Cinéma: «Utama», sur les terres oubliées de Bolivie, d'Alejandro Loayza Grisi

Le film Utama, du Bolivien Alejandro Loayza Grisi, est sorti mercredi en salles en France. Primée aux derniers festivals Sundance et Cinélatino de Toulouse, cette chronique familiale met en scène outre les différends entre générations creusés par l'exode rural et la déculturation qui en découle, les nouveaux problèmes posés par le changement climatique.

Utama, en langue aymara, cela signifie « notre foyer ». Il était prévu de tourner le film dans des communautés aymaras (la Bolivie est une mosaïque de cultures), finalement, nous sommes en terre quechua, sur les hauts plateaux de la région de Potosi et le mot Utama est plus joli que le mot équivalent en quechua, expliquait le réalisateur Alejandro Loayza Grisi, dont c'est le premier long-métrage de fiction, lors de la projection à Cinélatino de Toulouse.

Notre foyer, notre maison, l'air que l'on respire, l'herbe que broutent les lamas, les montagnes qui ferment l'horizon, ces jolis cailloux colorés et polis que ramasse Virginio pour offrir à Sisa... c'est tout cela Utama pour Virginio et Sisa. Ce vieux couple, interprété par des gens de la communauté à laquelle il a fallu demander l'autorisation de filmer, raconte encore le réalisateur, est dans le film dans son propre rôle dans la vraie vie : éleveur de lamas, cultivateur de pommes de terre et de haricots, fileur de laine et tisserande. Pas de folklorisme ou de maniérisme ici, les gestes sont économes, les sentiments et les dialogues retenus, dans un décor qui, justement, ne fait pas décor.

Virginio et Sisa attendent dans leur fermette la pluie qui ne vient pas : les animaux souffrent, le potager n'est que poussière et il faut marcher loin pour aller chercher de l'eau. Le puits du village est à sec et les femmes, en charge de l'eau, se retrouvent sur une sorte de canal au milieu de nulle part pour remplir les seaux, faire la lessive et la toilette. Ceux qui restent au pays sont âgés, les familles partent - un camion chargé de ballots file sur l'horizon - et le village se vide. L'exode rural saigne les campagnes boliviennes, oubliées du pouvoir central, plaide Alejandro Loayza Grisi : de 70% dans les années 70, la population rurale est passée à 30% et très inégalement répartie. La Bolivie est un très grand pays en taille, mais avec un État faible et pauvre, ajoute le réalisateur qui s'intéresse aussi aux questions environnementales : il a participé au documentaire réalisé par son père, Marcos Loayza, cinéaste confirmé, au documentaire Planeta Bolivia sur cette thématique.

Les habitants de ces villages reculés ont besoin de puits puisque le ciel ne veut plus leur donner d'eau et que les glaciers sur les montagnes ont fondu. Les prières et sacrifices sont vains, plaide le petit-fils du couple Clever, venu en visite. Capuche de sweater sur la tête, casque audio autour du cou, portable à la main... le jeune fait des efforts, mais apparaît vite un conflit culturel - Clever ne parle pas la langue quechua de ses grands-parents et ne connaît pas les « signes », et un conflit générationnel aussi.

Sur les premières images du film, un vieil homme, Virginio, marche d'un pas lourd vers un soleil de feu, couchant ou levant, on ne sait pas trop. Le souffle d'une flûte andine accompagne son pas fatigué. En fait il s'agit sans doute d'un crépuscule, celui de Virginio le têtu qui ne veut pas quitter sa maison, celui d'un couple, d'une communauté, d'une culture et d'une nature aussi. À l'image du condor, le maître des cimes, auquel le vieil homme voue un véritable culte, et menacé de disparition. Dans ces paysages magnifiquement cadrés et filmés - le réalisateur est lui-même d'abord photographe et il a travaillé avec une cheffe opératrice réputée, Barbara Alvarez -, d'une austérité âpre et ocre, les pompons roses des lamas apportent une rare touche de couleur et de gaîté.

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