme s’il fallait absolument dominer les corps pour montrer qu’on domine le pays”

En plus des cartes postales envoyées en France sur lesquelles figurent des femmes “colonisées” et dénudées, “on organise des quartiers réservés à Alger, à Casablanca et dans toutes les capitales coloniales de l’empire, avec des prostituées. Comme s’il fallait absolument dominer les corps pour montrer qu’on domine le pays”, raconte Hugues Nancy, qui s’est reposé sur le travail d’historiens parmi lesquels Marc Ferro ou Pascal Blanchard.

Outre cet immense marché sexuel que cachaient l’empire et sa propagande officielle d’”œuvre civilisatrice”, le documentaire de France 3 est l’un des premiers à raconter de façon exhaustive et chronologique plus de 100 ans -de 1830 à 1945- d’une histoire française longtemps tue. Et veille à raconter cette aventure meurtrière du point de vue des colonisateurs autant que des colonisés, et dans le contexte de l’époque “sans jugement a posteriori”, promet son auteur.

A voir également sur Le HuffPost: Peut-on refermer la blessure coloniale? Le regard de l’historien Pascal Blanchard

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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