Christophe Dechavanne : "Je me suis fait à l’idée que ma carrière est faite de haut et de bas..."

Alexandre Lazerges

Comment Franck Riester vous a-t-il convaincu d’accepter la médaille d’officier des Arts et des Lettres ? Vous l'aviez refusé, non ?
Oui J’avais été nommé à l’insu de mon plein gré, comme on dit, il y a 25 ans, je ne m’en étais pas occupé. J’étais assez pris, et je trouvais qu'en tant qu'animateur de la télé, ce n’était peut-être pas justifié. Mais, comme je l’ai dit dans mon discours au ministère de la Culture, l’âge aidant, et ayant fait des choses pour la lutte contre le Sida : le remboursement du préservatif sur ordonnance effectif depuis le mois de mars dernier ou l’installation de milliers de distributeurs de capotes « sortez couverts » à 2 Euros, la boite de 12, j’ai accepté cet honneur avec joie.

PARIS: Christophe Dechavanne fait Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres

Le ministre a réussi à accrocher la médaille de Christophe Dechavanne sans le piquer.
BALTEL/LEBLAY/SIPA

Comment vous êtes-vous rencontré avec le ministre ?
On s’est retrouvé à un diner de Solidarité Sida en octobre, il m’a raconté notre première rencontre sur une plage de Bali en 2003, j’étais en vacances avec ma femme on avait discuté avec lui. Et moi, je lui raconté que j’avais déjà été « nominé » pour être chevalier des arts et lettres, il m’a alors proposé de devenir directement « officier », donc de monter en grade, alors j’ai accepté.

Vous allez revenir à la télé ?
Oui avec Star Tout Terrain et Je suis une célébrité, sortez-moi de là, mais aussi avec une nouvelle émission qui s’appelle pour l’instant Animal City avec des animaux.

Pour Star Tout-Terrain, avez-vous été influencé par l’émission avec Mike Horn, A l’état sauvage, à laquelle vous avez participé ?
Non pas du tout, je n’ai pas fait d’épreuves de survie, ni des descentes de 120 m dans le vide. Star Tout-Terrain c’est une création de ma boite de prod Coyote. Le principe, c’est de débarquer dans un pays, de choisir parmi 12 cartes postales touristiques et de s’y rendre par les moyens de locomotion locaux : A cheval, en bétaillère, en tuk-tuk, en taxi collectif.

Vous avez pu conduire un peu ?
Je n’ai pas pu m’empêcher de prendre le volant dès que possible, c’est vrai. Mais j’ai trouvé ça très tranquille, Helena Noguerra un peu moins. Pour l’instant on a fait un pilote, on attend qu’il soit diffusé cet été ou à la rentrée.

Il y avait Ara Aprikian à votre remise de médaille, vous êtes toujours content de travailler pour TF1 ?
Moi je suis content de travailler tout court. Là il se trouve que j’ai pas mal tourné, maintenant j’aimerais que ce soit diffusé. Je suis une célébrité… va être un gros divertissement à mon avis assez percutant, dans lequel j’étais plutôt en forme. Ça va être rigolo, les décors sont somptueux, on présente le show avec Laurence Boccolini. Le but : des célébrités doivent faire tout un tas de cochonneries, et même les manger parfois, pour soutenir leur association et il faut qu’ils s’éliminent entre eux.

Le ministre Franck Riester a insisté sur ce que vous avez inventé à la télé, il a même dit que vous l'aviez "fait grandir". Aujourd'hui, c'est Cyril Hanouna qui cartonne avec un concept qui ressemble parfois à Coucou c'est nous. Ca vous agace?
Je ne fais pas le compte de qui m’a piqué quoi. Il y en a ici où là, mais je n’en suis plus là. La polémique avec Hanouna ne m’intéresse pas, pour dire vrai. Il a dû faire des trucs pas très sympas à mon égard qui ont été montés en épingle par la presse, mais on n’est ni fâché ni ami. Quand ils disent des choses désagréables sur moi, ça me revient, mais c’est leur fond de commerce d’allumer à droite à gauche.

PARIS: Christophe Dechavanne fait Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres

Même dans les moments les plus solennels, Christophe Dechavanne n'hésite pas à faire le pitre.
BALTEL/LEBLAY/SIPA

Pourtant c’est un peu vous qui avez inventé ce genre d’émission...
Ah non ! Attention ! Moi j’ai inventé l’acces-prime-time en direct avec bienveillance et déconnade, je n’ai pas inventé un tour de table avec des gens qui dézinguent à tout va. Quand on compare Coucou c’est nous et l’émission d’Hanouna, je ne vois pas le rapport, parce qu'on faisait beaucoup de conneries, des déguisements, des animaux, on faisait des numéros. Là, on a des gens qui débinent ou qui ne débinent pas les autres.

…Hum

Le seul truc qu’ils m’ont piqué c’est le "j’aime/j’aime pas" qui était un moment important du bloc-note de Ciel Mon Mardi, mais je n’ai pas l’impression que TPMP ressemble à Coucou c’est nous. En vrai. Je ne dis pas que c’était mieux, mais on n’était pas 8 autour d’une table à donner notre avis sur la télé. Il y avait le bloc-note avec des gens un peu intellos comme Michel Field ou Patrice Carmouze. On parlait de la société et du monde en général, on essayait d’en rire, mais on ne faisait pas des séances : qui pense quoi...

Vous partagez quand même avec Cyril Hanouna une passion pour le direct.
Oui, mes émissions comme Ciel mon mardi, Coucou c’est nous, Comme un lundi ou Du fer dans les épinards étaient toutes en direct. Il n’y a que les jeux que j’enregistrais pour des raisons strictement techniques et financières. Mais Les 100 plus grands étaient en direct, Bêtes de scène et tous les prime étaient en direct. J’ai toujours prôné le direct, j’adore ça, c’est pour ça que j’aime la radio.

Maintenant que vous êtes officier de Arts et des Lettres, comment analysez-vous votre carrière avec le recul?
J’ai eu beaucoup de périodes compliquées. Tu vois un couteau à pain ? Y a des dents de scie et des pics qui montent et qui descendent, moi c’était plutôt une scie égoïne géante. Je raconte souvent qu’un jour, je rangeais un tiroir avec des magazines dont j’avais fait la couv’ à différentes périodes, et tous avaient le même titre “Dechavanne le retour". C’est donc qu'il y a dû y avoir pas mal d’aller !

(rire)

Ma carrière est ainsi faite. C’est pour ça que je ne suis ni dépressif ni désespéré. Je me suis fait à l’idée que ma carrière est faite de haut et de bas, mais c’est mieux quand les bas ne durent pas trop longtemps, c’est pour ça que les trois gros tournages que je viens de faire m’ont fait du bien. Maintenant ça me manque de ne plus tourner, j’ai envie de le faire. Aujourd’hui amener des émissions de création c’est difficile, parce que les diffuseurs aiment les concept hyper formatés, ou importés.

La Ferme des célébrités et Nice People, c’était plutôt des bas ?
Disons que les derniers grand trucs c’était La famille en or et La roue de la fortune, c’était des gros succès pendant 7 ou 8 ans. Depuis c’est plus calme. Avec plus ou moins de longueur de haut et de bas. Là je me sors d’un trou, je me suis amusé lors des tournages. J’ai hâte que ces émissions soient diffusées.

La productrice et directrice de chaine Marie-France Brière était à la cérémonie c’était important pour vous?
Oui, j’ai parlé d’elle dans mon discours parce que je pense que je suis fait pour ce métier d’animateur puisque j’ai eu cette médaille. Or c’est elle qui m’avait viré de radio 7 au début des années 1980 en me disant texto : tu n’es pas fait pour ce métier. Plusieurs fois par la suite nous nous sommes recroisés, et elle m’a avoué que c’était la pire bêtise qu’elle ait dite, et qu’elle regrettait. On s’est fait un gros câlin à la remise de médaille.

Originally Appeared on GQ France