Des clés pour comprendre le conflit israélo-palestinien

Joseph DYKE
Des manifestants palestiniens lancent des pierres sur des soldats israéliens lors d'accrochages après le démontage d'une section de la clôture de sécurité entre Israël et l'est de la bande de Gaza, à Bureij, le 13 octobre 2015

Jérusalem (AFP) - La France réunit dimanche les représentants de dizaines de pays pour tenter de ranimer l'effort de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens. Quelques clés pour comprendre l'un des conflits les plus inextricables de la planète, et les enjeux de la conférence.

Pourquoi le conflit?

Le conflit remonte dans sa forme moderne à 1947 quand les Nations unies ont proposé la création de deux Etats, l'un juif et l'autre arabe, sur la Palestine sous mandat britannique, provoquant une éruption de violences entre Arabes et juifs, puis la première guerre entre Etats arabes et israélien au moment de la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948.

En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël a saisi par les armes la Cisjordanie et Jérusalem-Est, alors sous contrôle de la Jordanie, ainsi que la bande de Gaza, sous administration égyptienne. Il a depuis annexé Jérusalem-Est, site de lieux saints révérés par les chrétiens, les juifs et les musulmans.

Israël a affronté une nouvelle fois une coalition de pays arabes conduits par l'Egypte et la Syrie lors de la guerre du Kippour en 1973.

Israël continue à occuper la Cisjordanie mais a évacué unilatéralement en 2005 la bande de Gaza, dont le mouvement islamiste palestinien Hamas a pris le contrôle par la force en 2007.

Le conflit a donné lieu à de multiples tentatives de paix. La solution de référence de la communauté internationale est la création d'un Etat palestinien qui coexisterait en paix et sécurité avec Israël.

Le règlement du conflit se heurte à des querelles qui paraissent de plus en plus insolubles pour certaines: la sécurité d'Israël, le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés palestiniens ayant fui ou été chassés de leurs terres.

Une large part de la communauté internationale s'inquiète du fait que la solution à deux Etats ne soit plus qu'un souvenir. La conférence de Paris vise à la ranimer.

Des discussions dans l'impasse

Les Palestiniens disent que des années de négociations bilatérales avec Israël n'ont servi à rien. Ils ont choisi d'internationaliser leur cause.

Pour reparler au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas exige un arrêt de la colonisation dans les territoires palestiniens, parmi d'autres conditions.

M. Netanyahu refuse toute condition préalable mais il réclame que les Palestiniens reconnaissent Israël comme un Etat juif. Les Palestiniens refusent de crainte de sacrifier le droit au retour des réfugiés.

Pour les deux, des facteurs intérieurs rendent toute concession ardue. M. Netanyahu est à la tête d'un des gouvernements les plus à droite de l'histoire d'Israël. Certains membres sont ouvertement opposés à un Etat palestinien et défendent ardemment la colonisation.

M. Abbas n'a lui aucun contrôle sur la bande de Gaza, où le Hamas refuse de reconnaître Israël. Il est également largement déconsidéré auprès des Palestiniens.

La violence, les colonies

Après des années de lutte armée palestinienne, deux soulèvements populaires (intifadas), plusieurs guerres dans la bande de Gaza, les Territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont en proie depuis l'automne 2015 à un nouvel accès meurtrier de violences et à une succession d'attaques anti-israéliennes, le plus souvent par des jeunes isolés. Une semaine avant la conférence, un Palestinien a tué quatre soldats israéliens à Jérusalem avant d'être abattu.

Israël accuse l'Autorité palestinienne d'encourager la violence et affirme que la conférence de Paris fait "reculer la paix".

Une grande partie de la communauté internationale redoute que la poursuite de la colonisation ne scelle le sort d'un éventuel Etat palestinien, tant ces implantations juives rongent le territoire occupé par Israël.

Environ 600.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Le conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 23 décembre pour la première fois depuis 1979 une résolution condamnant la colonisation, grâce à l'exceptionnelle abstention américaine.

Qu'attendre de la conférence ?

La conférence se tiendra sans Israéliens ni Palestiniens.

La France proposait que le président François Hollande rende compte dans la foulée des résultats à MM. Abbas et Netanyahu. Mais ce dernier a refusé l'invitation et du coup, l'Elysée a indiqué que M. Abbas serait reçu "dans un cadre bilatéral dans les prochaines semaines".

La tenue de la conférence est en soi une victoire pour les Palestiniens, mais M. Netanyahu a d'ores et déjà prévenu qu'Israël ne serait pas lié par ses résultats.

L'inconnue Trump

La conférence a lieu cinq jours avant la prise de fonctions de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Après des années de frictions avec l'administration Obama, le gouvernement israélien attend une politique américaine bien plus favorable.

M. Trump, qui a condamné la résolution du 23 décembre, a promis de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël. Un haut responsable palestinien a estimé lundi qu'avec M. Trump, "tous les signaux (étaient) négatifs".