Chirurgie : plus de mots, moins d’antidouleurs ?

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Quiconque a déjà subi une anesthésie générale le sait : même s’ils sont de mieux en mieux contrôlés, les effets secondaires sont fréquents et pas toujours agréables. La fatigue persistante est la plus courante. Les douleurs post-opératoires, elles, sont atténuées par la prise de médicaments, de l’antalgique classique à la morphine pour les actes les plus lourds.

La morphine, c’est l’antalgique le plus puissant et il entraîne lui aussi des effets secondaires désagréables lorsque sa posologie est augmentée en cas de fortes douleurs : nausées, vomissements, somnolence, problèmes respiratoires… Pour réduire le recours à cette molécule et aux autres antalgiques opioïdes, qui présentent en outre un risque de surdosage et d’accoutumance, des équipes médicales testent des alternatives. En Allemagne, par exemple, cinq hôpitaux ont fait écouter des « suggestions thérapeutiques » à leurs patients alors qu’ils étaient sous anesthésie générale. Les résultats de cet essai viennent d’être publiés dans le British Medical Journal.

Moins d’opioïdes

Comment les équipes ont-elles procédé ? D’abord, les 385 patients ont été partagés en deux groupes. L’un a été opéré avec des écouteurs sur les oreilles, sans que le moindre le son ne soit diffusé durant l’anesthésie générale. C’est le groupe contrôle. L’autre groupe, le groupe expérimental, a « entendu » pendant l’opération des suggestions positives empruntées à l’hypnose et traitant de « sujets tels que la compétence et les soins de l’équipe de chirurgiens et d’anesthésistes, la régulation de la douleur (…), le contrôle de l’anxiété et la confiance ». Elles ont été diffusées à plusieurs reprises pendant 20 minutes, avec une pause de 10 minutes entre chaque écoute.

L’hypothèse de départ des chercheurs était que l’écoute de « ces suggestions thérapeutiques jouée aux patients pendant l’opération conduirait à une réduction du besoin en médicaments opioïdes dans les 24 heures suivant l’opération ». Résultat : les scores de douleur post-opératoire étaient significativement plus faibles dans le groupe expérimental, avec une réduction moyenne de 25%. Avant l’opération, les scores de douleur étaient similaires dans les deux groupes.

Conséquence : les patients du groupe expérimental ont consommé moins d’opioïdes au cours des 24 premières heures suivant l’opération (63% ont eu recours à un médicament, contre 80% dans le groupe test). Pour les chercheurs, l’hypothèse est donc vérifiée mais l’évaluation de la technique doit être approfondie, en particulier lors de procédures chirurgicales plus invasives et douloureuses. L’étude confirme en tout cas que l’anesthésie générale ne supprime pas toute forme de conscience et que l’environnement extérieur peut continuer d’être perçu par le patient.