CHRONIQUE. 2022 nous fait toucher les limites de l'adaptation

AFP - Loic VENANCE

Les niveaux d'alerte ont tous viré au rouge en cet été 2022 sur l'Europe, constatent Christophe Cassou et Céline Guivarch, deux experts du Giec, dans une chronique.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°907, daté septembre 2022.

Les niveaux d'alerte ont tous viré au rouge en cet été 2022 sur l'Europe. Canicules successives avec des valeurs extrêmes impossibles sans l'influence humaine sur le climat, sécheresse record sur la France conduisant à réduire l'accès à l'eau aux usagers prioritaires.

Nous entrons dans le monde des pénuries des ressources essentielles

Les rendements agricoles s'effondrent et les forêts brûlent. Dans certains territoires particulièrement touchés, les mesures d'urgence ne suffisent pas et l'eau du robinet ne coule plus. Nous entrons dans le monde des pénuries des ressources essentielles et dans l'émergence des risques en cascade.

Un avant-goût du climat "normal" vers 2050

L'eau cristallise l'ensemble des enjeux. Celle délestée des barrages montagneux pour maintenir les niveaux d'étiage des rivières ne sera pas là cet hiver pour l'électricité, alors que les tensions sur la production sont considérables. Celle qui aura manqué pour l'agriculture sera responsable de l'inflation des prix de certaines denrées alimentaires, touchant de manière disproportionnée les ménages les plus pauvres.

La sécheresse aura fragilisé les forêts pour des décennies, réduisant les services écosystémiques qu'elles nous rendent, comme le stockage de carbone ou les îlots de fraîcheur. Comment imaginer ou laisser croire à une adaptation possible à des niveaux de réchauffement plus élevés, alors que nous touchons dès aujourd'hui certaines limites de l'adaptation et que cet été est tout simplement un avant-goût du climat "normal" vers 2050 si l'on suit les politiques publiques actuelles ?

Par Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, auteur principal du 6e rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), groupe 1, et Céline Guivarch, directrice de recherche à l'École des ponts, auteure principale du 6e rapport du Giec, groupe 3.

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