Cité par Zemmour, l'historien Simon Epstein s'agace d'être instrumentalisé

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Pour l’historien Simon Epstein, régulièrement (mal) cité par Éric Zemmour pour appuyer ses propos, le polémiste pourrait être à même de briser le “plafond de verre” qui contenait jusqu’à présent l’extrême droite lors des élections en France (ici à Toulon le 17 septembre 2021). (Photo: Eric Gaillard via Reuters)
Pour l’historien Simon Epstein, régulièrement (mal) cité par Éric Zemmour pour appuyer ses propos, le polémiste pourrait être à même de briser le “plafond de verre” qui contenait jusqu’à présent l’extrême droite lors des élections en France (ici à Toulon le 17 septembre 2021). (Photo: Eric Gaillard via Reuters)

HISTOIRE - “Il voltige avec aisance entre le vrai et le faux, avec une prédilection marquée pour l’excessif et pour le faux.” Depuis qu’il fait planer le doute quant à sa participation à l’élection présidentielle de 2022, Éric Zemmour n’a de cesse de chercher à convaincre ses électeurs potentiels, de la droite libérale à la frange la plus extrême. Et cela en réécrivant ou revisitant régulièrement l’Histoire de France pour appuyer ses dires.

Au cœur de ce processus se trouve notamment la période du régime de Vichy, à propos duquel le polémiste a notamment déclaré qu’il avait “protégé les juifs français et donné les juifs étrangers”. Et pour soutenir cette rhétorique, Éric Zemmour cite fréquemment le même auteur, l’historien Simon Epstein, spécialiste de l’affaire Dreyfus. Un homme qui n’avait pas encore pris la parole pour confirmer ou non la teneur de son analyse historique.

C’est désormais chose faite: “Il (Éric Zemmour) est prodigue en documentation mais n’est pas pointilleux -c’est un euphémisme- dans l’usage qu’il en fait”, écrit donc l’intéressé ce mardi 2 novembre dans une tribune publiée dans les colonnes de la revue Le Droit de Vivre, fondée dans les années 1930 par des militants contre l’antisémitisme et le racisme.

“Il le fait par ingéniosité médiatique”

Il poursuit, évoquant les reprises inexactes de ses ouvrages faites par le possible candidat à l’Élysée: “Zem­mour me cite parfois à bon escient. Il me cite souvent en accentuant mon propos et en m’at­tri­­buant des conclusions qui sont siennes et non pas miennes.” Et d’ajouter: “Il brandit de temps en temps un ‘comme l’écrit l’historien Simon Epstein’ pour énoncer quel­que chose que je n’ai pas écrit comme il le dit, ou pis encore, que je n’ai pas écrit du tout.”

Une attitude qui n’a pourtant pas poussé Simon Epstein à réagir d’emblée et à contrecarrer les plans d’Éric Zemmour, plutôt ironique au départ face aux détournements ainsi faits de ses travaux. “Je trouvais drôle, vraiment drôle, que ‘ce vieux pays gallo-romain’ qui est aussi ‘la fille aînée de l’Égli­se’ ait confié à un Juif -eh oui- la triple tâche de chanter sa gran­deur d’an­tan, de pleurer son identité outra­gée et de hisser, à nouveau, sa vieille bannière.” En clair pour l’esprit caustique de l’historien, aux yeux d’une certaine partie de la France, “Zemmour avait remplacé Jeanne (d’Arc, ndlr)”, ce qui semblait l’amuser.

Pour autant, s’il se décide finalement à analyser le phénomène Zemmour, c’est parce que Simon Epstein y voit tout de même un mélange complexe et dangereux pour la démocratie.

“Lorsque Zemmour fustige les femmes, les im­migrés, les homo­sexuels, les socia­listes, les centristes, les élites, les bobos, il le fait par con­vic­tion profonde”, détaille Simon Epstein. “Mais quand il étrille les Juifs, il le fait aussi par ingéniosité médiatique (...) Il mise à la fois, ce qui est difficile, sur les élec­teurs de la droite républi­caine et sur ceux de l’ex­trême droite po­puliste.”

En clair, pour l’universitaire, Éric Zemmour rassure la première aux yeux de laquelle il ne peut pas être “trop” d’extrême droite puisque juif lui-même, et en même temps il séduit les seconds puisqu’il tient un discours contre les juifs.

Tant et si bien qu’à lire Simon Epstein, le polémiste “serait à même de briser, ou tout au moins de fis­surer le fameux ‘plafond de verre’ qui, depuis de longues années, faisait ob­stacle à l’extrême droite françai­se.” Une possibilité qu’Éric Zemmour devrait à la fois ”à son savoir-faire stratégique et à son opi­niâtreté” et à son origine juive, selon l’historien.

Car en lisant la tribune de Simon Epstein, on comprend vite que pour lui, Éric Zemmour n’hésite pas à aller vers le pire de ce qui anime l’extrême droite française. “Ses petites phrases sur Dreyfus (qui, à ses yeux, n’était pas vrai­ment inno­cent) ont une mauvaise odeur de moisi. Son apologie de Pétain (qui, selon lui, n’était pas vraiment cou­pab­­le) le localise dans l’extrême droite post-vichyssoi­se. Elle le positionne aux lisières (qu’il ne fran­chit pas, car Juif, il y serait mal reçu) de l’ultradroite néonazie”, va même jusqu’à écrire l’historien.

Au point qu’il conclut son texte en évoquant son approche ambivalente face au phénomène Zemmour, à la fois curiosité intellectuelle et danger véritable. “Au plan politique, c’est passionnant à observer. Au plan juif, ‘J’avoue que je suis épouvanté’”, termine-t-il, citant Léon Blum.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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