CHRONIQUE. Faut-il interdire la reconnaissance faciale ?

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Les chroniques de Jean-Gabriel Ganascia sont à retrouver tous les mois dans le magazine Sciences et Avenir - La Recherche.

CHRONIQUE. Jean-Gabriel Ganascia est président du comité d'éthique du CNRS, professeur à Sorbonne Université, à Paris, chercheur en intelligence artificielle au LIP6 (Sorbonne Université, CNRS). Dernier ouvrage publié : Le Mythe de la singularité. Faut-il craindre l'intelligence artificielle ? Le Seuil, 2017. Vous pouvez le retrouver tous les mois dans les pages de Sciences et Avenir - La Recherche. Cette chronique "Faut-il interdire la reconnaissance faciale ?" est extraite du numéro 888, daté février 2021.

Grâce aux progrès de l'intelligence artificielle, on fabrique des machines capables de reconnaître les visages et d'y déceler nos émotions. Certains affirment même qu'elles deviendraient physiognomonistes en cela qu'elles détermineraient le caractère des personnes.

Introduite au XVIIIe siècle par le théologien suisse Johann Caspar Lavater, la physiognomonie prétend établir un lien entre psychisme et traits du visage. Cette pseudoscience influença le médecin et criminologue Cesare Lombroso qui défendit, dans L'Homme criminel (1876), la thèse selon laquelle il existerait une prédisposition à la délinquance que trahiraient nos traits. De telles conceptions paraissent datées. Pourtant, l'université de Harrisburg (États-Unis) a récemment déclaré que ses chercheurs avaient conçu un logiciel anticipant une prédisposition au comportement criminel. En 2017, une équipe de psychologie sociale de l'université de Stanford (États-Unis) a décrit un logiciel devinant au faciès l'orientation sexuelle.

"Il faudrait empêcher ses utilisations illégales et contraires aux droits fondamentaux''

Il semble aussi que les autorités de la province chinoise du Xinjiang utilisent la reconnaissance faciale pour surveiller les Ouïghours. Tout cela a conduit certains industriels, comme IBM, à suspendre leurs recherches sur les applications dédiées à la surveillance de masse, et des parlementaires à demander un moratoire.

(BRUNO LÉVY)

Toutefois, en dépit de ces utilisations délétères, cette t[...]

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