Christian Clavier: "Les comiques sont reconnus quand ils ne gênent plus"

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Benoît Poelvoorde et Christian Clavier dans
Benoît Poelvoorde et Christian Clavier dans

Christian Clavier revient ce mercredi 14 juillet avec une nouvelle comédie, Mystère à Saint-Tropez. Une comédie policière loufoque située dans le Saint-Tropez des années 1970, avec des personnages hauts en couleur, et écrite avec son complice de toujours, Jean-Marie Poiré.

Ils se sont associés au scénariste Jean-François Hallin (OSS 117) et au réalisateur Nicolas Benamou (Babysitting) pour donner vie à ce pastiche des comédies de Blake Edwards avec Peter Sellers (La Panthère Rose, La Party) qui rend hommage au cinéma burlesque. Entouré de Benoît Poelvoorde, Thierry Lhermitte, Gérard Depardieu et Virginie Hocq, Christian Clavier s'en donne à cœur joie dans ce film où il incarne pour la première fois de sa carrière un policier, mais aussi un con, dans la lignée de Jacques Clouseau et de François Pignon.

"C’est le meilleur souvenir de tournage de ma vie", assure Nicolas Benamou, connu pour avoir aussi co-réalisé Babysitting avec Philippe Lacheau. "Tous ces grands acteurs n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur envie de déconner. C’était de la déconne de niveau olympique. Christian et Benoît pleuraient de rire en revoyant les prises. Il fallait les remaquiller!"https://www.youtube.com/embed/sI1IH--uy_Q?rel=0

Très content de sa nouvelle création, Christian Clavier aimerait bien voir l'inspecteur Jean Boullin, son personnage de Mystère à Saint Tropez, devenir aussi emblématique que Jacquouille (Les Visiteurs) Henri Verneuil (Le Bon Dieu) ou Katia (Le Père Noël est une ordure). Un rôle qui lui tient particulièrement à cœur: "C'est la première fois qu'il joue un policier et qu’il tient un flingue, aussi", s’amuse Nicolas Benamou, avant d'ajouter:

"Christian est un acteur généreux, rigoureux. C’est un exemple. Comme il est acteur, mais aussi scénariste et producteur du film, il a été un peu le diapason de la rigueur de chacun sur le plateau. Personne n’était en dilettante. Quand le chef de la bande est aussi rigoureux et impliqué que ça, on ne peut que lui donner le maximum. Tout le monde y a été à fond. La comédie impose de ne pas être dans la retenue. C’est ça qui est drôle: l’outrage."

À l'occasion de la sortie au cinéma de Mystère à Saint-Tropez, celui qui reste le meilleur acteur comique actuel se confie au micro de BFMTV sur sa dernière aventure cinématographique qui brocarde une nouvelle fois l'arrogance française. Christian Clavier évoque aussi son attachement pour la France, les derniers César où il a été récompensé avec ses camarades du Splendid, ses projets et son héritage.

Mystère à Saint-Tropez, c’est un peu votre La Panthèse Rose?

Avec Jean-Marie Poiré, nous sommes des admirateurs fous de Blake Edwards et de La Panthère Rose. On s’est dit qu’il nous avait pompés, qu’il avait fait un Maigret nul pour se moquer de l’arrogance française! Mais on peut le faire nous-mêmes! Alors on a imaginé le fils naturel de Maigret et de Clouseau pour faire un Agatha Christie en 1970 dans une maison de milliardaire à Saint-Tropez. On s’est inspiré de l’esprit des films de Blake Edwards, La Panthère Rose, La Party, Victor Victoria... Des films extraordinairement soignés sur le plan de l’esthétique qui ne lésinent jamais sur les gags…

C’est pour cela que vous produisez vous-même Mystère à Saint-Tropez?

Exactement. Quand j’ai le sentiment qu’en produisant, on va amener une plus-value, parce qu’il faut vraiment mettre l’argent à l’écran, j'y vais. Aujourd'hui, on a souvent des comédies au budget extrêmement bas, parce qu’on se dit que ça marchera quoi qu’il arrive, et que ça rapportera de l’argent - et que le film soit bon ou pas bon, ce n’est pas si grave. Je trouve ça dommage. Moi qui ai été formé, et qui ai beaucoup tourné avec Christian Fechner, Claude Berri, des gens qui faisaient tapis quand ils faisaient les films, je ne peux pas vous recommander quelque chose à vous public sans risquer de l’argent. Le cinéma, ça se produit en risquant de l’argent.

C'est la première fois que vous jouez un policier...

C’était très intéressant. C’est ce qui plaisait à Jean-Marie. Mon personnage est mauvais, mais il a un background tout à fait intelligent. Il théorise. C’est la France: on théorise sur tout, on donne des leçons à tout le monde, et le monde nous regarde, consterné de voir ce que nous en faisons.

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C’est aussi la première fois que vous jouez un con.

Là, c’est un vrai con. Interpréter un personnage comme ça, c’est extraordinairement amusant et satisfaisant, parce que c’est le regard des autres qui vous fait vivre. C’est un film de regards. Ce n’est pas un film d’un rythme effréné dans lequel tout devrait être monté comme un clip, mais l’inverse. C'est vraiment le principe du slowburn anglo-saxon, particulièrement fort chez Blake Edwards et Peter Sellers, dans lequel c’est le regard consterné des acteurs sur le personnage qui crée le comique. Pour jouer un vrai con, il faut le devenir. Il ne faut pas le jouer, sinon on voit les ficelles de notre interprétation.

On vous sent plus à l’aise entouré d'une troupe ou en duo qu’en solo.

Là, j’ai voulu faire le duo avec Benoît, qui est l’acteur qui me fait le plus rire au monde, et il y a tout autour de nous une troupe. J’ai toujours adoré les troupes. Je trouve qu’on n’est jamais meilleur que lorsqu’on est entouré par des acteurs et des actrices. Je ne crois pas du tout au cinéma one man show. Il faut être généreux les uns avec les autres pour être généreux avec le public. Ma carrière est un partage complet.

Le film se passe en 1970, l’année de vos dix-huit ans...

C’est absolument génial de se retrouver à cette époque-là. C’est le démarrage de la pop, des rapports homme-femme complètement différents. Tout est léger. C'est les Trente Glorieuses. On pense aux vacances, aux fêtes. On découvre tout. Rien n’est grave. Tout est gai. C’est absolument magnifique. Les bagnoles sont somptueuses, les bateaux aussi.

C’est donc un hommage au temps passé?

Ce n’est pas du tout pour rendre hommage. Mais c'est une époque détendue! On a des seins nus sur la plage. On a des pipes bourrées de produits étranges. On a des fêtes pirates totalement grotesques. Le ridicule ne tue pas. Tout est léger, léger, léger. Et il me semble qu’aujourd’hui, c’est de plus en plus compliqué de faire des comédies légères, avec tous les interdits que nous avons. Ce n’est pas un hommage, c’est une reprise de liberté!

https://www.youtube.com/embed/cBB0ycccX3k?rel=0Le film avait à l’origine un titre très nostalgique: Do You Do You Saint-Tropez.

On l'a changé parce qu'on aurait justement pu avoir le sentiment qu’on faisait un film pour se rappeler une époque avec nostalgie. Mais on n’est pas du tout dans la nostalgie! On s’amuse, parce qu’elle permet plus d’opportunités qu’aujourd’hui, mais c’est une enquête, qui aurait pu avoir lieu aujourd’hui.

Vous dites à un moment donné au personnage de Depardieu: "Quel pays la France”. Il y a malgré tout une forme de nostalgie dans le film…

C’est la France que j’ai adorée. Cette époque-là… Je suis incroyablement héritier de la France. J’aime la France. J’aime la France, les Français et sa culture. Sa culture de la comédie, et ses acteurs. Il y a une spécificité à notre pays que je revendique, et que j’adore. "Il n'y a pas mieux", il dit, et c’est vrai que par moments il n’y a pas mieux que la France, et dans d’autres moments, on se dit qu'il n'y a vraiment pas pire.

Vous dites que ce film se moque de l’arrogance française. N'est-ce pas le sujet de toutes vos dernières comédies, des Profs à Bienvenue chez les Malawas en passant par Le Bon Dieu, A Bras ouverts et Ibiza?

C’est vrai. On est arrogant du fait d’avoir été un empire que nous ne sommes plus. Quand les Etats-Unis donnent des leçons c’est pénible, mais ils sont en position de le faire. Quand la France donne des leçons, c’est ridicule. Donc c’est une porte ouverte pour les comédies. J’aime les défauts. J’aime nos défauts.

Vous prévoyez une suite à Mystère à Saint-Tropez?

J’adorerais. J’adorerais faire Mystère à Berlin, Mystère à Istanbul.

Vous avez tourné au printemps Le Bon Dieu 3. A quoi faut-il s'attendre?

Il est très bon. Il est meilleur que le deuxième film. C’est très drôle, ce que [le réalisateur Philippe de Chauveron] a écrit. Il renouvelle les choses parce qu’il y a les beaux-parents. Tous les beaux-parents. Il a retrouvé la verve du premier film. C’est très con, c’est très bien.

Quels sont vos autres projets de cinéma?

J’ai plein de projets d’écriture dans la tête. Vous allez voir. Toujours dans l’esprit de représenter la France, les Français.

Vous faites plus de comédies que de drames. Pourquoi?

J’essaye toujours de respecter les emplois. J’ai été formé par des gens - Michel Serrault, Pierre Mondy, Tsilla Chelton - qui vous donnaient des emplois: premier comique, jeune premier, etc. Si on me donne dans un film dramatique mon bon emploi, j’accepterai. Lino [Ventura], dans Les Tontons Flingueurs, joue le même emploi que dans L’Armée des ombres. Ce ne sont pas les mêmes situations ou le même dialogue, mais c’est le même emploi. Si on respecte ça, je le fais. Mais si c’est pour faire un personnage pour me faire plaisir ou pour prouver que techniquement, je suis capable de le faire, c’est du narcissisme et ça n’intéresse pas le public. Je trouve qu’il faut toujours s’adresser au public.

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Revoir la troupe du Splendid au grand complet aux César était émouvant. Mais on vous a senti un peu en retrait.

Non… Ils avaient décidé de nous faire monter sur scène dans cet ordre-là. On a suivi l’ordre. Il n’y avait rien de prémédité.

Thierry Lhermitte portait le vrai costume du Père Noël est une ordure?

Absolument. Ça nous permet de montrer ce qu’étaient la façon française et leurs tissus remarquables. C’est vraiment un costume qu’il peut léguer à ses enfants et à ses petits-enfants. Ils en feront ce qu’ils en voudront, mais c’est magnifique. C’est un cadeau pour la France. Il n’a pas pris une ride! C’est une vraie connerie. Les vraies conneries ne se démodent pas. Les vraies comédies ne se démodent pas.

Qu'allez-vous faire du César?

Je vais le mettre dans mon bureau, sur une étagère, comme tout le monde.

Vous êtes content d'avoir un César?

C’est extrêmement aimable. Ils nous ont envoyé une lettre très aimable. Il n’y a pas de raison de cracher sur quelque chose qu’on nous remet. Après, on a été un tout petit peu surpris par la cérémonie.

En France, les comiques sont reconnus souvent tardivement...

Quand ils sont morts, bien sûr. Parce qu’ils ne gênent plus. Mais le talent arrive toujours à percer les digues. C’est comme ça. On verra bien. On ne va pas s’occuper de ça. Il ne faut pas emmerder ses enfants avec ça. En dehors du fait que je n’ai pas beaucoup de vanité, je suis très peu narcissique. Pour être très franc, je suis assez loin de ces préoccupations. Ça ne m’habite pas. Là, on nous a proposé un César, je ne pouvais pas refuser d’y aller, mais bon, ça n’a pas plus d’importance que ça pour moi. C’est le public qui nous apporte la reconnaissance. C'est lui qui décidera de ce qu’il aura envie de faire, hommage ou pas hommage, et j’en serai très heureux... D’une manière posthume.

Article original publié sur BFMTV.com

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