Chine: Microsoft contraint de fermer LinkedIn, sous la pression des autorités

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LinkedIn plie boutique en Chine. Le réseau de Microsoft dit avoir pris sa décision suite à « des exigences de conformité de plus en plus strictes » de la part des autorités chinoises. Critiqué également aux États-Unis pour avoir bloqué des profils qui déplaisent à Pékin, LinkedIn envisage d’ouvrir un nouveau service restreint aux seules annonces d’emplois.

De notre correspondant à Pékin,

Obéir ou partir, les médias sociaux américains sont tous confrontés à ce même dilemme, rendant quasi impossible leur implantation sur ce marché de près d’un milliard de connectés. Il est difficile de savoir sur quel pied danser pour eux. Google a fini par se retirer en 2010 en annonçant qu’il n’adhérait plus aux exigences de censure de Pékin. Deux ans plus tard, le moteur de recherche américain proposait de revenir par la fenêtre via un projet de moteur de recherche censuré baptisé « Dragon Fly ».

« Grande muraille informatique »

Il y a les mêmes tergiversations du côté de Facebook. Après avoir fait les yeux doux au régime sans succès, Mark Zuckerberg vend désormais des espaces publicitaires aux compagnies chinoises depuis le bureau de Singapour de la société américaine, grâce aux VPN, logiciels illégaux en Chine qui permettent de contourner la censure. À chaque fois, les réseaux sociaux étrangers se retrouvent au pied de la grande muraille informatique érigée par le régime pour isoler la population des bruits extérieurs.

En tant que réseau destiné aux professionnels, aux recruteurs et aux demandeurs d’emplois, LinkedIn a pu peut-être au départ passer sous les radars jusqu’à ce qu’il revendique plus de 54 millions d’utilisateurs locaux. Or, la Chine de 2021 n’est plus celle de 2014, date du lancement du réseau de Microsoft sur le marché chinois. « Nous sommes confrontés à un environnement d’exploitation beaucoup plus difficile et à des exigences de conformité plus stricte en Chine », reconnait l’entreprise dans son communiqué.

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Depuis 2014, Xi Jinping dirige l’organisme chargé de la sécurité Internet. Le président chinois a rappelé à plusieurs reprises dans ses discours que les réseaux sociaux et la pénétration des idées et des informations venues de l’étranger constituent l’un des « plus grands dangers » pour le parti. Mon adversaire, c’est l’internet !

Les réseaux occidentaux sont désormais utilisés comme vecteur de propagande. Zhao Lijian, l’un des porte-parole de la diplomatie chinoise compte 1 million d’abonnés sur Twitter, tandis que le China Daily rassemble plus de 100 millions de « followers » sur Facebook. Ces mêmes réseaux demeurent en revanche inaccessibles sans VPN, depuis les smartphones et les ordinateurs en Chine.

Tsunami réglementaire

LinkedIn était de toute façon dans le collimateur des autorités. En mars dernier, le régulateur chinois d’Internet a demandé à la direction de l’entreprise de mieux réglementer ses contenus. Celle-ci-a d’abord annoncé une suspension temporaire de l’inscription de nouveaux membres, avant d’annoncer à plusieurs militants des droits humains, sinologues et journalistes, que leur profil serait désormais bloqué en Chine, suscitant la bronca du législateur aux États-Unis.

La société américaine n’est pas la seule concernée par cette reprise en main du numérique. Depuis le printemps dernier, c’est un véritable tsunami réglementaire qui déferle sur le secteur de la Tech. La culture en ligne étant de plus en plus perçue comme une menace par le parti communiste. Cela vaut pour les réseaux sociaux, comme pour les jeux vidéo, dès l’instant où ces derniers créés du lien et permettent de communiquer ou de transmettre des informations.

Même le réseau Pinterest, connu pour ses recettes de cuisine et ses conseils de décoration n’a pas obtenu le sésame permettant de contourner le pare-feu de la censure. Cette suspicion s’est encore renforcée à l’approche du XXᵉ congrès du PCC, évènement très important pour la politique chinoise à l’automne prochain.

L’État chinois renforce son emprise

Social, culture, économie, dans tous les domaines l’État chinois renforce son emprise. « Nous n’avons pas trouvé le même niveau de succès dans les aspects plus sociaux du partage de l’information », confie encore la filiale de Microsoft après 7 ans d’activité. Le risque de perdre sa réputation en cédant aux exigences chinoises a dû peser dans la décision, même si LinkedIn se laisse une porte ouverte : « Bien que nous soutenions fermement la liberté, nous avons adopté cette approche afin de créer de la valeur pour nos membres en Chine et dans le monde », ajoute le communiqué diffusé jeudi.

LinkedIn envisage ainsi l’ouverture d’un service chinois n’incluant pas « la possibilité de partager des publications ou des articles », dans un marché de l’annonce d’emploi en ligne déjà fortement saturé.

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