Il collectait l'argent de la drogue pour le blanchir chez des grossistes chinois: un réseau de blanchiment d'argent démantelé

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Le centre CIFA qui réuni des grossistes de prêt-à-porter à Aubervilliers. - Patrick Kovarik
Le centre CIFA qui réuni des grossistes de prêt-à-porter à Aubervilliers. - Patrick Kovarik

Que font les trafiquants des millions d'euros en cash générés par leur trafic de stupéfiants? C'est l'une des questions à laquelle s'attellent les policiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), qui vient de démanteler un vaste réseau de blanchiment d'argent entre la France et le Maroc, passant par l'Espagne.

"D'habitude ce genre de réseau se fait entre membres de même communauté, là on a des individus de différentes communautés qui travaillent ensemble", fait valoir une source policière.

Au coeur de ce réseau en France, un collecteur. Cet homme d'origine chinoise récupérait auprès des trafiquants l'argent issu du trafic de stupéfiants, en l'espèce de la résine de cannabis importée d'Espagne par go-fast pour être vendue dans différentes régions françaises. Afin de réintégrer cet argent en liquide dans l'économie licite, et permettre aux trafiquants de l'utiliser, ce collecteur se rendait au CIFA, un vaste centre commercial situé à Aubervilliers, au nord de Paris, composé de grossistes chinois de vêtements et d'accessoires de mode.

Plusieurs dizaines de millions d'euros collectées

Avec l'argent de la drogue, dont une partie servait à se rémunérer, l'homme réglait des factures correspondantes à des commandes passées depuis le Maroc par des petits commerçants locaux. En réalité, derrière ce système se cache un autre homme, un donneur d'ordres, sorte de banquier occulte basé, lui, au Maroc.

Ce dernier, moyennant commission, mettait son argent en France à disposition des commerçants pour passer commande. Un double avantage pour ces derniers: éviter le taux de change souvent défavorable et une fiscalisation sur les biens importés.

La boucle était enfin bouclée pour les trafiquants de drogue qui récupéraient leur argent déposé auprès du collecteur via des comptes bancaires de sociétés fictives alimentés par le Marocain. L'argent pouvait également servir à financer des commandes passées en Espagne où le même système avait été mis en place. Entre le mois d'août 2018 et le mois de juin 2019, cette collecte était devenue quasi quotidienne pour l'homme d'origine chinoise. "Il récupérait de l'argent un jour sur deux", explique une source proche du dossier. Les enquêteurs ont d'ailleurs décidé de l'interpeller en flagrant délit lors d'une remise d'argent.

Six grossistes chinois mis en examen

Ce jour-là, les policiers vont saisir un million d'euros. Avec 180 collectes sur une année, l'homme, depuis mis en examen et placé en détention provisoire, a fait transiter via le Maroc plusieurs dizaines de millions d'euros. Reste qu'il fallait identifier les boutiques qui ont servi à blanchir cet argent issu du trafic de drogue. Grâce notamment aux éléments téléphoniques retrouvés en perquisition, les policiers de l'OCRGDF sont remontés jusqu'à cinq sociétés de grossistes chinois.

Les six gérants de ces boutiques ont été interpellés le 28 septembre dernier. Ces six hommes, bien installés et intégrés en France, ont été mis en examen pour "blanchiment de trafic de stupéfiant". Un a été placé en détention provisoire, les 5 autres sont sous contrôle judiciaire. Lors des perquisitions, 247.000 euros en espèce ont été saisis et 530.000 euros sur des comptes en banque. Des dizaines de sacs de maroquinerie de luxe ont également été découverts dans les entrepôts de ces sociétés, de la marchandise cette fois-ci destinée au marché chinois.

Article original publié sur BFMTV.com

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