Les classiques du mangaka Jiro Taniguchi enfin réédités dans le sens de lecture japonais

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Le mangaka Jiro Taniguchi en 2015 - Stéphane de Sakutin - AFP
Le mangaka Jiro Taniguchi en 2015 - Stéphane de Sakutin - AFP

Influencé par la BD franco-belge et célébré de son vivant au festival d’Angoulême, Jiro Taniguchi avait trouvé une seconde maison en France. Quatre ans après sa mort, l’auteur de Quartier Lointain est toujours aussi populaire dans nos contrées, où son œuvre fait peau neuve.

Pika vient ainsi de sortir un inédit, le polar Un assassin à New York, et les éditions Casterman publient ce mercredi 17 novembre dans le sens de lecture japonais deux de ses classiques, L'Homme qui marche et Le Journal de mon père.

D’autres titres sont attendus dans cette collection aux allures de pléiade, pour redonner une seconde vie à cette œuvre contemplative. "La vocation de cette collection est de proposer aux lecteurs francophones une expérience de lecture au plus proche de l'expérience de lecture japonais", indique l'éditeur Wladimir Labaere, qui supervise chez Casterman ces rééditions.

Un vrai retour aux sources pour L'Homme qui marche, publié en France dans les années 1990 en sens japonais avant de passer en sens de lecture occidental au début des années 2000.

"On l'avait publié dans une collection qui proposait des récits de l'intime à portée universelle à un public qui n'était pas celui des mangas", rappelle l'éditeur. "Taniguchi était moins identifié comme auteur de mangas que comme un auteur de BD. C'est ce qui a permis son succès. Beaucoup de lecteurs nous disaient, 'On ne lit pas des BD ou des mangas, mais du Taniguchi'."

"Choix de cœur"

L'éditeur aurait pu inaugurer cette nouvelle collection avec Quartier Lointain, qui reste son livre le plus vendu en France, avec plus de 500.000 exemplaires écoulés en vingt ans. L'éditeur a préféré son "choix de cœur", L'Homme qui marche et Le Journal de mon père:

"J'ai le regret que Le Journal de mon père ne se soit pas aussi vendu que Quartier Lointain. Il s'en dégage pourtant quelque chose de plus universel, mais il est resté dans son ombre. L'Homme qui marche est le premier titre de Taniguchi paru en langue française. Il avait représenté à l'époque quelque chose de vraiment nouveau. C'est un homme qui se promène et prend le temps de regarder au tour de lui. Ca définit bien une des facettes du talent de Taniguchi, cette attention qu'il porte à ce qui peut paraître futile."

Sorti au Japon en 1990, L'Homme qui marche est une commande de son éditeur, "un manga autour de la promenade… ou plutôt un manga qui serait lui-même une sorte de promenade", avait expliqué le mangaka à Benoît Peeters dans le livre L’Homme qui dessine. Ce recueil d’histoires muettes, qui allait permettre à la France de découvrir que le manga ne se résumait pas aux shonen, avait conforté la confiance du dessinateur "dans les possibilités de la bande dessinée": "En avançant dans le travail, je me suis dit que c’était quelque chose qui n’existait pas encore dans le monde du manga."

Sorti en 1994, Le Journal de mon père est une œuvre en partie autobiographique, inspirée par son retour dans sa ville natale de Tottori après des années d’absence. "Quand j’y suis retourné, j’avais oublié la splendeur de mon pays", s’était-il souvenu dans les colonnes de la revue spécialisée Coyote. "C’était une joie de retourner dans ma région natale. Les personnages présents sont fictifs mais les lieux sont réels. Le personnage principal est également fictif même si j’y ai mis beaucoup de mes propres expériences.

"L'idée n'est pas d'inonder le marché de Taniguchi"

Qu’apporte la lecture de Taniguchi dans le sens de lecture japonais? "Ça change tout et rien en même temps", répond l'éditeur. "Il y a des lecteurs qui dans le cadre d'œuvres traduites recherchent une authenticité." Et l'éditeur d'exposer les spécificités de ces nouvelles éditions "à la hauteur du talent de Taniguchi":

"Le livre a le même format qu'au Japon. On a aussi de nouveaux scans des planches originales. On va le faire pour tous les titres. On met aussi tout ce qu'on a pu trouver sur ces œuvres: des pages couleurs, des récits inédits... Et on a revu un peu la traduction."

Pour autant, cette édition ne pas va remplacer les ouvrages en sens de lecture occidental déjà disponibles dans le commerce. "Taniguchi n'étant plus là, nous voulons que ses œuvres continuent d'être lues. C'est donc une collection qui est amenée à durer et l'objectif est que le fond Taniguchi soit disponible dans les deux sens de lecture."

Après L'Homme qui marche et Le Journal de mon père, Casterman s'attaquera aux nouvelles éditions de Quartier Lointain, Le Gourmet solitaire et Au Temps du Botchan. "On ne sait pas quand ils vont paraître. L'idée n'est pas d'inonder le marché avec l'intégralité du catalogue Taniguchi. On est comme l'homme qui marche. On n'est pas pressé."

Le Journal de mon père, Casterman, 280 pages, 19 euros.

L’Homme qui marche, Casterman, 208 pages, 17 euros.

Article original publié sur BFMTV.com

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