En Chine, la stratégie zéro Covid est-elle devenu un piège pour Xi Jinping?

Xi Jinping, ici en février 2022, brigue un nouveau mandat à la tête de la Chine, mais la situation sanitaire le fragilise. (Photo: via Associated Press)
Xi Jinping, ici en février 2022, brigue un nouveau mandat à la tête de la Chine, mais la situation sanitaire le fragilise. (Photo: via Associated Press)

Xi Jinping, ici en février 2022, brigue un nouveau mandat à la tête de la Chine, mais la situation sanitaire le fragilise. (Photo: via Associated Press)

CHINE - Confinement strict, campagnes de dépistage massives, centres de quarantaine collectifs... Depuis plus d’un mois, les 26 millions d’habitants de Shanghai sont soumis à une discipline stricte en raison de la pire vague de Covid que connaît la Chine depuis le début de la pandémie. La capitale Pékin pourrait bientôt subir le même sort: quelques dizaines de cas sont détectés quotidiennement, poussant les autorités à paralyser un peu plus la ville en fermant des dizaines de stations de métro ce mercredi 4 mai.

Cette stratégie dite “zéro Covid”, qui consiste à stopper totalement la diffusion du virus, a été décidée par un homme: le président Xi Jinping. Sauf que cette politique drastique, que seule la Chine a conservée au contraire de l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Corée du Sud, pourrait se retourner contre lui à quelques mois du XXe Congrès du Parti communiste chinois. Une échéance cruciale lors duquel il vise un nouveau mandat de secrétaire général du parti et qui sera importante pour garder son poste de président de la République, fonction pour laquelle il a supprimé la limite des deux mandats afin de se faire réélire potentiellement à vie.

“La stratégie zéro Covid a fonctionné au début de la pandémie”, rappelle Valérie Niquet, spécialiste de la Chine à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et auteure de La puissance chinoise en 100 questions (Tallandier). “L’État chinois s’est d’ailleurs servi de ses succès initiaux pour montrer qu’il était supérieur aux Occidentaux, qui comptaient des milliers de morts, pour protéger leur population”, ajoute-t-elle.

“Omicron change la donne”

La Chine a même célébré sa victoire sur le virus dès le 8 septembre 2020, lors d’une cérémonie présidée par Xi Jinping. “Le pouvoir montre que le président est à l’origine du succès de cette guerre contre le coronavirus. Il y a un culte de la personnalité qui met en avant sa supériorité, sa réussite”, souligne Valérie Niquet.

“Mais Omicron a changé la donne, poursuit-elle. On s’aperçoit que sa progression est trop silencieuse et importante pour que la stratégie zéro Covid marche.” Alors que les autres pays ont décidé de tolérer le virus et ont recommencé à vivre normalement, la Chine confine puis déconfine toujours au moindre cas détecté. Antoine Bondaz, aussi chercheur à la FRS, relativise: “La stratégie a plutôt bien fonctionné récemment à Xian (centre) ou dans la province de Jilin (nord-est). Le problème, c’est Shanghai où il y a encore plusieurs milliers de cas après cinq semaines de fermeture. Leur nombre est cependant en baisse, il y en avait plus de 20.000 il y a quelques semaines.” En tout cas, s’accordent les deux spécialistes, le pouvoir ne veut pas se fragiliser après avoir tant vanté sa stratégie, et exclut de changer de cap.

Outre l’aspect politique, difficile pour la Chine de changer de paradigme alors qu’elle a refusé d’acheter des vaccins étrangers pour promouvoir le sien appelé Sinovac, moins efficace. D’un point de vue sanitaire, l’abandon de la stratégie zéro Covid alors que le système de santé est peu développé, que l’immunité collective n’existe pas, et que le taux de vaccination reste peu élevé -environ 20% des plus de 80 ans ont reçu une troisième dose- aurait pour conséquence une hausse des cas, des hospitalisations et des morts dans des proportions dramatiques.

“Un problème shanghaïen”

Garder cette stratégie zéro Covid fait cependant du mal à l’économie chinoise. Le confinement de plusieurs villes et surtout de Shanghai, la capitale économique du pays, a grippé les chaînes d’approvisionnement et mis à l’arrêt des entreprises dans la plupart des secteurs. Le port de Shanghai est congestionné, les conteneurs arrivent et partent au compte-gouttes... Ce ralentissement pourrait empêcher la Chine d’atteindre son objectif de 5,5% de croissance en 2022.

Cette situation a conduit le détenteur d’un fonds d’investissement, Weijian Shan, réputé proche du pouvoir, à critiquer vertement le régime lors d’une réunion d’affaires. “Nous avons un leadership qui croit savoir ce qui est mieux pour l’économie et mieux pour la vie des gens. Hélas, je pense que leurs connaissances et leur rationalité ont des limites”, aurait-il déclaré selon le Financial Times. Pour Antoine Bondaz, cette critique n’atteindra pas le pouvoir: “Les avis d’hommes d’affaires basés à l’étranger n’auront pas d’influence. Pour le moment, les patrons d’entreprises sur le territoire ne disent rien. Et de toute façon, si la Chine laisse filer le virus, les conséquences économiques seraient encore pires.”

La population, elle, en a marre. À Shanghai, les habitants confinés ont manifesté leur colère par des concerts de casseroles et des cris aux fenêtres. Malgré la censure, certaines vidéos ont fait le tour du monde. La nourriture manquerait. Antoine Bondaz explique encore que ces critiques ne fragiliseront pas l’État central qui rejette la faute sur les autorités locales. “Ce n’est pas un problème chinois, mais un problème shanghaïen. Il y aura sûrement des sanctions dans les prochaines semaines”, estime-t-il d’ailleurs. Et pour éviter une contagion de la contestation, “l’État a mis en place une politique très préventive à Pékin”, ajoute-t-il. Les habitants de la capitale ont par exemple été testés à plusieurs reprises en une semaine pour éviter la propagation du virus.

Xi Jinping reconduit mais marginalisé?

Valérie Niquet assure qu’en interne, au sein du PCC, des personnes commencent également à parler. “Il y a eu des articles dans lesquelles des personnes, scientifiques ou politiques, s’interrogent sur la nécessité de cette stratégie zéro Covid. Pour le moment, c’est assez peu évident mais si la situation perdure avec Shanghai et Pékin, cela pourrait peser sur l’avenir de Xi Jinping”, juge-t-elle.

La stratégie zéro Covid est-elle devenue un piège pour le leader chinois? “Ce n’est pas parce qu’il y a des problèmes que le régime va s’effondrer du jour au lendemain. Il reste compliqué de mettre en danger Xi Jinping”, tempère Valérie Niquet. Oui, tant que la crise reste locale, complète Antoine Bondaz: “La stratégie chinoise a fonctionné parce que les clusters étaient limités à certaines régions, il n’y a jamais eu de confinement national. La propagande marche à fond, il n’y a pas de signe de fragilisation. Mais si la crise sanitaire devient nationale, Xi Jinping pourrait effectivement être en danger.”

Bien qu’il soit encore trop tôt pour imaginer ce qu’il peut se passer lors du XXe Congrès du PCC, Valérie Niquet n’exclut pas la possibilité de “débats à l’intérieur du parti entre ceux qui critiquent et ceux qui sont pour la stabilité”. Il apparaît certain que Xi Jinping sera reconduit mais “sa liberté peut être réduite, il pourrait être marginalisé”. La fin d’un pouvoir quasi absolu? Réponse à l’automne.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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