Un chirurgien accusé d'avoir utilisé des patients comme cobayes pour leur injecter du ciment dans le dos

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Sur le dos des patients (illustration Getty Images)
Sur le dos des patients (illustration Getty Images)

Ce sont de graves accusations qui secouent l’hôpital de Gap (Hautes-Alpes). Un médecin est soupçonné d’avoir joué à “l’apprenti sorcier” en expérimentant une technique chirurgicale non validée en France sur près d’une centaine de patients.

Le docteur Gilles N. est spécialiste du dos, en poste à l’hôpital de Gap. De 2015 à 2017, il aurait expérimenté hors de tout cadre légal une technique particulière, consistant à injecter une résine de ciment dans les disques de la colonne vertébrale. Le tout sans en avertir les patients concernés, dont au moins selon une personne handicapé à 80 % suite à cette intervention chirurgicale.

Une technique comportant des risques vitaux

L’affaire est mise au jour en 2018 par le docteur Raouf Hammami, et aujourd’hui révélée par RTL. À l’époque, le chef du service de chirurgie orthopédique et traumatologique de l’hôpital de Gap découvre que son collègue, le docteur Gilles N., aurait "joué à l'apprenti sorcier avec une centaine de patients souffrant de problèmes de dos". Concrètement, le docteur Hammami est “tombé sur une étude menée entre 2015 et 2017 par ce collègue chirurgien, spécialiste du rachis, qui a expérimenté sur 87 patients une nouvelle technique, 'la cimentoplastie discale', en dehors de tout cadre légal” affirme-t-il.

Avant de préciser, toujours sur RTL : “En France, on peut injecter du ciment (ndlr : une sorte de résine) dans des vertèbres fragilisées pour les renforcer. Or le docteur N. a lui injecté ce ciment directement dans les disques de la colonne. Il peut y avoir des fuites de ciment et des complications au niveau des nerfs, des artères. Avec un risque vital en cas d’hémorragie". À la suite de sa découverte, le docteur Hammami alerte le directeur de l’hôpital, l'Agence Régionale de Santé (ARS) et le Conseil de l'ordre, ainsi que le procureur de la République pour "faute grave délibérée" et "mise en danger de la vie d'autrui".

“Le Docteur N. a utilisé une technique non conforme”

Ce dernier vient de saisir l'Office Central de Lutte contre les Atteintes à l'Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) suite aux accusations dont il fait l’objet. En effet, l’ARS a requis une expertise auprès de deux professeurs de médecine de Nancy, et leurs conclusions sont sans appel : "Il apparaît que le Docteur N. a utilisé une technique non conforme aux données de la science chirurgicale au moment des faits. Le Docteur N. aurait dû demander l'avis d'un comité d'éthique ou d'un CPP (Comité de Protection des Personnes). Conformément à la loi du 4 mars 2002, le docteur N. aurait dû pour chaque patient expliquer à ceux-ci de façon claire, intelligible et loyale, l'aspect dit 'novateur' de la technique qu'il devait utiliser".

Ciment et paralysie

Il en est au moins un qui se sent victime du docteur Gilles N. C’est Bruno Chevalier, un chauffeur de 53 ans opéré en juillet 2016 pour un affaissement de la colonne. “J'ai été pris pour un cobaye par le Docteur N. qui ne m'a jamais dit qu'il allait utiliser sur moi une nouvelle technique" dit-il. "Depuis l'opération, j'ai beaucoup de douleurs. J'ai du mal à marcher. J'ai même été reconnu comme travailleur handicapé à 80%. J'ai dû être réopéré pour que l'on me retire le ciment qui a débordé. Mais aujourd'hui, il en reste encore”.

Au total, près d’une centaine de patients aurait été utilisé comme “cobayes” par le docteur N. Qui est défendu par son avocat, Maitre Chabert, auprès de RTL : "Mon client considère que la technique de la cimentoplastie discale n'était pas innovante, qu'elle a été utilisée par d'autres confrères, notamment à l'étranger, mais aussi présentée dans des congrès médicaux".

Et le docteur Hammami ? Il est aujourd’hui suspendu, tandis que le docteur N. continue d’exercer. Il s’en insurge : "On veut me faire taire, m'éliminer, car cette affaire risque d'éclabousser beaucoup de monde. Mais j'irai jusqu'au bout !"