Qu'est-ce que le chlordécone, au coeur de la colère en Guadeloupe et Martinique ?

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Manifestation à Fort-de-France, en Martinique, le 27 février 2021 (Photo Lionel CHAMOISEAU / AFP)

Ce pesticide, utilisé en Guadeloupe et en Martinique de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon du bananier, est suspecté d'être responsable de nombreuses maladies comme le cancer de la prostate.

La vaccination obligatoire des soignants et l'instauration du pass sanitaire a mis le feu aux poudres en Guadeloupe et en Martinique. Une colère qui a débouché sur une grève générale et quelques violences dans ces deux départements d'outre-mer.

Si la vaccination obligatoire de certaines professions est l'élément déclencheur, d'autres éléments sont fréquemment évoqués par les manifestants pour expliquer leur colère. Parmi eux, le scandale du chlordécone, qui a durablement marqué les esprits sur place.

Autorisé jusqu'en 1993

Le chlordécone, c'est un pesticide utilisé pendant plus de vingt ans, de 1972 à 1993, dans les bananeraies en Guadeloupe et Martinique. Son rôle : lutter contre le charançon de la banane, un insecte qui détruit les cultures.

Dès 1979, soit 7 ans après le début de son utilisation massive, l'Organisation Mondiale de la Santé le classe comme cancérogène possible. La France finit par l’interdire en 1990, mais il reste autorisé aux Antilles jusqu’en 1993 par deux dérogations signées par les ministres de l'Agriculture en exercice.

Les sols contaminés pour 700 ans

En 2000, la production d'eau en bouteille d'une usine guadeloupéenne est temporairement suspendue après la découverte de traces inquiétantes de chlordécone dans l'eau de source. En 2005, un rapport parlementaire dévoile que des doses 100 fois supérieures à la norme ont été détectées dans les nappes souterraines destinées à être captées, entre 1999 et 2000.

Durant les 21 ans qu'il est utilisé, le chlordécone marque durablement les deux îles, et contamine les sols, les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines. Un produit qui peut mettre jusqu'à 700 ans à disparaître de l'environnement.

La quasi-totalité de la population contaminée

Le chlordécone s'immisce donc dans la chaîne alimentaire et contamine la population. Selon une vaste enquête de Santé publique France, 95% des habitants de la Guadeloupe et 92% de ceux de la Martinique sont contaminés au chlordécone ; une contamination qui se fait essentiellement par la voie alimentaire, en ingérant les produits cultivés le plus souvent dans son propre champ ou vendus en bord de route, qui sont ceux ayant le plus fort taux de chlordécone.

Si le corps humain parvient à évacuer le chlordécone au bout de 165 jours à condition de ne pas y être de nouveau exposé, les conséquences sont dramatiques. Une étude menée en 2012 par l'Inserm montre que le chlordécone augmente non seulement le risque de prématurité, mais qu’il a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons.

Hausse brutale du nombre de cancers de la prostate

En 2006, des associations de Martinique et de Guadeloupe se rassemblent pour porter plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui", et dénoncent le temps entre la suspension de l'Autorisation de Mise sur le Marché, en 1990 et l'arrêt définitif de l'usage du chlordécone, trois ans plus tard.

Autre constat sur l'impact sanitaire : la Martinique détient le triste record du monde de cancer de la prostate, et la Guadeloupe est l'un des territoires less plus touchés. Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave aux Antilles qu’en métropole, avec plus de 500 nouveaux cas par an sur chaque île.

Interdit aux États-Unis dès 1977

L'exemple le plus frappant pour évaluer l'impact du chlordécone sur la santé humaine est celui des ouvriers de l'usine américaine de Hopewell, en Virginie, qui fabriquait le pesticide. En 1975, exposés à de fortes doses de chlordécone, ils développent de sévères troubles neurologiques et testiculaires : troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate, mouvements anarchiques des globes oculaires... En réaction, les États-Unis interdisent le pesticide dès 1977.

Face au scandale de la chlordécone, l'État français a pris, tardivement, des mesures, au début des années 2000, Des sources d’eau ont été fermées, d’autres traitées, et des zones entières ont été interdites à la culture, étendues par la suite à la pêche.

Au coeur des revendications des grévistes

Les 17 syndicats qui ont appelé à la grève générale en Guadeloupe réclament, parmi leurs revendications, la prise en charge totale des tests de chlordéconémie, qui permettent de détecter la présence du pesticide dans le corps humain.

Aujourd'hui, à peine quelques centaines d'Antillais sont éligibles à ces tests gratuitement : principalement des anciens ouvriers agricoles, ou des personnes prioritaires comme les femmes enceintes. Les syndicats souhaitent un élargissement à l'ensemble de la population.

VIDÉO - Obligation vaccinale, chômage, inflation... Les raisons de la colère en Guadeloupe

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