CHRONIQUE. La complexe prise de parole des chercheurs dans l'espace public

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Les chercheurs qui prennent la parole dans l'espace public s'exposent à deux risques, selon la chercheuse Claire Mathieu.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°909, daté novembre 2022.

Quand nous autres chercheurs prenons la parole dans l'espace public, il y a deux risques : soit excéder notre rôle avec des affirmations dont la crédibilité repose sur nos connaissances scientifiques, alors qu'il ne s'agit pas de notre domaine de compétence ; soit refuser de nous engager sur toute question autre que celle de notre sujet de recherche.

Le silence peut être une option coûteuse

Pourtant, nos connaissances débordent largement de ce cadre. Ainsi, on peut faire de la recherche sur les algorithmes d'approximation, mais aussi bien connaître la conception et l'analyse d'algorithmes ; et plus généralement, posséder une base scientifique solide à partir de laquelle appréhender les questions de sciences. Quelle valeur mon opinion a-t-elle alors ?

Selon que je m'exprime en tant que spécialiste de la question, du domaine, de la discipline, ou en tant que scientifique, ou simple citoyenne, ma parole a plus ou moins de poids. Et le silence est une option coûteuse puisque l'espace de discussion est alors occupé par d'autres, qui risqueraient de propager des idées fausses sans rencontrer d'opposition solidement enracinée dans un savoir technique.

Faire reposer son discours sur des références

Une possibilité pour éviter ces écueils serait de faire reposer son discours sur des références au niveau approprié : articles quand on parle de son domaine, livres pour parler de sa discipline, ouvrages grand public autrement. Cela permettrait de s'exprimer en public tout en restant dans le registre approprié.

Par Claire Mathieu, directrice de recherche au CNRS, Institut de recherche en informatique fondamentale (CNRS/ Université Paris Cité)

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