« Climat, la part d’incertitude » : pourquoi ce livre climatosceptique est promu dans les gares

Ce livre climatosceptique connaît actuellement une vaste campagne d’affichage dans le réseau de transports français.
Capture d’écran Twitter & Éditions de l’artilleur Ce livre climatosceptique connaît actuellement une vaste campagne d’affichage dans le réseau de transports français.

CLIMAT - Un livre remettant en cause des vérités scientifiques affiché en grand dans les couloirs du RER et des métros parisiens. Best-seller aux États-Unis, dans le classement des meilleures ventes en France, Climat, la part d’incertitude fait grand bruit. L’ouvrage climatosceptique, écrit par le physicien et ancien conseiller scientifique de Barack Obama, Steven E. Koonin, affirme fournir des clés contre l’« alarmisme climatique ».

Le livre vient en réalité remettre en cause le consensus des experts du climat du Giec, notamment en affirmant que le réchauffement climatique n’est pas si « alarmant ». Page après page, il instille ainsi le doute sur la responsabilité humaine dans les évolutions du climat.

« Le climat est en train de changer, mais le pourquoi et le comment ne sont pas aussi clairs qu’on le croit, pas plus que la mesure exacte de la responsabilité humaine », écrit celui qui orientait les investissements américains en matière de climatologie. Il dénonce aussi la « désinformation » médiatique et scientifique sur le sujet.

Des contrôles déontologiques

Sans quelques connaissances de bases sur la physique et l’évolution du climat, difficile pour le lecteur de déceler les théories climatosceptiques contenues dans cet ouvrage. Pourtant, la promotion du livre prend ces dernières semaines une place importante dans l’espace public. À Paris, d’immenses affiches en font la promotion, notamment dans les stations de RER, de métro et les gares SNCF, comme vous pouvez le voir dans le tweet ci-dessous.

Mais comment en pleine Cop 27 sur le climat, et après un été marqué par les sécheresses et les canicules records, des publicités pour un ouvrage niant la crise climatique peuvent-elles encore être affichées dans l’espace public ? Le HuffPost a contacté la régie francilienne qui a vendu l’espace publicitaire.

« Des équipes dédiées font des contrôles visuels », assure Alexandra Lafay, directrice développement durable et communication à MediaTransports, une régie publicitaire spécialisée dans la communication dans les transports publics. Ces équipes sont chargées de vérifier un arsenal législatif et réglementaire, tels que le décret Photoshop ou les mentions légales.

Ensuite, un second contrôle est effectué sur le contenu des messages à partir des règles de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) qui constituent le « cadre déontologique de l’expression publicitaire. » L’autorité de contrôle édicte notamment des interdits pour garantir la protection des enfants, la sécurité, le respect de la personne, des langues. Depuis le 1er août 2020, elle établit également des recommandations sur le développement durable.

La publicité ne peut contrevenir à des conclusions scientifiques reconnues

Parmi les règles établies sur les messages publicitaires liés à la protection de l’environnement, l’ARPP indique que « la publicité ne peut recourir à des démonstrations ou à des conclusions scientifiques qui ne seraient pas conformes à des travaux scientifiques reconnus ». L’autorité écrit aussi dans le chapitre « impacts écocitoyens » que la publicité ne doit pas « discréditer les principes et objectifs, non plus que les conseils ou solutions, communément admis en matière de développement durable ».

La promotion d’un livre climatosceptique et remettant en question les conclusions du Giec entre-t-elle dans ce cadre ? Non, assure quand même au HuffPost Alexandra Lafray qui explique que le rôle des régies publicitaires n’est pas de « prendre parti ». « Sur ce type d’ouvrage, dont la vente est totalement autorisée, on est dans la liberté d’expression et on n’a pas de jugement moral ou un avis partisan sur le contenu », affirme la directrice développement durable. Même si l’ARPP considérait que cet affichage contrevenait à ses règles déontologiques, la régie publicitaire ne risquerait de toute façon aucune sanction.

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