CHRONIQUE. Entre infox, intelligence artificielle et éducation aux médias

Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

"Aujourd'hui, les infox prolifèrent, et ce dans des proportions inégalées, et l'intelligence artificielle y prend une part majeure", constate dans sa nouvelle chronique le chercheur Jean-Gabriel Ganascia.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°912, daté février 2023.

La désinformation existe depuis très longtemps. Ceux qui la condamnent incriminent tantôt la volonté de nuire des émetteurs, tantôt l'appétence pour le sensationnel, la vulnérabilité et la crédulité des récepteurs, tantôt encore la cupidité de certains médias peu scrupuleux qui cherchent à accroître leur audience en diffusant des balivernes plaisantes. Rien de neuf ici !

Pourtant, aujourd'hui, les infox (ou fake news) prolifèrent, et ce dans des proportions inégalées, et l'intelligence artificielle y prend une part majeure. Pour le comprendre, rappelons que dans le passé, pour assurer leur rentabilité, les médias de masse forgeaient des messages à sensation susceptibles de plaire aux plus larges audiences. Avec les réseaux sociaux, il en va différemment : des utilisateurs émettent ou relaient des informations qui devront trouver d'elles-mêmes ceux qui les "goberont" et les propageront. Les médias jouent alors le rôle de facilitateur en aiguillant au mieux les messages.

Textes, sons et images sont maintenant générés à volonté

À cette fin, ils déterminent, pour chaque nouvelle, son statut, en particulier sa signification et sa tonalité affective ; ils identifient ensuite les segments du public les plus susceptibles de l'accueillir et d'y réagir ; enfin, ils la leur transmettent. Ces opérations recourent à l'intelligence artificielle pour catégoriser les messages, profiler les utilisateurs, puis pour apparier profils et messages afin de cibler les publics sensibles à tel ou tel propos.

Tout dernièrement, et c'est la grande nouveauté, l'intelligence artificielle intervient aussi dans la production : avec les "réseaux antagonistes génératifs" d'un côté et les gros modèles de langages comme GPT de l'autre, textes, sons et images sont générés à volonté, de façon à faire illusion et à tromper, ce qui accroît encore, et dans des proportions démesurées, le nombre potentiel de fausse[...]

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