Colombie: aveux sans précédent d'anciens militaires responsables d'exécutions de civils

En Colombie, des aveux historiques : devant des familles de victimes, dix militaires à la retraite ont reconnu publiquement mardi 26 avril leur responsabilité dans l'exécution de plus de cent civils en 2007 et 2008. À l'époque, l'armée avait présenté les victimes comme des guérilleros tués au combat.

Les aveux du caporal à la retraite Néstor Guillermo Gutiérrez ont été diffusés à la télévision colombienne.

Je vais l'affirmer ici, publiquement : dans le cas de la mort de Javier Peña, c'était un paysan, comme dans le cas du reste de ces familles, leurs fils, leurs maris, nous avons hourdi, monté un théâtre pour simuler un combat, et c’était sous la pression du haut commandement de l’armée.

En tout, ce sont un général, quatre colonels, cinq autres militaires, tous retraités, et enfin un civil qui, devant une cinquantaine de proches des victimes, ont reconnu leur participation dans les meurtres de 120 jeunes de la ville d'Ocaña, des hommes pour la plupart âgés de 25 à 35 ans – des paysans séquestrés ou des jeunes trompés par des promesses de travail.

L'audience avait lieu dans le théâtre universitaire de cette ville d'environ 100 000 habitants, située dans le département de Norte de Santander, tout près du Venezuela voisin.

Néstor Guillermo Gutiérrez :

Moi, j’ai exécuté, assassiné plusieurs membres des familles qui sont là. Nous les avons attirés avec des mensonges, et ensuite nous leur avons tirés dessus ; nous les avons assassinés de manière cruelle, lâchement. Nous avons pointé une arme sur eux, nous avons prétendu que c’était un combat et qu’il s’agissait de guérilleros. Nous avons détruit ces familles, entaché leur nom. Un enfant sans son père, une épouse sans ses fils…. Dieu, pardonne-moi, pardonne-moi. Je suis ici aujourd’hui, débout pour reconnaître les crimes de guerre que j’ai commis, ce sont de crimes de lèse humanité. Je sais que vous n'allez pas nous pardonner. Mais j'espère que tout ça nous amènera à ce que les victimes demandent : plus jamais ça, jamais, une fois pour toute. Définitivement.

Les épouses, mères et sœurs des victimes, qui demandent notamment que l'on réhabilite leur nom, auront également pu entendre le général de brigade Paulino Coronado, ou encore le colonel Rubén Castro, qui a reconnu l'existence d'une « bande criminelle » parmi ses éléments, « créée dans le seul but d'augmenter » les pertes. Ce dernier a demandé pardon, reconnaissant avoir ordonné la mort de « bonnes personnes ».

Les victimes étaient exécutées dans une ferme voisine de la caserne d'Ocaña, ou alentour. Une pratique motivée, selon la juge Catalina Diaz, par une « politique institutionnelle de l'armée consistant à comptabiliser les corps » pour gonfler ses résultats dans la lutte contre les guérillas. Les missionnés recevaient en échange des primes, permissions, promotions et médailles, a détaillé la magistrate.

Selon la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), tribunal spécial issu de l'accord de paix historique signé en 2016 avec la guérilla marxiste des FARC, 6 400 civils ont été exécutés entre 2002 et 2008. La JEP juge les pires crimes du conflit, qui a duré plus de 50 ans et fait neuf millions de morts. Pour l'heure, une vingtaine de personnes au total ont reconnu leur responsabilité dans ces crimes.

Les premières sentences doivent être prononcées dans le courant de l'année. L'accord de 2016 stipule que ceux qui avouent leurs crimes et allouent des réparations aux victimes peuvent bénéficier de peines alternatives à la prison. En janvier dernier, huit anciens chefs des FARC avaient eux-mêmes reconnu leur responsabilité, dans l'enlèvement de 21 396 personnes.

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Le haut commandement militaire colombien, et surtout l'ex-chef de l'État Álvaro Uribe, à la tête du pays entre 2002 et 2008, ont toujours démenti l'existence d'un quelconque système, préférant parler de « cas isolés ».

Avec agences

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