La Chine devrait annoncer sa première baisse de population depuis cinq décennies, rapporte le Financial Times

·3 min de lecture
LA CHINE DEVRAIT ANNONCER SA PREMIÈRE BAISSE DE POPULATION DEPUIS CINQ DÉCENNIES, SELON LE FINANCIAL TIMES

PEKIN (Reuters) - La Chine est sur le point d'annoncer sa première baisse de population depuis cinq décennies à la suite d'un recensement décennal, indique le Financial Times, qui cite des sources proches du dossier.

Une baisse de la population pourrait pousser Pékin à instaurer des mesures visant à encourager les couples à avoir plus d'enfants et empêcher un déclin irréversible.

Le Bureau national des statistiques (BNS), qui doit publier début avril les résultats de ce recensement réalisé l'an dernier, n'a pas répondu aux sollicitations de Reuters.

Les données concernant la population sont très sensibles et ne seront publiées que lorsque le gouvernement aura établi un consensus sur les chiffres et leurs implications, a précisé le Financial Times mardi, citant ses sources.

"Si la Chine confirme un tel déclin, ce serait vraiment important", a déclaré Zhiwei Zhang, chef-economiste chez Pinpoint Asset Management. "Le consensus, basé sur la projection réalisée par les Nations Unies, estimait que la population chinoise atteindrait son pic en 2027. Cela serait bien plus tôt que ce que les marchés et les décideurs politiques avaient prévu".

Aucune explication n'a été fournie pour justifier le retard dans la publication des résultats, bien que le BNS a fait savoir ce mois-ci qu'un travail préparatoire supplémentaire serait nécessaire.

Ces derniers mois, les médias d'Etat chinois laissaient entendre que la population pourrait commencer à décliner dans les prochaines années.

En 2016, la Chine a supprimé la politique de l'enfant unique en vigueur depuis des décennies dans l'espoir de stimuler la natalité, remplaçant la mesure par la politique de deux enfants.

Dans le même temps, le pays s'est également fixé comme objectif d'accroître sa population à 1,42 milliard d'habitants en 2020 contre 1,34 milliard en 2010.

Mais le taux de natalité n'a cessé de diminuer.

Le phénomène est en partie du aux fait que les couples urbains, en particulier ceux nés après 1990, accordent plus d'importance à leur indépendance et leur carrière qu'à l'objectif d'élever une famille, malgré la pression parentale qui les pousse à avoir des enfants.

La hausse du coût de la vie dans les grandes villes a également découragé les couples.

"La Chine ferait mieux d'assouplir complètement sa politique de contrôle de la natalité", estime Zhiwei Zhang.

La baisse du taux de naissance et le vieillissement rapide de la population vont avoir un impact sur la population en âge de travailler et affecter la productivité.

"Nos projections, basées sur les données précédant le recensement, suggéraient déjà une baisse de 0,5% de la main-d'oeuvre chaque année d'ici 2030, avec un impact similaire sur le PIB", a écrit Capital Economics dans une note mercredi.

"Une croissance plus lente rendra difficile l'objectif de rattraper économiquement les Etats-Unis. Et il y aura un impact difficile à évaluer sur la position mondiale de la Chine".

Alors que le vieillissement accélère en Chine, la population américaine montre des changements positifs, a affirmé la Banque centrale chinoise dans un document de travail publié en mars, citant les projections des Nations Unies faisant état d'une hausse de 15% de la population américaine en 2050 par rapport à 2019 tandis que la population chinoise reculerait de 2,2%.

La Chine doit reconnaître que sa situation démographique a changé, a averti la Banque populaire de Chine. Et "réaliser que l'éducation et les progrès technologiques ne peuvent pas compenser le déclin de la population", a-t-elle dit.

(Ryan Woo, avec la contribution de Kevin Yao, Hayat Gazzane pour la version française, édité par Blandine Hénault)