Christophe Kaczmarek, un marchand de vins dans la tempête

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« Cela s’est joué à quelques mois, mais j’aurais pu naître en Pologne », sourit Christophe Kaczmarek. Heureusement pour sa passion du vin, il est né en France. La crise sanitaire et économique a chamboulé l’activité de ce caviste de 36 ans. Mais sa passion reste intacte. Il s’est déjà retroussé les manches. Témoignage.

Aussi loin qu’il se souvienne le vin accompagnait les repas familiaux. Et la famille Kaczmarek, d’origine polonaise, savait recevoir. Ce sens de l’accueil, du partage, d’un savoir vivre à la française dont il s’était imprégné dans son enfance ne le quitte plus dans sa vie de chef d’entreprise.

De l’Auvergne natale à la vallée de la Loire

Christophe Kaczmarek est né il y a 36 ans à Bourg-en-Bresse, une ville dans l’est de la France, en Auvergne. Mais c’est dans la vallée de la Loire, située de l’autre côté de la France qu’il a choisi de vivre. Il s’est installé à Angers, au cœur même de cette « douceur angevine » louée par les rois de France. C’est là qu’en 2015, le diplôme d’EDC Paris Business School en poche il fonde son entreprise, Coq au Vin. Deux associés, David Thomas et Laurent Terrisson, qui ont une part minoritaire dans l’entreprise, l’aident dans son projet. Mais ce sont surtout les quatre années passées dans la société de Pierre Castel, président-fondateur du Groupe Castel présent dans le monde entier, notamment en Afrique, qui seront formateurs pour le futur marchand de vins.

Le respect du vivant

Christophe Kaczmarek se définit comme un agent de vente pour douze vignerons qu’il représente. Il connaît leurs vins sur le bout des doigts, pareil pour les terroirs où ont poussé les vignes. Ces vins français (et un vin suisse !), il les vend en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans les pays de l’Asie du Sud-Est. Sa spécialité : les vins issus d’agriculture biologique, biodynamique ou les vins avec un minimum de soufre ajouté, dits : « les vins nature ».

Mais représenter les domaines viticoles à l’étranger ne suffit pas à ce passionné de vins et spiritueux. Son agence organise régulièrement des formations pour les serveurs et les sommeliers, ainsi que les dégustations à l’aveugle. Et ce n’est pas un hasard si le modèle économique de son entreprise est totalement basé sur le respect de l’environnement. Il a appris par ses amis, vignerons et vigneronnes, les dégâts causés les produits phytosanitaires. « Ils sont arrivés à la biodynamie à la suite d’une grave maladie. Dans le milieu agricole des tabous existent, les médecins n’osent pas se prononcer. Ces producteurs ont dû se remettre en question ». Leurs enfants, la nouvelle génération des vignerons, aujourd’hui trentenaires, quarantenaires ne veulent plus vivre dans cette angoisse écologique. Le respect du vivant est au cœur de leur activité. L’argument écologique devient aussi économique.

Et la crise est arrivée

C’est en février 2020 qu’un nouveau projet voit le jour, « French Beaches », une marque de négoce. Le nom est anglais, mais les vins, eux, sont français. « Je travaille en partenariat avec des vignerons partout en France. C’est 100% made in France. » Résultat : des vins de marque qui cassent les codes et qui sortent des sentiers battus. Les étiquettes sont modernes, leur élaboration est confiée aux artistes, ce qui traduit l’esprit atypique de la marque.

Dès le mois de mars, c’est la douche froide. L’arrivée du nouveau coronavirus provoque une crise planétaire. Son agence de vins, qui travaille surtout avec les restaurants et les bars, perd 60% du chiffre d’affaires et 90% de commandes sur sa nouvelle marque sont annulés ! Un coup dur qui pourrait s’avérer fatal.

Sauver son entreprise

Les premiers mois sont très durs. « J’ai eu un gros coup au moral », avoue-t-il, un sourire au coin de lèvres.Il puise dans ses ressources et dans sa trésorerie pour sauver son activité. Pour échapper à la faillite, le chef d’entreprise diminue ses marges, baisse son propre salaire de 40% et demande un prêt garanti de l’Etat d’une hauteur de 30 000 euros. Un prêt qu’il faudra payer un jour, se dit-il.

Pour exorciser ses angoisses, Christophe lit beaucoup, fait le footing, cuisine des bons plats accompagnés d’une bonne bouteille de vin. C’est comme cela qu’il a appris à résister. Afin d’accroître sa présence sur le terrain, tout en respectant les gestes barrières en vigueur, il prend sa voiture et entame un tour de France à l’ancienne afin de gagner de nouveaux clients. Son voyage est stoppé net au bout d’une semaine à cause d’un nouveau confinement. Mais il faudrait plus pour le décourager. « Je repartirai dès que possible », martèle-t-il.

Des faillites et des rebonds

Cette crise laissera des traces profondes. Christophe Kaczmarek s’inquiète : « Certains cavistes, surtout ceux qui dépendent des zones géographiques touristiques, risquent de déposer le bilan ». Il faudra donc chercher de nouveaux modèles économiques pour rebondir. Le commerce en ligne a le vent en poupe, même les petites entreprises s’y lancent. « Il y a le fameux clic & collect [N.D.L.R : le mode d’achat par lequel le consommateur commande son produit sur Internet et retire son achat en magasin.]. Mais il faut organiser le conditionnement de produits et tous les cavistes n’ont pas forcément les moyens pour le faire. Il y a les pénuries sur certaines matières, par exemple sur les cartons d’emballage. On privilégie le secteur agro-alimentaire, les magasins de vins ne sont pas prioritaires ».

Et en ce qui le concerne, Christophe attend beaucoup de cette nouvelle proximité que s’est créée entre les amoureux de vins et les cavistes de quartier. Selon lui, ce sont les liens sociaux, si perturbés ces jours-ci, qui nous sortiront de cette crise.